16/05/2008

QUI EST PROPRIETAIRE DE LA TERRE SUISSE ?

A propos de la loi sur les naturalisations, une interpellation protestante

 

 

En plus de la question précise de savoir qui aura le droit de naturaliser, ce projet de loi pose une question plus fondamentale, celle du rapport au pays, à sa terre et à ses traditions. Cela d’autant plus qu’il vient de l’UDC, parti qui tire sa légitimité en tant que prétendu « gardien » de cette terre et de ces traditions.

Il faut donc poser cette question première: Qui détient le pouvoir de donner une part du territoire et ses traditions ? Cette question conduit à une autre, encore plus en amont : quelle suissesse, quel suisse peut se prétendre propriétaire du pays (territoire et traditions), et donc légitimer son droit de décider à qui il ou elle veut en donner une part.

Qui est propriétaire de la terre ? Personne ! Aucun individu, aucune collectivité ne peut prétendre légitimement posséder un bout de notre terre. Toute borne posée fut un acte de violence, sûrement nécessaire pour constituer puis protéger une famille, un clan ou une nation, mais personne ne peut prétendre être le propriétaire d’origine, ainsi légitimé, de la terre. Dans la perspective biblique, la terre est promise, donc donnée et elle doit garder ce statut de don pour rester habitable. C’est un des sens du premier récit de la bible dans le livre de la Genèse. Faire de Dieu le Créateur n’est pas une explication sur le ‘comment’ de la création mais une manière de dire que nous ne sommes pas les auteurs de tout, entre autre pas de la terre ; pour marquer symboliquement cette dépendance, le récit biblique place l’arrivée de l’être humain au 6e jour, après que tout a déjà été mis en place : lumière, eau, cieux, terre, végétation, animaux… Nous n’avons pas fait la terre et ne pouvons prétendre en être les propriétaires.

A propos de cette fonction de gardiens que certains s’attribuent : dans la Genèse l’humain est effectivement posé par Dieu comme gardien du jardin. Gardien avec une grande responsabilité : cultiver, faire prospérer, faire fructifier mais pas propriétaire ; et chaque fois que Dieu promettra à ceux qu’il aime qu’il leur donne la terre, il les enjoindra aussitôt de rester à l’écoute de sa voix, de ses enseignements, donc de l’histoire de l’origine, pour que justement cette terre reste un don. Et pour que ce qu’on a reçu reste un don, il faut le partager ! 

La question du partage viendra très vite dans l’histoire du peuple juif : à peine Dieu promet-il une terre à Abraham (Genèse ch. 12, versets 1 et 2), que la question des ‘autres’, des peuples déjà présents sur la terre se pose. C’est au verset 6 de ce même chapitre: « Abraham et les siens arrivèrent au pays de Canaan (la terre promise). Abraham traversa le pays (…) or les Cananéens habitaient alors le pays… » Il doit donc faire avec ces ‘autres’, même si c’est difficile. Le pays lui est donné mais n’est pas enlevé aux autres pour autant et, fait plus troublant encore, ces autres étaient là avant…

L’histoire de la conquête des Etats-Unis le montre bien : il n’y a pas de terre vierge ! Le croire ou le prétendre conduit nécessairement à la violence injustifiable et à la destruction déshumanisante. Il n’y a pas de lieu où nous sommes ‘premiers’. Nous sommes toujours seconds. En perspective chrétienne cela renvoie à la notion de ce Dieu qui nous précède et nous appelle de plus loin que nous.

Une autre image biblique fondatrice est encore celle d’Abraham, Araméen errant, figure emblématique de notre statut de ‘passager’ sur cette terre que nous devons tous quitter un jour et dont nous ne pouvons rien emporter.

Pour conclure. Ce pays, comme tous les autres, est un don (et un beau don !) qui nous est confié. Nous ne pouvons en garder la jouissance que comme gardiens, pas comme possesseurs. Aujourd’hui garder à ce pays son caractère de don passe par une loi sur les naturalisations qui ne nous plonge pas dans l’illusion mortelle que nous en serions propriétaires.

 

 

Commentaires

Votre conclusion me semble plus qu’étonnante, mais soit, prenons la comme base de réflexion.

Donc si vous souhaitez éviter au peuple de vivre dans « l’illusion mortelle » de posséder la terre, est il préférable de réserver cette illusion a quelques fonctionnaire mais néanmoins humains ?

AF

Écrit par : Alain Fernal | 16/05/2008

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