06/11/2007

Arche de Zoé, un sauvetage qui sent le racisme ?

Après le « sauvetage » des journalistes et hôtesses de l’air par le président Sarkozy  et sa déclaration relative au sort des autres condamnés restés à N’Djamena : « Que chacun rentre à la maison », je ne peux m’empêcher d’y voir une forme nouvelle de racisme : Comment ? Nous  pourrions laisser les nôtres être jugés par des Tchadiens ? Lisez : Comment nous, Européens civilisés, pourrions-nous laisser les nôtres être jugés par des Africains, ces n…oirs (tiens, je pensais à un autre mot, commençant aussi par ‘n’) dont on ne connaît même pas les dialectes, dont la justice sera forcément… cruelle, sauvage, raciste…  Les Tchadiens, qui ne sont pas des imbéciles, ne s’y sont pas trompés, exprimant leur légitime sentiment de honte, pour le moins de frustration, devant cet enlèvement..

 

Au départ de cette affaire se trouve une ONG, certes pas très futée, mais  je gage que d’autres auraient pu, pourront ( ?) tomber dans des difficultés analogues… mais, hélas, cela complique tout et renforce cette impression de racisme. Car en plus de mépriser ou, au mieux, de douter des capacités juridiques du Tchad, on demande en quelque sorte à ce pays de renoncer à son droit et son devoir au nom de l’aide qu’on lui apporte. C’est comme si on disait aux Tchadiens : on vous aide dans votre guerre, on vous assiste et sauve vos enfants que vous êtes incapable de bien élever, alors, de grâce, ne soyez pas trop regardants sur nos méthodes. Vous devriez même nous remercier…
Même s’il y aura très certainement encore des rebondissements dans cette triste affaire, cet enlèvement est un scandale et un contre-sens tant au plan politique que juridique. Le plan juridique : l’un des principes fondamentaux du droit, reconnu par tous les pays, prévoit qu’un délit soit jugé sur le lieu et selon les lois du pays où il a été commis. Le contraire serait-il acceptable, qu’un président africain vienne en Europe et reparte, trois heures plus tard  avec ses compatriotes qui, dans l’un de nos pays, sont accusés de crimes graves ?
Que les sanctions ne soient pas partout les mêmes, que la rigueur soit plus grande ici, plus douce ailleurs, que les gardiens de prison aient la peau noire ou blanche, ne change rien à l’affaire.
Au plan politique ensuite, cet enlèvement est à l’opposé de la philosophie de beaucoup des œuvres d’entraide nationales et internationales pratiquée depuis des décennies. Après les siècles du colonialisme puis ceux du néocolonialisme, après les années de paternalisme, ces œuvres ont évolué vers des formes de cogestion, de responsabilisation et de respect des partenaires. Oter au Tchad sa responsabilité de juger lucidement cette affaire et de condamner légalement celles et ceux qui seront reconnus coupables relève de ce respect demandé et déjà heureusement exercé. Si cette opération « arrange » le président tchadien, ce serait encore pire et, comme s’interroge votre rédacteur A. Grosjean dans l’édition du 5 novembre : « quel prix a payé Sarkozy au Tchad pour pouvoir jouer les sauveurs ? » J’ajoute : quel prix le peuple tchadien va-t-il payer ? Et je demande, même si une convention d’entraide juridique existe entre ces deux pays, au nom de quel principe sinon économique ou militaire, on peut ainsi, officiellement et par l’action du plus haut personnage d’un pays, son président,  voler à la justice d’un pays des personnes qui sont soupçonnées de délits graves ?