15/06/2010

Crise libyenne - Non, la Suisse n'a été ni humiliée ni vaincue

Une autre lecture peut être faite de la manière dont la Suisse a agi dans cette crise. Une lecture qui part du constat que le rapport de forces entre Kadhafi et la Suisse n'est pas égal, l'accepte et en tire avantage.


En effet, il y avait d'emblée un déséquilibre entre les deux partenaires. Le premier est notre respect du droit, dont celui de la défense des petits, le deuxième est notre démocratie, le troisième l'existence d'une presse libre et critique chez nous.

Ne pas avoir pu faire valoir le droit des employés de M. Kadhafi jr et aboutir au rejet puis au classement de leur plainte n'est ni un échec, encore moins une humiliation. Bien au contraire. N'oublions pas quel fut le déclencheur de toute l'affaire: un appel au secours de personnes blessées dans leur dignité d'humains. Je suis certain que, malgré leur décision de retirer leur plainte, les deux employés se sont sentis soutenus et défendus par nous. C'est tout à notre honneur. N'oublions pas que "grâce à nous" (!) Hannibal a connu une justice humaine, certes faillible, mais plus forte que la loi du plus fort et du clan. On trouve dans toute la Bible cette exhortation à une justice qui protège le faible. Que Hannibal Kadhafi se soit senti humilié prouve, en quelque sorte, la justesse de notre attitude.

La démocratie a aussi remporté une victoire, dans son échec même. Car comment tenir tête à une dictature sans échouer, au plan immédiat, quand on est démocrate. La démocratie est fondée sur le respect des droits et les fonde à son tour, mais cela la fragilise. L'emprisonnement de deux innocents est un échec pour la Libye. Certes, jamais elle ne le dira, mais peu importe. La faute au sens moral du terme n'est pas ici mais bien là-bas, même si des erreurs tactiques importantes ont été commises chez nous.

La presse, enfin, a joué son rôle de contre pouvoir, parfois de manière très limite il est vrai (les fameuses photos publiées dans ce journal). Cela n'a pas facilité le travail des autorités politiques. Mais là encore, il y a déséquilibre entre la Libye et l'Helvétie: une presse libre contre une... autre! Et la liberté de l'information n'est pas toujours un allié facile pour le pouvoir politique.

Les pressions vont continuer. Notre tactique politique devra être plus efficace pour les combattre. Notre attitude fondamentale, la protection des petits, reste une victoire.

Commentaires

RESPONSABILITÉS : qui répondra ?
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1) Pourquoi la Suisse maintient-elle des relations (diplomatiques, économiques, financières) avec des États voyous ?
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2) Pourquoi la justice suisse ne s'est-elle jamais interrogée sur la légitimité des fonds déposés en Suisse par le clan Kadhafi ? Faudra-t-il attendre un renversement de ce régime, comme pour Abacha, Buttho, Duvalier, Marcos, Mobutu, etc ?
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3) Pourquoi la police genevoise n'a-t-elle pas su justifier son intervention musclée en rappelant les antécédents du soi-disant « Hannibal » à Rome, à Paris et peut-être ailleurs ?
(forces de l’ordre agressées et blessées par les gardes personnels)
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4) Pourquoi le juge d'instruction GRABER ou le procureur BERTOSSA.jr ont-il trouvé nécessaire l'incarcération des Kadhafi, dès lors que les domestiques maltraités étaient à l'abri de représailles (sauf pour la mère de l'une et le frère de l'autre en Libye...) ?
L'identité et l'adresse de tous étant connues, la présence à Genève des Kadhafi étant motivée par un accouchement très proche, à quoi bon l'humiliation d'une "contrainte par corps" ? Quelle est la pratique ordinaire en cas de mauvais traitement envers domestique ou conjoint ?
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5) Pourquoi la ministre des Affaires étrangères n'a-t-elle pas conseillé aux Kadhafi une procédure contre un très probable abus de pouvoir commis par des magistrats arrogants (toi t'es le fils machin, tu vas voir qui je suis) ?
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6) Pourquoi la Tribune de Genève a-t-elle publié une photo qu'elle savait volée, au lieu de publier tout ce qu'il y a à reprocher au clan Kadhafi (notamment dans de nombreux pays africains) ?
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7) Pourquoi l’État de Genève a-t-il accepté d’assumer l’essentiel des charges au sujet de ces photos de Kadhafi, alors que la plainte était fondée sur la publication et non sur le vol de ces photos ?
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8) Pourquoi avoir laissé pourrir cette situation, s’être humilié non seulement devant la Libye, mais également devant des partenaires européens qui n’ont rien fait d’autre que garantir à Kadhafi une satisfaction de TOUTES ses exigences ?
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9) À part avoir commis des délits à caractère pénal, qu’est-ce qui pourrait pousser un élu à présenter sa démission ? Quelles sont les réussites de la ministre des Affaires étrangères et celles du ministre des Finances qui peuvent leur faire pardonner ce désastre ?

