28/09/2009

CRISE... ET ON REPARLE DE BONUS ET DE MILLIONS

Et voilà à peine quelques signes de reprise économique publiés qu'on reparle de bénéfices et de bonus. La croissance est décidément très éclectique et il vaut mieux être patron – et encore parton de certaines firmes – qu'employé... comme toujours.


On vient, effectivement, de donner les chiffres des salaires de certains patrons, jusqu'à 40 millions! Devant cette information, je rappelle un combat, pas très ancien puisqu'il date de mars 2009, celui d'un syndicat et d'une vendeuse et déléguée syndicale chez MANOR. Je ne sais pas quelle en fut l'issue mais je vous offre ce petit calcul: lors de ce conflit, le journal Le Matin révélait que le salaire mensuel des vendeuses sans CFC (la majorité chez Manor) est de 3720,-. Ce qui nous fait 44'640,- fr par an. Laissons à notre pauvre patron 10 millions, si on divise ces 30 millions par le salaire de la vendeuse on arrive à plus de 672 années de travail... et sans les intérêts composés!

Rendez-vous compte: près de 700 ans. L'âge de la Suisse ou presque. On retourne au 14è siècle, 200 ans avant la Réforme, l'Europe se déchire entre Royaume de France et Empire, la Suisse en est à ses débuts et la papauté est en Avignon. Ou alors on file en avant: 700 années de travail confisquées, accaparées par un seul, on sera en 2700. Une question: 700 années d'un salaire dit « normal » (et encore!), ça fait combien de familles entretenues, d'enfants élevés, de foyers utiles à la société, de citoyens engagés?

La tradition biblique nous rappelle le sens du salaire: pouvoir vivre. Ce n'est pas rien. D'où vient le mot salaire? Du mot « sel » et la ration de sel nécessaire a la vie était la base du calcul des salaires. Symboliquement on voit donc que salaire, vie et sel sont liés, que le salaire participe au goût que prend – ou ne prend pas– la vie, au sens et à la valeur qu'elle reçoit. Une vie sans salaire, une vie sans sel, une vie sans...vie ?

Il devrait être admis, dans notre pays au moins, qu'un salaire permette de faire vivre au moins deux personnes. A cette condition un couple avec deux salaires (même de vendeuse sans CFC) devrait permettre de faire vivre une famille avec deux enfants. Est-ce le cas ?

Voyez le livre de la Loi dans la Bible (le Deutéronome) qui déclare: « Tu n'opprimeras pas le salarié pauvre ou déshérité, qu'il soit l'un de tes frères ou l'un des immigrés qui sont dans tes villes, dans ton pays. Tu lui donneras le salaire de sa journée avant le coucher du soleil; car il est pauvre, et il lui tarde de le recevoir. Sans cela, il invoquerait le SEIGNEUR contre toi, et ce serait un péché pour toi » (24,14-15).

Ou encore écoutez cette prophétie de Jérémie: « Quel malheur pour celui qui bâtit sa maison aux dépens de la justice, et ses chambres à l'étage aux dépens de l'équité ! Qui fait travailler son prochain pour rien, sans lui donner sa paye (...) Tu n'as des yeux et un cœur que pour ton intérêt, pour répandre le sang de l'innocent, pour exercer oppression et brutalité. A cause de cela, voici ce que dit le Seigneur contre Joachim, fils de Josias, roi de Juda : A sa mort, on ne fera pas pour lui de lamentations, on ne dira pas « Quel malheur, mon frère ! Quel malheur, ma sœur ! » (...) Il aura la sépulture d'un âne, il sera traîné et jeté hors des portes de Jérusalem »22,13...19.

Pas tendre, le prophète mais les temps actuels sont-ils tendres pour les petits ?

 

 

Commentaires

Bravo pour la peau neuve! j'aime beaucoup le nouveau titre, plus positif, et plus représentatif de son auteur!

Article intéressant. On voit que les problèmes de fossés entre très riches et très pauvres ne datent pas d'hier. J'aime beaucoup le parallèle tiré avec cet extrait de Jérémie.

Bonne suite!

Écrit par : Cécile | 03/10/2009

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