30/07/2010

Patrie: terre promise, terre sainte?

En ces jours de fête nationale, je réfléchis au sens du concept de patrie et son rapport avec les migrations nombreuses et souvent tumultueuses qui agitent actuellement notre monde. Et m’est revenu à l’esprit un verset (oui, un seul verset biblique peut nourrir toute une vie !) qui bat en brèche une certaine compréhension de la « terre promise » ou la patrie. Ce verset est le sixième du chapitre 12 de la Genèse. Abraham a tout quitté, famille, origine, pays, pour « aller dans le pays que je te ferai voir » dit le Seigneur. Il vient d’arriver dans ce pays promis et le texte dit : « Les Cananéens étaient déjà dans le pays ».


Contradiction, promesse inconsidérée ? Si on accepte la foi biblique qui désigne Dieu comme l’auteur de la terre et l’origine de son partage à l’humanité et de sa bénédiction (le premier récit de la Genèse), la question se pose en ces termes : Comment Dieu peut-il donner (à Abraham) ce qu’il a déjà donné (aux Cananéens)?

Cet verset pose un premier jalon essentiel dans notre rapport à l’occupation de la terre : il n’y a pas de terre vierge, dans le sens de ‘mise à disposition de l’humain’ comme s’il pouvait en être le maître originel. Même celle promise par Dieu ne l’est pas. Il y a déjà du monde quand le peuple élu y arrive… Nous venons toujours après… Après Dieu, après d’autres, après qu’arbres et animaux furent créés (dans le premier récit de la Création, l’humain est créé en tout dernier, au 6è jour). Nous ne sommes pas premiers, encore moins créateurs, encore moins propriétaires de la terre. Fondamentalement, personne ne peut ni acheter ni vendre légitimement une terre, car personne n’en fut jamais le premier propriétaire. La pose d’une borne fut et demeure toujours un acte de violence, même s’il est indispensable.

Ensuite, ce verset donne une règle de conduite dans notre rapport à la terre et à l’autre : gérer l’inévitable partage. Car de partage, il va en être question à deux reprises dans le récit. Nous avons relevé la première : les Cananéens qui habitent le pays et le clan d’Abraham qui y arrive vont devoir partager cette terre et apprendre que ni les uns ni les autres n’ont sur elle de droits exclusifs. La seconde est la conséquence du développement des troupeaux du patriarche et de ceux de son neveu, Lot, qu’il a pris avec lui,. Ils se multiplient à tel point que des conflits éclatent au sujet du partage des pâturages et il faut partager et se séparer. Le partage n’est pas une option !

Puis, nouvelle surprise du texte ! Au verset 10 nous lisons : « Famine dans ce pays, sévère famine dans ce pays. Abraham descend émigrer en Egypte ». Voilà que la Terre promise ne répond pas aux besoins de ceux à qui elle est promise. Même l’herbe est plus verte ailleurs ! Ainsi, si elle n’est pas vierge, si elle est déjà habitée et qu’il faut la partager, la terre promise n’est pas non plus l’Eden ou l’Eldorado. Ce n’est pas parce qu’elle est donnée par Dieu qu’elle est magique ou autosuffisante. Le manque est là. Et le texte précise que ce manque est tel qu’il oblige Abraham à émigrer une fois encore et à demander à de plus riches, les Egyptiens, de partager leur production. Le manque et le partage font partie du don divin.

Pour résumer, ce verset sur la présence des Cananéens dans la terre promise est capital. L’autre y apparaît comme la grâce et la limite du don. Recevoir et ne pas tout recevoir. Le besoin reste. Même dans une terre sainte.

Commentaires

Monsieur le Pasteur,

Une autre question se pose, que vous ne semblez pas être en mesure d'envisager, - aussi vais-je prendre la liberté de compléter la vôtre : comment Dieu peut-il donner (à Abraham) ce qu’il a déjà donné (aux Cananéens), dans l'éventualité où il n'existerait pas ?

Écrit par : yves scheller | 31/07/2010

"Et Nous le sauvâmes, ainsi que Lot, vers une terre que Nous avions bénie pour tout l’Univers." Sourate les prophètes, verset 71

Tout l'Univers et non pour une seule communauté!

Écrit par : musulman | 31/07/2010

"Tout l'Univers et non pour une seule communauté!"

Muslim donc mégalo, comme il se doit, mais .... candide.

Écrit par : Giona | 31/07/2010

Petit dérapage, Monsieur le Président Scheller de l'association qui "n'est nullement antireligieuse, indifférente et incompétente en matière de doctrines et de croyances", que d'ouvrir une polémique avec un pasteur sur l'existence ou la non-existence de dieu, non? Ne serait-ce pas plus utile et constructif de faire un gros effort intellectuel pour comprendre les propos de M. Neeser dans un sens symbolique, et d'en tirer,dés lors, tout de même quelques enseignements? Personnellement, je me sentirais ainsi renforcé parce que enrichi par nos différences! Sans rancune Gotthold Ephraim

Écrit par : Robert Sélitrenny | 01/08/2010

Nul dérapage, Chaer Disciple : de la maïeutique, tout simplement.