Écrit par : Lyonnais du 69 | 15/06/2010

Monsieur le pasteur,

Il s'agit certes d'une autre lecture de cette tragédie humaine que l'on qualifie de crise. Toutefois, le dernier otage Max Göldi ayant désormais été libéré, c'est maintenant seulement que l'on pourra vraiment parler de défaite ou d'humiliation.

En effet d'aucuns dans la presse abordent le thème de la "normalisation" de nos relations avec la Libye, mais qu'entend-on par normalisation ?

Normaliser quoi ? Normaliser avec qui et comment ? Vaste question !

Les deux otages étant désormais à l'abri, la Suisse étant désormais déchargée du volet humanitaire de cette crise, sa position s'en trouve renforcée pour donner le sens qui lui conviendra à cette normalisation dont on parle beaucoup.

Faudrait-il passer l'éponge sur le comportement d'Hannibal Kadhafi à Genève en juillet 2008 et le laisser revenir chez nous, fort d'une assurance qui s'en trouverait renforcée par toutes les nuisances infligées à la Suisse, notamment par les mauvais traitements infligés aux otages ?

Faudrait-il faire l'impasse sur la volonté de nuisance et la vengeance exercée par le régime autocratique libyen ?

Faudrait-il accepter la sentence d'un tribunal arbitral qui aurait d'ores et déjà été rédigée à Tripoli ?

Faudrait-il sacrifier notre honneur, nos valeurs, notre dignité et notre éthique sur l'autel de l'économie et des échanges commerciaux ?

Je ne le pense pas, ni le souhaite !

C'est donc à la Suisse en premier lieu qu'il appartiendra d'écrire l'épilogue de cette crise, maintenant que les langues se délient et qu'une Commission d'enquête parlementaire pourrait être créée.

Il ne s'agit pas ici de savoir si la Suisse est capable de pardonner, mais plus trivialement d'apprécier le degré de risques que la Suisse est prête à assumer dans ses futures relations avec la Libye de Kadhafi, pour autant qu'elle le souhaite. Il s'agit avant tout d'éviter à l'avenir d'exposer nos ressortissants aux actions arbitraires d'un régime dictatorial, fantasque, imprévisible et sanguinaire. Mais si la leçon vaut pour la Libye, elle peut et devrait aussi s'appliquer à d'autres régimes du même acabit.

Bien à vous !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 15/06/2010

Monsieur Neeser,

J'aime votre vision. Bien qu'idéalisée, nous pouvons noter l'optimisme, dans le regard au plus neutre, de cette affaire.

Il est intéressant de relever le relever. En effet, votre positionnement met en avant la défense d'autrui sans jugement de valeur. Par contre, à défaut de partager dans son entièreté l'opinion élaborée par vous-même, je ne peux que me réjouir qu'ici bas, certaines valeurs persistent.

Qu'adviendra de ce triste récit ? Nul ne le sait vraiment. Mais, j'espère que l'Histoire (avec le grand H) révèlera la leçon : Nul n'est à l'abri derrière sa puissance monétaire, marchande ou même militaire.

