28/09/2007

Le forcené des Rues Basses est un prophète

Le "forcené des Rues Basses" a fait la une des  journaux. Il faut dire que, si son premier acte était relativement anodin et, surtout, logique vu l'atmosphère qui entoure les prochaines élections, son deuxième (dernier ?) est plus impressionnant, même s'il n'impliqua aucune violence contre les biens et les personnes.

Le compte-rendu publié par GHI de sa brève - et utile - rencontre avec M. Chevrolet donne cependant à penser. Cet homme est probablement psychiquement fragile, peut-être aussi socialement. Mais nullement dangereux, il a été rapidement libéré. Il serait putôt en danger lui-même et, dans ce sens, apparaît comme le représentant de tous ceux et toutes celles qui, même "normaux", sont fragilisés par la campagne  l'UDC.

Ce parti donne une image, voulue ou non c'est à lui de le dire, de l'exaltation de la puissance, celle de la Patrie, du Droit et de la Justice (à aplications variables !), celle de Qui-A-Raison, de Qui-Est-Du-Bon-Côté. Le revers de cette image, son ombre portée est le mépris des petits, des autres, de celles et ceux qui, par choix ou par nécessité, sont en bas de l'échelle, exclus, marginalisés, celles et ceux aussi qui osent penser autrement, sans pour autant être des "étrangers" au sens udéciste. Ceux-là resteront dans le troupeau blanc-pur - ils paissent dans le même pâturage - mais seront vite désignés comme pas assez blancs, un peu mâtinés de gris ou de noir.

Le forcené des Rues Basses est un prophète, non pas dans le sens populaire de qui devinerait ce qui se passera, mais dans le sens biblique de qui révèle ce qui est, qui se passe maintenant et que peu de gens voient. Prophète parce qu'il est fragile donc sensible, il rèvèle des dangers latents : dans ce qui se passe, dans les valeurs répandues par ce parti, se trouvent les germes d'une violence plus grande, celle qui boutera hors de l'espace vital de l'UDC quiconque n'en aura pas épousé les valeurs. Cet homme n'est pas dangereux, aucun prophète ne le fut jamais ni ne le sera, mais il est en danger, comme tout prophète... et comme nous.

22/09/2007

TVguide, la femme et le serpent

Mary-Louise Parker nue avec un serpent (celui d'Eve ?) sur la Une du TVguide :  qui provoque qui ? Un peu de décence, svp. Oui, cette page de couverture me choque par son efficacité calculée qui n'a rien à voir avec de l'information : le serpent, animal mythique et tellement lié à la sexualtié, le bas du dos coupé de manière sugestive, là d'où surgit l'animal ... Elle ne me choquerait pas dans un musée, une exposition de photos encore que sa qualité... Mais ici, elle n'a pas sa place.

Je sais que la mission des média est d'informer, mais à voir la part de cette émission sur ne serait-ce que celles de la TSR, on peut douter que l'information sur les programmes TV justifie cette couverture.

Quand bien même les médias sont des produits qui doivent être achetés, ne poiurrait-on pas y trouver une forme de retenue, de refus du vulgaire, un essai, même timide, d'élévation de l'Homme? Ce serait comme un peu de douceur dans un monde de brutes.

  

18/09/2007

La traçabilité, l'estrade, le négro spirituel et le migrant

 La traçabilité

Il est désormais nécessaire d'inscrire leur traçabilité sur les produits mis en vente. C'est même obligatoire pour un nombre croissant d'entre eux. Ainsi leur constitue-t-on comme une 'histoire', une généalogie même: lieu de fabrication comme celui de naissance, modifications et ajouts de composants comme autant de liens familiaux et d'alliances, lieu d'emballage ou de vente comme destinée finale. Il s'agit bien d'histoire, presqu'au sens noble, tant ces indications font office de liens et de mémoire, donnent une trajectoire: on sait d'où (de qui) vient tel produit, où il est passé et où il va...

L'estrade

Dans l'histoire de l'esclavage, c'est là où on vendait les esclaves. Lieu de vente et de rupture: on arrachait les enfants à leurs parents, séparait les maris de leurs femmes, les frères et les soeurs, et cela définitivement. Leur destin était le rendement et, au nom de ce rendement, il fallait casser tout ce qui pouvait s'y opposer: enracinement, culture, mémoire, langue, puisque leur identité n'était désormais liée qu'à leur force de production.

Les négros spirituels

On n'est humain qu'avec une histoire et des liens. Davantage qu'un chant de ralliemement, le négro spirituel est un chant de "re-liement". Chant de combat, éminemment politique, inspiré de la Bible, il est né de cette nécessité de reconstituer une identité, de se relier, d'inventer son histoire. Puisqu'on m'ôte toute histoire, alors je me la refais en puisant dans cette histoire universelle. Dans le négro spirituel, l'esclave s'affirme comme une personne en empruntant et recevant l'identité de fils et de fille de Dieu. Il devient enfant de ce peuple, hébreu dans la bible mais à vocation universelle, qui reçoit son identité d'une autre Source quand les forces de déshumanisation économiques, politiques ou culturelles veulent rompre ses liens et lui dénier tout droit à une histoire.

...et aujourd'hui ?

Il est paradoxal de constater le soin apporté à la traçabilité des produits et l'anonymat grandissant des travailleurs migrants, leur flexibilité exigée, ces déracinements constants imposés à ces foules: autant de formes de déshumanisation. Effacer l'histoire, vider la mémoire pour créer un esclave adéquat au profit de l'Homme du 17è siècle, tel était l'enjeu de l'esclavage, ne sommes-pas, aujourd'hui, devant quelque chose d'analogue?