C'est tout de même un gros problème, l'éventualité de la non-existence de Dieu. Je n'ai pas dit que telle était ma position personnelle. J'argumente.

M. le Pasteur précise du reste, au début de son intervention : "Si on accepte la foi biblique qui désigne Dieu comme l’auteur de la terre (...)". Oui, mais si pas ?

Ensuite, pour faire court, aussi "un gros effort intellectuel pour comprendre les propos de M. Neeser", je pose un autre problème, absolument considérable : si ce n'est pas l'homme qui est maître et possesseur de la nature, alors qui ? Et qui lui prêterait la Terre ?

Et vous verrez, Chaer Disciple, qu'on en reviendra au même point de départ. Qui explique tout, en n'expliquant rien, sinon la foi très sincère et respectable de M. Neeser. C'est la seule donnée objective et rationnelle de son discours.

M. le Pasteur ne peut envisager les choses que de son seul point de vue. De quoi devenir dialectique, non ?

Écrit par : yves scheller | 01/08/2010

Je rejoins M. Scheller sur le point que les choses sont assez différentes si l'on admet ou non l'existence de Dieu. La conclusion du billet en est réorientée.

Si Dieu existe et qu'il donne une terre, il légitime l'occupation d'une terre qui est déjà habitée par d'autres. Mais, la religion comportant un volet éthique, on peu imaginer que la cohabitation - forcée pour les premiers habitants - se fera selon des règles censément équitables. Du moins il devrait en être ainsi. Malgré l'injustice de venir occuper les pâtures d'un autre, la justice devrait y être plus présente que sans éthique. Dans ce sens, l'autre peut être perçu comme une grâce puisqu'il fait émerger les notions de justice et de partage.

Si Dieu n'existe pas, celui qui vient n'a pas à se soucier d'éthique. Il vole et tue celui qui était déjà là. Dans ce cas, l'autre n'est plus ni une grâce ni la limite du don.

L'existence ou non de Dieu change singulièrement la donnée. Il est intéressant de constater que l'existence supposée de Dieu de change pas la donne fondamentale: quelqu'un vient occuper une terre où d'autres sont déjà. Il y a comme d'hab un envahisseur et un envahi. Simplement dans un cas l'envahisseur est légitimé par une force supérieure, dans l'autre il n'est légitimé que par lui-même. Il n'est pas anodin de mettre l'existence ou non de Dieu dans ce débat, puisque l'on a à faire au même schéma de prise illégitime de possession d'un territoire, avec dans un cas une tentative de la légitimer et de la civiliser un peu, dans l'autre pas.

Je trouve la réflexion sur la propriété de la terre intéressant et ambigu. Oui, d'accord en théorie, la terre ne devrait appartenir à personne. Ou au premier qui la découvre et la travaille. Oui, poser une borne est une violence, même si elle est indispensable. Mais en disant cela, n'est-on pas en train de justifier subtilement les invasions? Celle d'Abraham comme d'autres? Tout est affaire d'interprétation. Celle-ci ne serait-elle pas plus proche de la nature humaine?

Cela dit, la possession de la terre est fondamentale pour bien des communautés et leur survie. Il y a des populations nomades. Ce n'est pas par hasard si elles sont peu nombreuses: elles sont plus fragiles que les sédentaires.

Dernière réflexion: l'existence supposée de Dieu ne change pas fondamentalement le fait que les hommes s'approprient les uns des autres, par leur biens, par la terre, etc. En ce sens la religion n'a pas réussi à pacifier la Terre ni le coeur des Hommes. Et les lois terrestres de préservation de l'espèce, les pactes de non-agression, la détention d'armes terribles et de puissantes armées, ont fait autant pour tenter de pacifier les communautés humaines que la religion. A mon avis. D'ailleurs le sens de la justice et du partage vient naturellement aux humains, même aux athées.

Écrit par : hommelibre | 02/08/2010

Merci @ "Musulman", R. Sélitrenny et "Hommalibre" pour leurs intéressantes contributions.
@ "Giona": pourquoi ce diminutif de "Muslim" qui peut être mal ressenti?

Écrit par : Daniel Neeser | 02/08/2010

@ "Jean" et "Maturin" : vous souillez la discussion.

@ hommelibre au sujet de la phrase :"Si Dieu n'existe pas, celui qui vient n'a pas à se soucier d'éthique. Il vole et tue celui qui était déjà là. Dans ce cas, l'autre n'est plus ni une grâce ni la limite du don."

Pas d'accord : la morale peut exister hors la présence d'un Dieu.