Une leçon donc à retenir. Écartons la politique, les bisbilles et les plans maladroit. Ne retenons que le geste premier : l'égalité des individus devant la justice (capricieuse et sporadique ?) démocratique et la noble locution des journalistes dans l'information populaire.

Meilleurs salutations.

Écrit par : Sébastien | 06/07/2010

Notre pays à vécu des jours heureux, paisible comptant sur sa neutralité ! Mais voilà, ce petit îlot paisible est aujourd'hui rattrappé par un monde dont l'agressivité ne respecte plus rien ! Fini notre tranquilité bien Helvétique, il faut maintenant apprendre à nous montrer agressif et être capable de taper du point sur la table. Votre vision est passéiste faible et doublé de couardise ! Se laisser giffler sans rien faire ne fera qu'empirer notre avenir et les attaques contre notre pays et institutions vont se multiplier ! Il temps d'agir comme une nation forte et de le faire savoir !!

Écrit par : Steeve | 26/07/2010

Je ne partage pas complétement votre point de vue, mais j'apprécie enfin un commentaire différent sur cette crise qui a surpris un gouvernent cantonal et fédéral nullement préparé à faire face à ce type de conflit diplomatique.
une enquête permettra peut-être de savoir si la police n'a pas surjoué sa partition par contre à l'exception de quelques commentaires "éclairés" aucun média étranger n'a relevé le courage des autorités judiciaires qui ont appliqué cette fameuse notion d'État de Droit dont habituellement tout le monde se gargarise.Alors on ne fait pas de bonne politique avec de bons sentiments, mais il est tout de même nécessaire de savoir jusqu'où on peut aller trop loin dans le pragmatisme cynique qui préserves les fameux intérêts économiques de "nos"entreprises.

Écrit par : briand | 26/07/2010

Votre contribution me choque dès lors qu'elle présente K. comme l'auteur de mauvaises actions délictuelles envers ses domestiques. Qu'en savez-vous ? Monsieur K. n'a-t'il pas des ennemis dans son entourage ? Les domestiques n'ont-ils pas tiré des avantages de leurs allégations ? Ils portaient des traces dont il n'était pas impossible qu'elles aient été les conséquences de coups, a certifié le médecin qui les a examiné. N'est-ce pas un peu léger pour dire que des coups ont, au delà de tout doute raisonnable, été porté ? Et si l'on devait admettre que des coups ont été porté, qui en est l'auteur ?

Il aurait mieux valu que vous respectiez la présomption d'innocence de celui qui n'a pas été condamné car, vous semblez l'oublier Monsieur le pasteur, K. est un homme -tous les hommes sont des hommes, il n'a pas de ...- et tout homme est au bénéfice de la présomption d'innocence.

Quant à l'humiliation de la Suisse la question ne se pose que pour celui dont le cerveau est aveuglé par des quantités excessives de testostérone.

Écrit par : CEDH | 26/07/2010

A CEDH: je ne comprends pas bien le sens de votre commentaire. Je n'ai jamais prétendu que Monsieur Kadhafi était coupable. J'ai simplement relevé que les domestiques avaient le droit d'être entendus car ils appelaient au secours. Je ne puis vous suivre quand vous mettez en doute cela et poussez le raisonnement jusqu'à laisser entendre qu'ils se seraient portés eux-mêmes ces coups...
C'est le procès, s'il avait eu lieu, qui aurait déterminé une éventuelle culpabilité, voire la présence d'"ennemis de M. Kadhafi". La présomption d'innocence est effectivement capitale.
Je ne vois pas, non plus, ce que la testostérone vient faire dans cette histoire.

Si vous voulez bien m'éclairer, merci

Écrit par : Daniel Neeser | 26/07/2010

Monsieur Neeser,

Vous m'écrivez :

"J'ai simplement relevé que les domestiques avaient le droit d'être entendus car ils appelaient au secours. je ne puis vous suivre quand vous mettez en doute cela..."

