05/06/2009

La douceur de l'employé du cimetière

 

Dernièrement j'ai, comme pasteur, accompagné une famille pour la mise en terre d'une urne dans un cimentière d'une commune genevoise.

J'aurais voulu que vous fussiez tous et toutes là, vous qui avez perdu un être cher, vous qui accompagnez une plus fragile vers la mort, que vous fussiez là pour voir la douceur de cet employé mettant en terre les cendres de cet homme, pour lui inconnu.

Il s'agenouilla doucement sur la tombe, devant le trou déjà préparé, prit l'urne des mains de son collègue, - non, il ne la prit pas mais la reçut comme quelque chose d'infiniment précieux -,et doucement la posa avec mille précautions tout au fond du trou profond, se penchant humblement avec elle pour lui éviter tout heurt.

Etranger à ce défunt, ignorant tout de sa vie et de sa famille, cet employé se pencha et prit soin de cette urne, de cette vie avec des gestes d'une infinie tendresse.

 

Il se redresse, son collègue, plus pressé (plus gêné ?), lui tend une pelle remplie de terre. Il en prend une poignée et en enlève un à un les cailloux. Comme s'il ne voulait rien blesser, ni l'urne ni la famille et le souvenir de cette vie qu'on met en terre. Les mains de l'homme sont douces, maternelles. Encore une pelletée, encore les cailloux enlevés, les mottes défaites. Nous regardons, petite assemblée, nous étions quatre. Le temps passe, plus lent, comme suspendu à ces gestes infiniment doux et respectueux.

 

De ses mains, l'employé entoure l'urne d'une terre fine. Quelle doit être légère et bonne ainsi tassée autour de l'urne. Gestes simples et immémoriaux du jardinier. « La graine ne porte du fruit que si elle meurt... » Le trou se comble peu à peu. Le silence est traversé par le chants des oiseaux. L'homme se relève, encore tout imprégné de tranquillité. Il enlève deux ou trois brins d'herbe sur la tombe maintenant refermée, ratisse doucement le gravier et se retire.

 

Sait-il que par sa douceur et son respect il a allégé le passage de cette âme vers la mort et préparé sa résurrection ? Sait-il aussi qu'il a témoigné de ce qui nous lie nous tous les humains à la terre: humus et humanité viennent de la même racine, humilité aussi.

 

 

Commentaires

Un tout chaud merci pour votr témoignage si délicat et tant relié à l'ineffable.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 05/06/2009

Merci aux yeux qui savent discerner ces petits gestes qui transfigurent le quotidien et sont comme un rayon de soleil dans l'eau froide!

Écrit par : reymond | 10/06/2009

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