Écrit par : yves scheller | 04/08/2010

Très bel article, M. Neeser.
On peut aussi percevoir que la Terre Promise est un état intérieur de paix et d'amour auquel nous sommes destinés. De par Sa Justice, Dieu la réserve à chacun. Dans cette Terre Intérieure, il y a place pour tout le monde.
La terre géographique n'est qu'un lieu d'exercice et de prises de conscience indispensable à notre croissance intérieure.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 06/08/2010

Merci à Mme de Meuron pour son éclairage. Effectivement, la Terre promise est aussi ce "terrain intérieur" que nous arpentons dès notre plus jeune âge et découvrons progressivement. J'aime bien votre terre géographique comme "lieu d'exercice" de la pratique humaine.

Écrit par : Daniel Neeser | 06/08/2010

A propos de l'éthique ou de la morale: il est évident que les croyants n'ont pas le monopole de la morale ou du comportement éthique. A mes yeux, ce qui les distingue des athées c'est que, par l'affirmation de l'existence d'un (de) d(D)ieu, ils se limitent en s'interdisant le rôle de l'Initiant, du Créateur, de l'Origine: nul d'entre nous n'a jamais décidé de naître. On reçoit la vie et le 'sac à dos' qui nous accompagne jusqu'à la fin de notre voyage terrestre. Ensuite, ce qui différencie les religions et confessions se loge dans ce que l'on essaye de dire au sujet de cette 'Origine' et là... ça se complique!

Écrit par : Daniel Neeser | 06/08/2010

Monsieur le ministre,

Vous dites :"il est évident que les croyants n'ont pas le monopole de la morale ou du comportement éthique". Fort bien. Dont acte. J'en déduis qu'une société laïque ne court nul risque de n'être que fonctionnelle et technique...

Ensuite, au sujet de nos origines, je ne vois pas très bien en quoi les athées ou agnostiques refuseraient de se limiter "en s'interdisant le rôle de l'Initiant", autrement dit en érigeant l'homme comme seule origine de l'homme. Signalons au passage qu'il y a ce truc qu'on nomme - souvent de façon abusive, du reste - la "nature"... Rien de compliqué, du moins au niveau où nous nous trouvons.

Écrit par : yves scheller | 08/08/2010

Yves Scheller:

@ hommelibre au sujet de la phrase :"Si Dieu n'existe pas, celui qui vient n'a pas à se soucier d'éthique. Il vole et tue celui qui était déjà là. Dans ce cas, l'autre n'est plus ni une grâce ni la limite du don."

Pas d'accord : la morale peut exister hors la présence d'un Dieu.

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Bien sûr, mais surtout, sous la conduite de Jésus et du décalogue les hébreux ont conquis la "terre promise" massacrant êtres humains et bétail, voués à leur idole. Ceux donc pour qui dieu existe ne sont pas gênés par leur "éthique", bien au contraire, puisque leur dieu justifie leurs crimes.

Écrit par : superman | 08/08/2010

Mon premier commentaire ayant été censuré par le sieur NEEZER (erreur sur le nom)Mon commentaire s'adresse à Mme de Meuron, avec cette question, avez-vous étudié le pourquoi de nos croyances et des religions ? Si vous l'aviez fait, vous seriez d'accord pour que toutes les religions passent par le tribunal pénal internationnal, la fermeture du Vatican et autres lieux pour ignorants croyants, suivrait Jeunes, nous sommes soumis malgré nous à nous diriger vers les croyances idiotes en des dieux inexistant ! Baptisés sans concentement par des parents ignorants et des curés valets des seigneurs et monseigneurs dont le monde peut se passer ! Ils profitent de la misère des autres pour afficher une image qui est trompeuse ! Pillages tortures, guerres, inquisition, viols vols mensonge tout a été bon pour imposer leur lois ! N'oublions jamais que nous sommes issus d'un monde ou c'est le plus résistant le plus fort qui vivait ! Etudiez l'histoire de nos ancêtres au moins depuis les grottes, en passant par les chefs tribaux, qui ce sont pris pour des rois dieux soleil etc... Etudiez le mondes des Pharaons d'Egypte d'ou sont issus la plus grande partie de nos religions Islam y compris. Nul n'est en paix dans sa tête sauf les illuminés de la cafetière et les ignorants-croyants !Que la SUISSE reste neutre en matière de politique car c'est bien la laïcité l'avenir et non l'obscurantisme des religions. Nos enfants vont avoir à gérer bien des problèmes, style neuf milliards d'êtres humains sur terre, le manque d'eau, les bouleversements climatiques, les famines et la fin des énergies fossiles avant les dates prévues en 1999.Ne mettons pas des maladies là ou il reste des zones saines pour l'avenir de tous. Merci de votre attention. (blog typologues athées) Etudiez, instruisez-vous pour comprendre les mensonges et refouler TOUTES les religions.

Écrit par : NOËL pierre | 09/08/2010

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