24/03/2008

Propos sur la résurrection

1738735973.jpg Personne n’était là, à la résurrection, pour rendre témoignage du fait… Personne non plus à la création, pour faire un reportage, tel un journaliste assis sur quelque nuage...



Personne, sinon déjà en tant qu’interprète, témoin engagé. La mort de Jésus de Nazareth a eu lieu, c’est un fait dont l’historicité ne peut être mise en doute. Sur ce point les témoignages juifs, chrétiens ou romains concordent. Mais l’important est le sens qu’on lui donne.

Si l’on est Pilate, soldat romain, membre du tribunal juif, foule de Jérusalem ou amis de Jésus, les paroles que nous pouvons mettre sur la mort de Jésus changent du tout au tout. Je suis persuadé que pour les premiers il ne s’agissait que d’une exécution de plus, que pour les seconds l’essentiel avait été préservé, je ne suis pas sûr que toute la foule de Jérusalem ait suivi avec passion ces événements ; par contre pour les disciples, les amies et amis de ce prédicateur de Galilée, les mots à trouver, le sens a donner et à transmettre sont tout autres.
Si la mort du Seigneur est historiquement incontestable, la résurrection, elle, nous fait entrer dans le registre du l’engagement et de la foi. On n’a pas à croire en ce qui est indiscutable et prouvé. Mais la résurrection n’est pas du domaine de la preuve. Elle ne prouve pas que Christ était le Fils de Dieu, le Messie, le Sauveur.

Le Christ l’a lui-même explicitement exclu en refusant d’exploiter cet événement pour obliger à croire. Nuls coups de trompette de son archange Gabriel, chef des chorales célestes, pour convoquer Pilate, les soldats romains et les autorités juives devant le tombeau d'où lui sortirait en poussant la pierre et disant… Imaginez la scène : succès total, assourdissant de Jésus-le-plus-fort et perte absolue pour les autres, les vaincus, à terre les écrasés…! Jésus aurait gagné et les "autres" tout perdu !


Voyez, au contraire, la manière tout en dentelle dont les premiers témoignages de la résurrection nous ont été transmis : il y est davantage question de peur, de tremblement, de retournement, d’hésitations que d’assurance, de victoire ou de certitude. Même quarante jours plus tard et après tant d’apparitions du Ressuscité, à l’Ascension certains des disciples douteront encore et ce doute a sa place dans la Bible.


Témoignage donc tout en dentelle, car l’enjeu est de taille : rendre compte avec fidélité de l’enseignement reçu pendant les trois ans mais aussi accepter humblement que tout dépende de soi, de chacune et de chacun, des ces femmes, de ces hommes, de ces communautés traversées par tant de conflits humains.


Personne n’a assisté à la résurrection et les femmes qui ont vu le ressuscité les premières ont eu peur ou n’ont pas été crues. Car si on peut saisir, comprendre et, dans un certain sens, maîtriser le message que Jésus a délivré pendant les trois ans de son pèlerinage sur terre, la résurrection, elle, nous place devant un abîme de non-savoir, de non-maîtrise. Dans un premier temps seul le silence peut en rendre compte. Silence devant cette autre vie entrevue, devant cet impossible possible, yeux fermés devant une si éblouissante blancheur. Et après, quand vient le temps de la parole, de la quête du sens et du témoignage, ce sera toujours une parole risquée, osée, une parole "sur l’arrête". Une parole que je ne peux exposer sans m’exposer avec elle, que je ne peux dire sans que quelque chose ne se dise de moi.


Si je connais certains chemins de résurrection, je ne "sais" pas la résurrection, je ne peux ni la proposer, ni l’enseigner. Il n’y a pas de techniques pour apprendre à ressusciter. Par contre nous sommes adossés à la résurrection. Comme à la naissance, nous venons après que Dieu a fait le monde et l’a béni. Oui, nous venons après la résurrection, elle a eu lieu !

Commentaires

Quel bel article! Ces réflexions sont émouvantes, profondes et simples tout à la fois.
Merci

Écrit par : Julia | 07/03/2009

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