23/03/2009

Dieu, une invention humaine?

Une question a été posée sur mon blog: que répondre à qui prétend que Dieu est une invention humaine?

Je vais essayer d'y répondre dans ce cadre très publique d'un blog.
Le point de départ et le terrain du débat:

  • Peut-être vous faut-il vous poser cette question préalable: Pourquoi voulez-vous répondre à vos interlocuteurs? Pour garder leur amitié, vous prouver que vous avez raison de croire, les convertir...?

Ensuite il s'agit de vous assurer de la « bonne volonté » de vos interlocuteurs, mais elle semble acquise vu vos fréquentes rencontres, il me semble que vous devez être amis. Du moins je vous le souhaite pour que le partage porte du fruit. L'époque du 'combat des preuves', sinon des chefs, au sujet de l'existence de Dieu est (heureusement) passée! La réalité historique du christianisme n'est pas contestée, mais la foi oui et c'est normal. Ce qui me semble nécessaire, c'est que le débat se passe dans le respect, qui permet la confiance et le partage des doutes aussi, de quelque côté qu'ils soient.


 

  • La difficulté

Aujourd'hui le débat sur la foi est rendu plus difficile entre autre à cause des positions chrétiennes fondamentalistes qui manquent d'intelligence et sont les porte-parole de positions morales excessives et dogmatiques, à cause aussi d'un « dogmatisme laïque » qui frise parfois la provocation, voire la mauvaise foi (sans ironie...). Je me permets de me citer dans une de mes dernières prédications sur la vocation de l'apôtre Paul: « Le combat de Paul est celui de l’intelligence et de la foi, le combat entre l’ange de Dieu et l’homme, ce combat qui surgit au plus profond de nous. Il est toujours d’actualité. J’y ai été rendu sensible par un livre d’introduction à la philosophie étudié dans nos collèges : Dieu, textes choisis et présentés par Marie-Frédérique Pellegrin (GF Flammarion , 2003 p. 13...16). Dans son introduction, intitulée ‘Théologie contre philosophie’, l’auteur écrit :" L’appréhension de Dieu paraît en effet relever de la croyance et de la tradition, deux types de la compréhension du réel critiqués par la philosophie. Car ils appartiennent tous deux aux modalités inférieures et trompeuses du connaître, celles qui sont justement disqualifiées par la raison"  et un peu plus loin : " Dieu est donc objet d’adoration ou de rejet, mais il n’est pas objet d’examen et de réflexion (...) Significativement, bien des religions valorisent la foi des simples et des ignorants, foi sans réflexion et sans doute, foi non philosophique par excellence (...) Une telle voie est anéantissement des facultés intellectuelles et de l’autonomie de pensée comme le montre l’image de  l’enfant pour désigner le bon croyant" . L’auteur ira jusqu’à prétendre que " la tradition paulinienne a tendance à disqualifier la raison dans l’approche de Dieu"  (sic!) Le combat du croyant contre cette position est inéluctable. Encore faut-il, pour le remporter, savoir sur quel terrain se trouve le héraut de la foi. Quel est le terrain de votre foi ? (...) » Il s'agit de la 5e d'une série de six prédications sur le thème 'Vocations – vocation'.

 

  • Le statut de la foi et du croyant.

Mon ancien professeurs d'apologétique (vieux terme qui désigne la défense de la foi), Bernard Morel, physicien et théologien protestant de haut rang, publia son dernier livre sous le titre: Dieu n'existe pas, il l'a toujours dit. Audace possible pour ce grand intellectuel, mais titre que je  reprends à mon compte, car il désigne l'état premier, fondateur, du croyant chrétien: être face à une Parole, dire « Dieu est une parole ». Pour ma part, je préciserais ce titre ainsi: Dieu n'existe pas, il me l'a toujours dit pour accentuer la dimension relationnelle que la foi introduit entre Dieu et le ou la croyant-e.  'Dieu est une parole' est la première affirmation du premier livre qui ouvre le premier Testament, la Genèse: Dieu dit et cela fut, puis Dieu dit du bien (bénit) de ce qu'il avait créé, ciel et terre, cosmos, végétaux et animaux, humains enfin. Dieu parle, il ne cesse de parler: le premier récit historique (l'histoire d'Abraham), - les récits antérieurs sont symboliques ou mythologiques -, commence encore par une parole adressée à quelqu'un. L'histoire de Jésus commence elle aussi par des vocations, ou paroles qui mettent en marche hommes et femmes, et le quatrième évangile, celui de Jean, présente la venue au monde de Jésus par ce beau poème sur la parole faite chair, venue, acceptée et rejetée, entendue et niée, pour finir crucifiée et ressuscitée ou 'ressurgie'.

