20/08/2009

La Réforme et l'Eglise catholique

A propos des festivités de Calvin – quelques commentaires

 

Il a manqué, dans les offres grand public de cette Année Calvin'09, deux clés pour bien comprendre les raisons du succès foudroyant de la Réforme: la dimension européenne du travail de Calvin depuis Genève et l'enjeu théologique qui fit le terreau de la réforme: l'état lamentable de la chrétienté à l'issue du Moyen-Age.


 

Le statut européen de Calvin

On s'est beaucoup, presque trop, centré sur le caractère du réformateur, sur ses démêlés avec le bon peuple de Genève, sur son intransigeance jusqu'à l'excès comme dans le spectacle Le Maître des minutes. Mais rien ou trop peu sur les raisons positives qui ont poussé tant d'hommes et de femmes sur les routes de l'exil et vers Genève en particulier: une envie de vivre, cette découverte que l'Evangile est source d'entreprise et non de condamnation. Trop peu sur l'intense correspondance entre Calvin et les grands du moment: empereur d'Allemagne, Roi de France, princesse d'Italie et autres. Rien sur la rapidité de la diffusion de sa pensée qui fit la Pologne quasi protestante pendant quelques années. Si les catholiques qui sont venus à Genève cherchaient à fuir la mort, l'emprisonnement, les galères ou la torture de leur propre Eglise, ils ont aussi dirigé leurs pas vers cette ville parce qu'elle était devenue non pas la Cité de Calvin, titre récent et que l'on trouve surtout sous la plume de journalistes, mais la Cité de la Vie, un lieu où l'on pouvait construire son avenir sans peur, sans brimades et autres lois ou impôts ecclésiastiques (avant la Réforme « pour une population de 10'000 âmes, Genève comptait entre 400 et 500 prêtres sans compter les laïcs au service de l'Eglise »), un lieu où créer des réseaux et trouver de multiples partenaires pour de belles entreprises. Car la foi n'était pas rébarbative avec la Réforme, mais belle et elle donnait envie de vivre et y aidait. Si les réfugiés étaient « en âge de porter les armes, ils étaient tout autant et peut-être davantage encore graveurs, médecins, imprimeurs ou financiers mais aussi maçons, cordonniers ou tanneurs ». Ce n'est donc pas uniquement pour fuir la mort qu'ils vinrent à Genève mais parce que cette ville était un lieu où la vie était de nouveau possible grâce à une foi renouvelée par la Réforme de l'Eglise. On peut sans autre fixer la naissance de la Genève internationale avec ce penseur et cet accueil.

 

Une Eglise catholique sclérosée

C'est probablement difficile à dire car 'œcuméniquement pas correct' et cela explique probablement la retenue dont je parle, mais il est admis que l'Eglise du temps de Galilée était enfermée dans son mode de penser hérité du temps de son hégémonie sur les consciences, incapable de comprendre les bouleversements des 15è et 16è s. Les essais du 5e Concile de Latran (1512-1517) ne portèrent pas les fruits escomptés, son clergé était toujours peu ou mal formé, ses autorités trop souvent dévoyées ou assujetties aux pouvoirs dominants et sa théologie au service d'une institution ecclésiastique lourde qui avait oublié la fraîcheur de l'Evangile. Erasme se dit « déçu du peu de résultats obtenus concrètement par les décisions du Concile de Latran ».

Pourtant des secousses l'avaient déjà bousculée: St François et les Vaudois du Piémont au 12e s. les Hussites aux 14e &15e s. Hélas, sclérosée, la grande Eglise de l'époque ne pouvait plus ni écouter ni comprendre. L'abbé Arbez écrit: « à cette époque où la vie humaine apparaît dans toute sa fragilité, la quête du sens et du salut éternel est contrariées par les déviances de certaines pratiques ecclésiales où il est bien difficile de discerner la foi et la superstition ». (Cf. le supplément de la VP Calvin, intime et public, d'où sont tirées les citations). Dans ce climat « acquis à l'urgence d'un profond changement », Rome n'avait plus la souplesse structurelle et spirituelle nécessaire pour recevoir les idées nouvelles et les mettre à profit. La rupture était inexorable: le vin nouveau de l'Evangile fit craquer les vieilles outres de l'Eglise (la Bible, évangile de Matthieu 9,17).

A voir encore

Vous avez encore une ou deux soirées devant vous? Alors allez voir le spectacle itinérant Calvin, un itinéraire, jusqu'au 30 août, le soir à 21h, départ au 11 Grand-rue.

Commentaires

On pourrait faire la synthèse de ces deux points en faisant remarquer que l'Eglise romaine n'a pas saisi, ou pas su accompagner les transformations profondes de la société de la Renaissance, notamment l'essor du capitalisme, de l'entreprenariat et des sciences pratiques, et que les personnes qui justement étaient aspirées par cet esprit nouveau ont trouvé à Genève des possibilités de s'exprimer, comme on dit. Remarquons toutefois que la colonisation du continent américain par les Anglais dissidents s'est faite dans le même esprit. Car l'Antgleterre protestante restait une monarchie au pouvoir fort, qui une fois, du reste, est revenue au catholicisme.

Écrit par : Rémi Mogenet | 20/08/2009

Je viens de découvrir votre blog et remarque qu'on y trouve toutes sortes de choses!

Cet article m'a beaucoup appris sur Calvin et la période de la réforme.

(Je suis par ailleurs atterré, (voir mon commentaire sur votre dernier article) de voir à quel point les propos des gens qui vous lisent sont parfois virulents. Mais, peu étonnant peut-être, les articles qui traitent de sujets théologiques ne sont que rarement commentés, et heureusement, avec combien plus de finesse - et d'à-propos!

Bon courage pour la suite!

François

Écrit par : Francois Harel | 15/09/2009

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