Par ces mots vous sous-entendez, comme le fait votre billet, qu'ils appellaient au secours en disant la vérité. Or, reconnaître la présomption d'innocence revient à ne pas prendre pour argent comptant leurs allégations.

"jusqu'à laisser entendre qu'ils se seraient portés eux-mêmes ces coups...".

Les coups ? Le certificat médical établi ensuite d'un examen au poste de police, certificat que vous trouverez sur tsr.ch, retient que les blessures constatées ne sont pas incompatibles avec les allégations de coups. Rien de plus ni de moins.

Écrit par : CEDH | 28/07/2010

OK, mais que savez-vous des raisons qui ont poussé ces deux domestiques à retirer leur plainte? Et, encore une fois, la présomption d'innocence aurait été, si on vous suit, facilement levée lors de l'enquête en vue du procès et, cas échéant, la plainte classé par la justice. In fine, le constat médical ne dit pas, non plus, que ces blessures sont incompatibles avec des coups.

Écrit par : Daniel Neeser | 28/07/2010

Je ne suis pas juriste , mais dites-moi en quoi la présomption d'innocence de H.K. n'a pas été respectée, les conditions de son interpellation sont à éclaircir mais il y a aussi des témoignages accablants du personnel de l'hôtel des images des cameras de surveillance qui ont été utilisées si j'en crois les déclarations du Conseiller d'État , je suis par contre ulcéré de l'utilisation qui a été faite des photos anthropométriques publiées par la Tribune ,elles n'apportent rien sur le plan de l'information , elles ne respectent pas le droit de l'inculpé, elles ne se justifient que par des arguments financiers dans un contexte de difficultés économiques de la presse écrite en clair elles sont là pour faire vendre le titre.

Écrit par : briand | 28/07/2010

Je partage avec Briand, sa condamnation de la publication des photos par la Tribune: scandaleuse, contreproductive et, pire encore, à motif purement mercantile...

Écrit par : Daniel Neeser | 29/07/2010

M. Neeser, je tiens à vous prévenir que je soupçonne que CEDH est le pseudo que Maître Poncet, défenseur de Hannibal Kadhafi en Suisse, utilise sur ces blogs. La virulence avec laquelle il tient à défendre la présomption d'innocence de Hannibal Kadhafi, à laquelle il a droit bien sûr, mais sans que cela ne dupe la population, me paraît en tout cas assez suspecte. Je vois mal qui d'autre pourrait fermer les yeux sur les graves blessures que portaient ces domestiques et sur le fait que si la plainte a été retirée, c'est suite à la disparition de membre des familles des plaignants en Libye. Je ne vois pas comment la justice peut faire son travail, si les accusés utilisent d'aussi vils moyens de contrainte sur les témoins. Rien que ça mériterait déjà une condamnation selon nos lois...

Je reconnais bien sûr le droit de Maitre Poncet à venir défendre sa position sur cet espace publique. Mais j'ose espérer qu'un personnage publique comme lui le ferait à visage découvert et non protégé par un pseudo...

Écrit par : Kad | 29/07/2010

Merci Kad pour cette information qui me plonge dans un abîme de perplexité... Car, si elle est avérée, alors toute l'estime que je porte au personnage (je suis un lecteur souvent heureux ou pour le moins amusé de ses billets dans l'Hebdo dont j'aime la truculence, le style et l'érudition) ne vaudra plus la moindre goutte d'encre, même virtuelle, encore moins une seule seconde de mon temps. Car cette "défense" est si mauvaise et de si mauvaise foi.

Alors CEDH, pouvez-vous vous dévoiler... Là je pousse très loin! Si vous préférez la discrétion pour cet aveu: vous trouverez sans peine mon adresse postale, sinon celle de l'Église protestante de Genève: case postale 3078 1211 Genève 3.
A bon entendeur...

Écrit par : Daniel Neeser | 29/07/2010

Disons toutefois que je ne suis pas sûr, mais que quand je lui ai dit l'avoir dévoilé, il n'a pas démenti et s'est contenté de me répondre comme si je n'avais rien dit.

Écrit par : Kad | 29/07/2010

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