 

  • La fragilité et la force de la parole

Dire cela, parler (!) de Dieu-parole ne prouve rien, mais propose, énonce un projet et le fait de manière risquée. Voyez dans la rencontre et l'émotion de l'amour le risque qu'il y à dire à l'autre « je t'aime »: quelle audace, quelle prétention...! Le premier qui dit son amour pour l'autre prend le risque d'une réponse négative ou de l'absence de réponse. Ne dit-on pas aussi « avouer » son amour? Comme une faute? non mais comme une fragilité, une 'forte faiblesse' car, le disant, on se livre à l'autre, on s'avoue, s'offre et se dévoile. Bien sûr qu'avant, il y aura eu des signes qui ont peu à peu pu permettre cet aveu, du moins peut-on l'espérer sans cela cet aveu risque fort d'être prématuré, dans le sens d'immature. Dire « je t'aime » (ce que Dieu ne cesse de nous dire) ne  prouve pas l'amour... et pourtant le dire est indispensable pour que quelque chose se construise entre deux personnes. Ou, si cette parole 'prouve' l'amour c'est davantage dans sa fragilité risquée. C'est le fondement de tout amour, de toute foi chrétienne aussi.

  • Interlocuteur

Etre dans une relation de parole crée des inter-locuteurs. Telle est notre identité devant Dieu: des femmes et des hommes reconnus par lui comme ses interlocuteurs, responsables donc de leur propre parole devant lui, responsables de leur écoute et de leurs essais de réponses. Il peut arriver que cette parole inter-loque, désarçonne. Tant le croyant que l'athée ou l'agnostique.
Preuve, mais quelle preuve?
Ne pas prouver que Dieu existe ne prouve pas qu'il n'existe pas! D'autre part, le prouver semblera toujours suspect. Le livre cité de B. Morel voulait aussi répondre à un ouvre paru peu avant, intitulé Dieu existe, je l'ai rencontré (André Frossard). Sans mettre en cause la 'vérité' de cette découverte pour l'auteur, sa lecture ne m'a convaincu ni de l'existence de Dieu ni de la vérité de cette conversion, encore moins de son exemplarité. On ne prouve pas Dieu, ni l'amour, ni la joie ou la beauté.

  • Des signes et la soif

Mais on a des signes de l'un comme de l'autre. Tout d'abord la foule des témoins, bibliques ou non, connus ou obscurs. Ensuite la force des récits bibliques, la puissance de l'espérance dont ils témoignent, leur incarnation dans tant de cultures et de situations différentes. Ensuite encore, et justement, les contradictions des témoignages bibliques, par exemple entre les quatre évangiles; ce sont là aussi de ces signes du passage de Dieu parmi les hommes parce que, si on avait voulu prouver Dieu, on aurait justement enlevé ces passages, purifié le texte. Un texte de propagande ou une publicité pour Dieu, voilà tout l'opposé de la Bible. D'autres textes vont dans le même sens, ces passages insupportables comme tel récit de guerre, tel appel à la vengeance... Tellement humains, tellement signes d'une aspiration, d'un désir de Dieu.
Que tout cela est humain mais en même temps porté par une telle espérance, une telle soif d'eau pure. Parce que l'humain ne peut vivre que de lui-même, ne peut être sa propre source (vous n'avez pas décidé de naître, vos amis non plus...), découvrir, bible à l'appui, que notre origine est un un Dieu qui est amour et heureux de sa création est une belle découverte. Je n'hésite pas à dire que si le Dieu de la bible n'existait pas, ce serait la plus belle invention humaine!
Vous l'aurez remarqué, je réponds à votre question en parlant essentiellement de la Bible, car c'est notre Source, à nous autres protestants. Une bible qui se lit comme un livre, dont la Source est en Dieu et dont les mots sont les nôtres. Un livre écrit à mille mains et avec le Souffle (la parole) de Dieu.

