24/07/2008

Constituante et Eglise Protestante, une occasion manquée?

 Le Consistoire (parlement) de l'Eglise Protestante de Genève (EPG) vient de décider de ne pas présenter de candidats à la Constituante genevoise mais de créer un groupe de suivi : «Ce groupe sera amené à réfléchir non pas sur l'ensemble des problèmes traités par la Constituante, mais sur des thèmes qui sont particulièrement importants pour l'Église: le sens de l'Etat et les valeurs fondamentales qui le soutiennent... » (Communiqué du Conseil du Consistoire dans La Vie Protestante de juillet 2008, p. 6).

Dommage! L'Eglise rate ici une occasion. Qui plus est, elle donne un signe contradictoire: ne pas faire partie de cette importante entreprise qu'est la refonte d'une Constitution et, en même temps, prétendre « participer valablement aux réflexions de l'élaboration de la nouvelle Constituante (...) le mandat général du groupe [étant] d'accompagner, dans le sens d'éclairer, les débats par le message spécifique de l'Evangile ». Je ne vois pas très bien comment cet accompagnement sera possible, les Constituants désirant travailler probablement à l'écart de tout groupe de pression. Le Courrier ne s'y est pas trompé, parlant de « lobby »! (édition du samedi 19 juillet, p. 8). Pour ma part, je ne peux m'empêcher de trouver cette position relativement désobligeante pour le monde politique.

Un argument est présenté: respecter la laïcité: « L'EPG a un message évangélique à transmettre mais, dans un Etat laïc, elle dit ce qu'elle pense sans intégrer le monde politique » explique M. Vuagniaux, membre du Conseil du Consistoire , toujours dans Le Courrier. Cet argument n'est pas pertinent, au contraire. Outre son caractère quelque peu prétentieux déjà relevé, cette position fait fi de la culture protestante. Effectivement, en perspective réformée, la laïcité est une proposition de dialogue responsable, non d'exclusion. Contrairement à une certaine conception catholique romaine qui continue à envisager le rapport avec l'Etat en terme de rivalité (la prédominance toujours revendiquée du Pape sur les chefs d'Etat), le protestantisme est favorable à une présence dans la cité en termes de partenariat et de responsabilité différenciée, de manière critique certes, mais toujours complémentaire et respectueuse. Combien d'hommes et de femmes politiques ont fait la Genève actuelle, portés par leur foi protestante et Calvin a toujours tenu en très haute estime le ministère du magistrat. A l'heure où il devient urgent de montrer au monde politique et à la société qu'on peut être croyant et doué de raison, pratiquant et tolérant, à l'heure aussi où les besoins de spiritualité se font sentir partout, cette position est contreproductive.

Je la regrette d'autant plus que, depuis quelques années l'Eglise protestante se propose justement d'être plus présente dans la Cité...

Heureusement, je sais des parlementaires défendant les valeurs de l'Evangile et, comme l'annonce Le Courrier, des protestants se portent candidats, mais hélas, sans être nommément proposés par leur Eglise.

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