24/09/2008

Les morts, la religion et la propagande

 Une publicité:

L'ambassade de Russie communique: « Il est de coutume des Eglises chrétiennes orthodoxes de commémorer des morts au 40e jour après leur décès. Nous déplorons aujourd'hui des nombreuses victimes de l'offensive géorgienne contre l'Ossétie du Sud. Elles resteront pour toujours en notre mémoire. Rien dans nos cœurs ne peut les faire oublier. (...) » signé Ambassade de Russie en Suisse. Cette annonce a été publiée sous 'publicité' dans la Tribune de Genève du 16 septembre.

 

L'inauguration d'un nouvel institut:

Dans Le Temps du 20 septembre (p. 5) un article signale l'ouverture ces jours à Paris d'un Institut pour la démocratie et la coopération, ce que le journamiste estime "ressembler à une provocation". Cet institut est dirigé par une russe, Natalia Narochnitskaya, membre du parti de Poutine, financé par des entreprises russes et soutenu ouvertement par le Kremlin. Le journaliste fait état de la guerre des médias occidentaux à laquelle se livrent Russes et Géorgiens et remarque que ces derniers « dominent les télévisions anglo-saxonnes et achètent de pleines pages de publicité dans Le Monde ». Il précise que Moscou « dont les moyens semblent plus limités, s'est vu refuser la publication d'un modeste encart dans Libération pour rendre hommage aux victimes de l'attaque de régime de Tbilissi » et rapporte la remarque désabusée de Natalia Narochnitskaya « nous sommes en train de perdre la guerre de la propagande » (sic!)

Outre le constat que la Russie soviétique est bien enterrée, deux questions se posent: celle de la position de la Julie et celle de l'usage des rites religieux à but de propagande politique.

La Julie: il semble qu'elle ait été moins critique que son confrère français, encore qu'il serait nécessaire de connaître les raisons de Libération pour refuser cette pub. Mais voici mes questions : selon quels critères cette publicité a-t-elle été acceptée dans la Tribune? Y a-t-il eu débat? Ou le tout est-il resté sous la seule responsabilité de Publicitas, l'agence qui gère les publicités et annonces dans le journal? Que se passera-t-il quand Tbilissi achètera dans la Tribune le même espace publicitaire pour une annonce en faveur des 'siens', clairement identifiés comme les ' ennemis' par les russes?

 

L'autre question ressortit aux rapports entre rites religieux et propagande politique. Payée ou non, une invitation d'une ambassade à faire mémoire et à prier pour 'ses' morts n'est pas chose anodine. L'ambassade prie-t-elle vraiment pour le repos de ses concitoyens, le veut-elle, le peut-elle? Si l'ambassadeur prie, il peut difficilement le faire dans le cadre de sa fonction.

La prière orthodoxe:

Cette prière des quarante jours après le décès d'un proche est un acte familial et ecclésial. Habituellement, il est célébré par les familles, voire le village, dans une église, avec un prêtre. Le gouvernement russe se substitue ici aux familles et aux autorités ecclésiastiques et récupère à des fins politiques un rite chrétien très populaire. Cette alliance du sabre et du goupillon sent le soufre. Elle n'en est pas, hélas, à sa première manifestation: la présence très médiatisée du président et du premier ministre russes aux obsèques de Soljenitsine en furent les prémices.

L'enseignement du Christ:

Le Christ a enseigné ceci: « Vous avez appris qu'il faut aimer son prochain et haïr son ennemi. Moi je vous dis d'aimer vos ennemis et de prier pour ceux qui vous persécutent » (Evangile de Matthieu, ch. 5 v. 43). Il appelait à dépasser la fameuse loi du Talion: œil pour œil, dent pour dent, blessure pour blessure, mort pour mort. Audace folle, dérangeante aujourd'hui encore! Prier pour le proche et l'ennemi, c'est tout simplement et devant Dieu refuser de juger entre l'un et l'autre et ne pas annexer Dieu à sa cause, aussi noble sois-t-elle. C'est aussi associer ce qui est dissocié, réunir dans l'espérance ce qui est divisé sur la terre. Il s'agit d'un acte prophétique, provocateur aussi, probablement insupportable, dans un premier temps au moins, pour les victimes. Mais une guerre, ne fait-elle pas que des victimes? La prière les remet toutes à Dieu, sans distinction de patrie ou de parti. Cet impératif, toute Eglise doit le rappeler, à temps et à contre temps, sous peine de se trahir et de trahir sa Source.

Dans la Russie post-soviétique, que d'aucun rêvent en Russie Eternelle, l'Eglise orthodoxe se trouve à un carrefour: soit elle garde la distance nécessaire à sa crédibilité évangélique, soit elle y renonce et, après un temps de gloire bien éphémère et peu évangélique, elle subira le jugement des hommes qui fut le sien dès la révolution d'octobre (1918): sa collusion avec le pouvoir tsariste avait participé à sa chute.

Commentaires

A Monsieur le protestant,

Quel est le rapport entre une annonce mortuaire taxée de manière irrespectueuse de publicité et un nouvel institut pour la démocratie et la coopération à Paris?

Il semble que cette annonce mortuaire commémorait les victimes en Ossétie du sud sans préciser s'i c'était des Russes des Géorgiens ou des Ossètes dont on parle peu dans ce conflit alors qu'ils sont les principaux protagonistes, différents des Géorgiens puisqu'ils on une langue différente par exemple.

Pour quelle raison un ambassadeur croyant ne pourrait-il pas prier dans le cadre de sa fonction pour le repos des victimes d'une guerre? Est-ce indécent?

Pour quelle raison le président et le premier ministre russe ne pouvaient-ils pas se rendre aux obsèques de Soljenitsine, homme célèbre? Les gouvernants européens et américains ne font-ils pas de même ?

L'église orthodoxe russe, apostolique, patristique, issue des premiers saints conciles existe en Russie depuis 1020 ans. Elle a survécu sous je joug du communisme de Marx et dans la diaspora.
Comme vous le savez lors de la révolution bolchévique une quantité énorme de personnes restées fidèles à la foi ont été assassinées, massacrées par le pouvoir soviétique, athé, militant, à commencer par le dernier tsar et sa famille. N'injurions pas la mémoire de tous ces gens.

En fin de compte Monsieur le protestant ne faites-vous pas dans votre billet ci-dessus de la propagande anti-russe primaire, habituelle dans la presse occidentale et du militantisme indirect en faveur de votre communauté protestante ceci au dépend de l'église orthodoxe ?

Bien à vous.

Écrit par : JO | 25/09/2008

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