17/12/2008

Noël: Marie, Elisabeth et les experts. Réponse à P. Ruetschi

 

Marie et Elisabeth, mères interdites ou impossibles, et les experts

A propos de l'édito de P. Ruetschi, TG du 17.12

Je note avec intérêt l'analogie faite par P. Ruetschi entre gourous et experts. Effectivement, l'expert est devenu, souvent malgré lui, un gourou aux pouvoirs occultes, mais d'autant plus efficaces qu'ils lui sont conférés par ceux qui, justement, vont en souffrir, le « bon peuple », les citoyens, les créanciers (tiens ça commence comme le mot crédules...). Comme celle du prêtre, la force du gourou ou de l'expert réside dans l'abandon de leurs pouvoirs et potentialités auxquels Monsieur et Madame Tout-le-monde renoncent 'librement', par facilité, par peur ou par abus de confiance.

Notre société a érigé la compétence en norme absolue pour tout accès au pouvoir et l’expert en détenteur du salut. Partout la barrière de l’ « inexper(t)ience » se ferme devant un nombre croissant d’hommes et de femmes, particulièrement les jeunes, qui sont réduits au rôle d’admirateurs reconnaissants des productions des experts et les vieux et les vieilles qui sont (dis)qualifiés de personnes qui coûtent et ne rapportent rien. Or, que ce soit en politique, en économie mondialisée, en exploitation énergétique ou en finances internationales, les récentes débâcles planétaires montrent à l’envi la fragilité des experts et de leur soit-disant expertise.

Cette « expertocratie » est fondamentalement à combattre. Elle repose sur une usurpation. L’expert n’a rien acquis ni découvert qui ne se trouvait dans le donné de ce monde qu’il n’a pas fait. Devenu autocrate ou autonome (cratos en grec = force, nomos = loi), il se prétend auteur de sa découverte et confisque à son profit les fruits de ce que d’autres lui ont permis d’acquérir.

Ensuite, l’ « expertocratie » est une expropriation. Elle dépossède de leur accès au pouvoir celles et ceux qu’elle déclare incompétents ; elle les dépossède de leur liberté d’enfants de Dieu appelés à gérer la création donnée au nom de leur première identité et compétence : se reconnaître créature : « Croissez et multipliez... » (La Bible, Genèse ch. 2).

 

C’est bien le signe que donne l’Evangile à travers ces deux naissances. Elisabeth et Marie sont toutes les deux à l’opposé de l’expert, du gourou et du prêtre, l’une par la vieillesse et l’autre par la jeunesse. Les deux : incompétentes, incapables, en dehors des normes où l’on est autorisé à produire, créer et participer. C’est pourtant elles que Dieu choisit. C’est d’Elisabeth la fatiguée que surgit la voix que fera refleurir le désert de l’espérance fanée, c’est de Marie l’inexpérimentée que sortira la divine puissance plus forte que la mort.

Joyeux enfantements à toutes les inexpertes et tous les inexperts de la terre, Dieu vous appelle aussi.

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