16/04/2009

PROPOS SUR LA RESURRECTION

Il est difficile aujourd'hui de croire à la résurrection de la chair, du corps. Quand on voit le vieillissement de nos corps, leur décrépitude et la charge que cela représente souvent, on peut comprendre que leur résurrection ne soit pas une promesse qui fasse envie, cela d’autant plus dans notre société qui porte aux nues le corps jeune et le regarde, fascinée....


Pourtant le crédo de l'Eglise proclame: « Je crois la résurrection de la chair » ou « nous attendons la résurrection des morts » et à Pâques les Chrétiens chantent: « Christ est en vie, la mort a cru le prendre, elle a dû le rendre, Alléluia ! » et St Paul interroge, provocateur: « Ô mort, où est ta victoire ? »

En cette période pascale vous avez peut-être réentendu l’affirmation centrale de la foi chrétienne : « Si nous croyons que Jésus est mort et qu'il est ressuscité, croyons aussi que Dieu conduira par Jésus et avec lui ceux qui sont morts. Voici, en effet que le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d'un archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants, qui serons restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur » (St Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens 4,13-18). Et dans une autre lettre l’apôtre écrit encore : « Si l'on proclame que Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu'il n'y a pas de résurrection des morts? S'il n'y en a pas, Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine. Il se trouve même que nous sommes de faux témoins à l'égard de Dieu, puisque nous disons qu'il a ressuscité Christ, tandis qu'il ne l'aurait pas ressuscité, si les morts ne ressuscitent pas. Mais le Christ s'est bel et bien réveillé d'entre les morts : il est les prémices de ceux qui se sont endormis » (Lettre aux Corinthiens 15,12-20).

Cette promesse fait donc partie de la foi chrétienne et de sa proclamation. Elle en est même le cœur. On ne peut donc pas l’évacuer, simplement parce que « ça ne passe plus ». Sinon alors, Christ n’est pas ressuscité !...

 

Pour comprendre aujourd’hui la résurrection, il faut remonter à l’origine hébraïque des termes et passer outre des siècles d’une philosophie qui opposa corps (ou chair) et esprit (ou souffle), faisant de l’un le réceptacle malheureusement nécessaire à l’autre. L’esprit serait alors emprisonné dans la chair dont il devrait, à tout prix, s'évader.

Rien de cela dans la tradition biblique ! Esprit et corps sont des dons de Dieu : Dieu modela l’homme avec la poussière prise du sol et insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant, énonce la Genèse (ch. 2,7). Souffle et poussière, chair et esprit sont donnés par Dieu, choisis pour façonner ce que nous sommes. Dès le départ l’un et l’autre sont associés par le Créateur.

Voilà notre départ dans la vie, notre naissance : une communion, une incarnation, faite de chair et de souffle, de pesanteur et de liberté. Les deux viennent de Dieu, l’un n’a pas plus de valeur que l’autre.

A l’autre bout de la vie vient la mort. C’est, on peut dire, comme une rupture d’unité. Le lien originel entre vie et matière se défait, quelque chose se disloque, mais le lien de Dieu, cette alliance entre chair et esprit demeure, car ce que Dieu donne, qui pourrait l’ôter ? « Rien, ni la mort, ni les puissances d’en haut ou celles d’en bas, ni les forces du monde, ni le présent ni l’avenir, non rien, j’en ai l’assurance ne peut me séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus » (St Paul, lettre aux Romains 8,38).

Ainsi d’incarnés à la naissance, nous passons à la « désincarnation » par la mort mais demeurons dans l’alliance de Dieu. C’est une grâce dont la manifestation pleine, visible et consciente, nous sera donnée à la Résurrection, la Grande.

 

DEUX IMAGES, LE VIOLON ET L'ARCHET, L'ARC ET LA FLèCHE,

Puis-je proposer deux images pour dire ce lien qui, brisé, demeure et nous est promis ? Comme le corps et le souffle, il y a le violon et l’archet. Pas de musique, pas de mélodie qui ne s’envolent dans le ciel sans l’union des deux et les deux sont d’égale importance pour que la mélodie soit belle. A la mort, il y a cassure, séparation ; l’harmonie est rompue, puisque le lien entre violon et archet n’est plus; mais violon et archet seront remis entre les mains du Divin Musicien qui les conservera, comme il garde la mémoire des sons et des mélodies issues de chaque instrument. Au soir du Grand Repas, l’harmonie sera reconstruite, par pure grâce ; alors s’élèvera à nouveau la mélodie de l’archet sur l’instrument.

Autre image, celle de l’arc et de la flèche. Sans les deux, pas de but atteint. Leur union, dans la main tendue de l’archer, fait la force et la trajectoire. A la mort, le lien entre l’arc et la flèche est brisé ; la force n’est plus, quelque chose est rompu ; arc et flèche sont remis alors entre les mains du Grand Archer, dans sa mystérieuse et immense mémoire. Au jour du Grand Retour, il rendra la flèche à l’arc et le but sera à nouveau atteint.

 

Oui, croire à notre résurrection après celle du Christ, c’est croire que l’alliance que Dieu a scellée en nous à notre naissance demeure dans la mort ; croire qu’au moment de notre dernière fracture sur la terre, notre mort – fracture bien réelle et vraie - , ce lien de Dieu en nous, qu’on l’appelle âme, esprit ou souffle, est recueilli dans la bienheureuse et paisible mémoire de Dieu, comme mis en attente jusqu’au jour du Face à Face où il sera à nouveau manifesté.

Les commentaires sont fermés.