  • Pour (ne pas) terminer: Foi et doute

Quelques mots sur le doute tel que je le comprends: c'est l'ombre portée sur le monde par le croyant/la croyante sous la lumière de Dieu. Nous ne pouvons nous séparer de notre ombre. Foi est doute sont indissociables, utiles même pour rester humble, mot de la même famille que humain et humus. Quand il m'arrive de rencontrer des croyants qui ne doutent pas (du moins le prétendent-ils), j'ai un sentiment de gêne, de peur parfois: ils ne donnent  prise à rien, aucune humanité, au contraire une foi que je ressens comme terrorisante, culpabilisante pour le moins et, au fond, très fragile. Cette 'force' cache probablement une immense inquiétude: et si Dieu n'existait pas? Question tellement insupportable qu'il faut l'évacuer en construisant un système de pensée qui exclut toute contestation. Pris dans ce sens, le doute est la porte d'entrée de la compassion, de la miséricorde pour ceux qui, devant la misère extrême des petits tombés à terre, ne disent pas Dieu, n'expliquent rien par Dieu mais, simplement, sont là, s'agenouillant avec ces petits et se taisent...

Commentaires

Cher Monsieur ,
Merci d'avoir répondu à " Dieu , invention des hommes ! "
Je viens de lire un article très bien fait .
" Le grand Horloger :> !
http://www.patesia.fr/ Le-grand-Horloger-le-retour.html
Avec encore mes remerciements je vous prie d'agréer Cher Monsieur
mes très sincères salutations .
Fernand Perrot

Écrit par : Perrot | 27/03/2009

As-tu lu le livre remarquable de Dany-Robwert Dufour
"On achève bien les hommes"
"de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu"
chez Denoël (c) 2005.

La preuve athée de l'existance de "Dieu" ... à remettre entre de pieuses mains
pour que les mots d'aujourd'hui rejoignent les paroles d'Evangile, au lieu du charabia indigeste de la spiritualité de la plupart des "religieux".
Ce livre à lire en contre point de ceux de Finkelstein et Silbermann avec leurs découvertes archéologiques soulignant l'extraordinaire capacité humaine à être inspirée par le divin...et le documentaire (tant critiqué) de james Cameron sur "la tombe de Talpiot" qui dit ce qui est naturel dans la vie d'être exceptionnels, comme Jésus de Nazareth.
Enfin, te souviens-tu de la remarque d'Abraham Ben Meïr, qui nous enseignait l'hébreu Biblique dans une salle sous un appartement de la vieille ville, et qui protestait de son incroyance alors que nous admirions sa capacité à former des rabbins avec une "foi" lumineuse ... "Je ne crois en rien, mais je n'ai rien trouvé de mieux !"

Salut à toi camarade, je trouve les montagnes très légères et les églises bien lourdes... alors la foi ...
bvb

Écrit par : collègue | 01/04/2009

Comment ne pas croire a un autre ailleur,il y a sept ans,ma mère sur son lit, quelque instant avant de partir rejoindre cet ailleur, parlant a ma grand-mère,qui ailleur depuis 70 ans,lui dit : oui maman j'entend la musique attend moi j'arrive. Et moi qui assiste à son dernier soupir, comme on souffle une bougie sur un gâteau. Puis plus rien,le corps n'ai rien mais cette lumière intérieure,qui part rejoindre cet ailleur....

Écrit par : Silvestre | 16/04/2009

Merci pour ce beau témoignage.

Écrit par : Daniel Neeser | 17/04/2009

Cher Monsieur ,

Je m'excuse car j'ai fait une erreur dans la réf. Google conçernant : Le grand Horloger .

La bonne réf . est : parresia.fr- Le grand Horloger : > !

Je trouve remarquable les déclarations de Voltaire ,Newton et Einstein .

Veuillez agréer Cher Monsieur mes très sincères salutations .

Fernand Perrot

Écrit par : Perrot | 17/04/2009

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