19/03/2009

Le pape au ciel et l'humain sur la terre

L'Evangile est-il (un) idéal ? Un éclairage protestant.

Devant les propos du Pape sur le préservatif, plusieurs commentateurs catholiques, voulant défendre leur Souverain, croient utile de séparer l'idéal du dogme de la réalité pastorale.

Nicolas Betticher, porte-parole du diocèse local, déclare ainsi dans Le Matin de ce jour: « Ce n'est pas au pape de rappeler les dispositions sanitaires d'un Etat de droit. Son rôle est de rappeler l'idéal, l'absolu concentré de la foi (...) » Et dans La Tribune de ce jour aussi, il précise sa pensée: « En Afrique, il [le Pape] ne pouvait que préciser l'idéal préconisé par l'Eglise catholique. Après, ce sont aux évêques de faire le reste du travail... »

 


 

Un idéal terrorisant et bibliquement faux

Au Pape donc la règle et aux pasteurs locaux, évêques en tête, son exercice. D'un côté la théorie et de l'autre sa mise en pratique. Drôle de partage des responsabilités qui contredit déjà la prétention pontificale d'être le pasteur des pasteurs, le primus inter pares, le pares désignant –si mes connaissances sont justes– les autres évêques. D'autre part, cette répartition pousse inéluctablement les fidèles à la dichotomie, écartelés qu'ils seront entre deux loyautés conflictuelles: fidélité au Magistère à la sauce 'bénédictine' ou fidélité à l'humain. Enfin plus scandaleuse encore, cette opposition entre contenu absolu de la foi et mise en pratique donne à croire que le message du Christ serait lui aussi fait d'une théorie idéale et de son application humaine forcément hasardeuse et imparfaite. Je ne vois pas dans la Bible cette division. Christ serait-il divisé? Bien au contraire, le Christ, révélation de Dieu pour les chrétiens, a uni en lui projet de Dieu et vie humaine et, par sa mort et sa résurrection, a unifié, pacifié, ce qui en nous est divisé, l'idéal et la réalité, la bonne volonté et la boue dans laquelle nous sommes englués: tu aimeras le Seigneur, ton prochain et toi-même.

Poser l'enseignement du Christ comme un idéal, comme règle, ne peut que placer l'humain face à son impossibilité à l'accomplir. Un idéal n'est-il pas par excellence inatteignable? L'humain ne sera-t-il pas toujours en défaut devant l'absolu de la foi?.

Une Eglise divisée, un Christ divisé

L'une des caractéristiques de la foi catholique est son universalité (synonyme de catholique) et son unité. Pour rester catholique, un fidèle ne peut choisir ce qui lui plait dans cette Eglise; il doit accepter la totalité de son magistère, ses déclarations spirituelles et théologiques comme ses impératifs moraux. Or les catholique choisissent, et ce depuis longtemps. Combien en ai-je rencontrés qui me disaient, maladroitement, 'ne pas croire au pape'. Cette position a été très clairement énoncée dans le gratuit 20 minutes de ce jour par une ONG camerounaise: « Les gens ne suivront pas ce que le pape a dit. Il vit au Ciel et nous sur la Terre ». Humour comme le prétend le quotidien? Pas forcément!.

Confiner le pape dans le rôle de gardien d'une (prétendue) orthodoxie (le Ciel) et réduire les autres à n'être que des fidèles infidèles (la Terre) divise non seulement l'Eglise catholique, mais l'humanité, les croyants et le Christ qui lui a uni Ciel et Terre. Cette distinction donne à penser que le Fils de Dieu serait un maître de vie à la pureté idéale et les humains des êtres incapables à jamais d'y accéder. Or le Christ n'est-il pas venu pour unir et chercher ce qui était perdu dans ce monde et sur cette terre?

Par ces déclarations, le pape continue à faire de l'humain un être encore et toujours pécheur... pour mieux le garder au sein du pouvoir ecclésiastique et romain? Quel camp le Christ aurait-il choisi?...

Luther ne s'est pas levé pour autre chose, lui qui a dit de l'humain: 'simul justus et simul peccator,(en même temps conscient de son imperfection et en même temps rendu juste par la volonté de Dieu). Ni angélisme ni condamnation éternelle. La justice de Dieu n'est pas celle par laquelle il nous juge mais celle par laquelle il nous rend juste à ses yeux, Lui qui, par son Fils, a réconcilié en nous ce qui était divisé.

Commentaires

" Et dans La Tribune de ce jour aussi, il précise sa pensée: « En Afrique, il [le Pape] ne pouvait que préciser l'idéal préconisé par l'Eglise catholique. Après, ce sont aux évêques de faire le reste du travail... » "

En fait, c'est aux évêques qu'il appartiendra de réparer la bavure du "chef" irréaliste et irresponsable, autant dire à côté de la plaque ... Je leur souhaite bon courage !

Mais les propos de Nicolas Betticher n'auraient-ils pas été inspirés par ceux d'un certain Ponce Pilate ?...

Merci pour cet éclairage !

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 20/03/2009

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