18/03/2009

Ecône, l'œcuménisme ne doit pas faire les frais de l'unité catholique

ecône.jpgLes remous suscités par la décision du pape de lever l'excommunication d'Ecône se sont concentrés autour des propos révisionnistes d'un de ses évêques.

Mais il y a un autre pan de cette affaire à ne pas occulter: la position d'Ecône sur l'œcuménisme. Or on n'a pas (encore?) entendu le pape se prononcer avec la même vigueur sur cette question. Car pour la Fraternité St Pie X il n’y a qu’une seule religion vraie et sainte, fondée et instituée par le Christ Notre-Seigneur, elle s’appelle Catholique, Apostolique et Romaine et donc, pas de doute, l'œcuménisme c'est le diable!


«Outre le fait qu’il s’appuie sur des thèses hétérodoxes, l'œcuménisme est nocif pour les âmes, en ce sens qu’il relativise la foi catholique (...) et détourne de l’Eglise catholique, unique arche de salut», déclare Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité, dans une interview du 24 janvier 2004 publiée par DICI sur le site de la Fraternité St Pie X. Et la suite est de la même veine:  l'œcuménisme engendre le relativisme de la foi, humilie l’Eglise et enorgueillit les dissidents... « Sous couvert de rechercher l’unité, cet œcuménisme (...)  ne porte pas la marque du Christ, mais celle du diviseur par excellence, le diable ».

Pourtant Rome avait avancé. C'était au temps de Vatican II, avec le pape Paul VI qui, en 1964, publiait le bel et bienvenu Décret sur l'œcuménisme. Malgré ses limites, ce décret ouvrait un espace de dialogue: « A ce mouvement vers l'unité, qu'on appelle le Mouvement œcuménique, prennent part ceux qui invoquent le Dieu Trinité et confessent Jésus pour Seigneur et Sauveur. (...) Voilà pourquoi le Concile, considérant avec joie tous ces faits, après avoir déclaré la doctrine relative à l'Église, pénétré du désir de rétablir l'unité entre les disciples du Christ, veut proposer à tous les catholiques les secours, les orientations et les moyens qui leur permettront à eux-mêmes de répondre à cet appel divin et à cette grâce ». Bien sûr, le décret précisait un peu plus loin: « Cependant, nos frères séparés, soit en particulier, soit réunis dans leurs Communautés ou leurs Églises ne jouissent pas de cette unité (...) C'est, en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est "moyen général de salut", que peut s'obtenir toute la plénitude des moyens de salut ». Mais il y eut une ouverture, effectuée par les pères conciliaires.

En Suisse aussi, portées par cette ouverture, les Eglises Catholique Romaine, Protestantes et Catholique chrétienne s'engageent en 1973 à reconnaître réciproquement les baptêmes qu'elles célèbrent. Cela vaut encore aujourd'hui. Depuis, en Suisse, le baptême est un sacrement œcuménique.

Il importe donc, et tout particulièrement après cette réhabilitation problématique, que l'Eglise romaine prenne sans ambiguïté la défense de l'œcuménisme ou du moins se situe clairement contre les propos de cette Fraternité, aussi clairement que sur la shoah.

Or il existe dans l'Eglise catholique et romaine d'autres penseurs, d'autres espérances ! Notre Modérateur vient de nous le rappeler avec à propos, citant le père Duquoc, théologien de cette Eglise: « L'Eglise universelle n'est pas une super-Eglise centralisatrice ou fédérative, elle est la résultante de la communion, c'est-à-dire du mouvement d'ouverture de chaque Eglise (...) L'unité organisationnelle, qui est une dominante latine, a démontré son incapacité à maintenir en communion des Eglises locales: elle éliminait trop de droits particuliers légitimes ». Par la suite l'auteur cité témoigne de son audace:  « Le ministère de l'unité travaille au sein de cette multiplicité afin que la Parole de paix proclamée par Jésus ne détruise pas sa potentialité au profit d'une seule Eglise qui deviendrait impérialiste » et pose la question: « Comment assumer dans l'Eglise catholique un ordre symbolique qui ne postule pas l'exclusion du multiple, mais qui pousse à le vivre comme condition de possibilité de la communion? Peut-être suffirait-il pour cela de ne pas juger que l'autre Eglise soit la négation de la sienne, mais la limite qui la désigne comme n'étant pas le royaume ou l'Ultime » (Des Eglises provisoires, 1985).

La tâche du pape est difficile. Evitera-t-il l'écueil du rejet des uns pour «récupérer» les autres et acceptera-t-il de (continuer à) conduire son Eglise sur le chemin de l'humilité et du partage?

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