12/05/2010

L’ASCENSION - UNE SÉPARATION, UNE QUESTION ET UNE RÉPONSE

LA QUESTION DES DISCIPLES

« Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël ? » Loin de moi donc l’idée de critiquer cette question, de mépriser l’attente des disciples. Cette question est peut-être, parfois, la vôtre, visiteurs chrétiens de ce blog : quand donc tout ce que nous croyons sera-t-il manifeste, quand donc le Royaume viendra-t-il  ?

Pour bien comprendre la réponse du Seigneur, il faut bien comprendre la question des disciples. Ils parlent de : ‘Rétablir le Royaume pour Israël’

― Rétablir signifie dans le langage courant remettre dans l’état original, redonner la forme première, non altérée. C’est très probablement le sens que lui donnent les disciples.

Le Royaume fait appel à l’histoire du peuple. Associé à la formule pour Israël, ce mot prend une couleur historique précise, s’incarne dans une tradition et une culture connues et en épouse les limites.

― Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël ? S’agit-il d’exprimer l’espoir que la promesse soit enfin réalisée ? Qu’Israël soit - enfin – Israël ? Que tout, le Royaume, la promesse, l’Evangile, soit enfin fixé, acquis et pour toujours ? En effet, le Seigneur va quitter ce monde, ses disciples le pressentent bien, c’est la raison de leur question. L’Ascension est une sorte de seconde mort : Jésus s’en va en tant qu’être humain, il nous quitte…


Lectures : livre des Actes des Apôtres, dans le Nouveau Testament, ch. 1, versets 1 à 11

On peut donc estimer à juste titre que, pour les disciples, la résurrection et ce qui s’est passé dans les jours qui l’ont suivie annonçait le rétablissement des choses antérieures et cela dans le cadre du peuple élu, le peuple de l’alliance qui a reçu la promesse éternelle de Dieu d’être toujours avec lui.

Jésus lui-même ne conforte-t-il pas cette attitude en leur disant, selon le texte des Actes, « lors d’un repas pris avec eux de rester à Jérusalem et d’y attendre la promesse du Père, celle que vous avez entendue de ma bouche » ? N’insiste-t-il pas sur le caractère immédiat et local de cette promesse ?

La RÉPONSE du Seigneur

La question donc se comprend. Mais, avez-vous remarqué qu’elle ne parle que de Jésus et que les disciples ne s’interrogent pas sur leur responsabilité, sur le rôle dans cette venue du règne ? C’est du Seigneur qu’ils attendent ce rétablissement, ce Royaume : « Quand vas-tu faire ce que tu as promis ? » Comme s’ils n’étaient que des spectateurs passifs !

Et écoutez bien la réponse du Seigneur, elle commence par les interpeller : « Vous ».

« Vous ! » Combien de fois le Seigneur n’a-t-il pas dit ce ‘vous’ ? Vous, où êtes-vous, qui êtes-vous, comment allez-vous ? Combien de fois ne nous, ne vous a-t-il pas appelés ? Depuis la Genèse, cet appel de Dieu retentit : où en êtes-vous… ? (Livre de la Genèse, Ancien Testament, ch. 3, verset 9).

Elle est dure la réponse ! Provocante ! Le Seigneur va droit au but et dit clairement : « Vous n’avez pas à connaître… Votre question n’a pas à être posée ». Vous remarquerez deux points importants : Jésus ne nie pas qu’il puisse y avoir une restauration, un relèvement, un accomplissement et ensuite il laisse entendre que lui aussi ne sait pas : Mon Père seul a fixé cela…

Vous rendez-vous compte de ce que cela signifie pour les disciples, pour nous aussi : Jésus est compagnon dans notre ignorance, compagnon de notre ignorance. Il se range de notre côté et pas de celui de son père… C’est essentiel pour vivre notre vie de témoin d’espérance : Oui, il vient le Royaume ; non, nous ne savons pas quand, et peut-être pas non plus comment… et le Seigneur lui-même, le Fils de Dieu, la Lumière venue de la vraie Lumière, la Parole issue de la Parole ne le sait pas non plus mais il fait confiance à son Père. Nous partageons avec Christ ce statut de précarité, de non maîtrise. Quand le Seigneur retourne chez son Père, dans son intimité bienheureuse, il reste aussi avec nous, sur terre, par ce partage de cette ignorance et sa confiance en son Père. Accepter de na pas tout maîtriser et faire confiance au Père, telles sont les conditions de notre témoignage.

Ensuite le Seigneur s’adresse de nouveau aux disciples, donc à nous : « Vous allez recevoir… ». Telle est la nouvelle identité de ces « vous » à qui ils s’adresse : vous ne savez pas tout, pas ce que vous voudriez, mais vous allez recevoir une force, une dynamique est le terme grec. Car c’est de mouvement qu’il va être question, de mise en route, de force à déployer et de chemin à prendre, à reprendre : vous serez mes témoins à Jérusalem, en Galilée, en Samarie et sur la terre entière. Jérusalem n’est plus la référence au passé, que ce soit le passé très ancien, la ville de David ou le passé récent, la ville occupée par les Romains, Jérusalem est un projet, un avenir ; la Samarie, terre mal-aimée, témoin des divisions du peuple, est une terre à nouveau promise ; Israël n’est plus limité à lui-même mais s’ouvre et ouvre sa promesse à la terre entière jusqu’en ses extrémités.

Il y a des années un catéchumène (jeune de 17 ans) me disait à propos de l’Ascension : il est bon que le Seigneur s’en aille, cela nous rend responsables. Il avait tout compris !

Commentaires

Tout, en cette existence, étant flux, mouvance, nous, nos cellules, y compris, tout changeant sans cesse, comment, selon votre prédication, comment l'Evangile pourrait-il être enfin "fixé", "acquis et pour toujours"?
Myriam Belakovsky

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09/08/2013

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