25/10/2010

Editorial sur la liberté de la presse: pas d'accord

Monsieur le Rédacteur en chef, dans votre éditorial du 22 octobre vous stigmatisez l'interdiction de publier telle quelle l'affiche du MCG avec la photo du président libyen et cela au nom de la liberté de la presse. Vous convenez que cette affiche use de "méthodes les plus perverses" et procède à "un amalgame éhonté" et, cependant vous en soutenez la diffusion publique!


Est-ce à dire que la liberté de la presse peut s'accommoder de ces procédés du MGC ? Il me semble que l'intelligence du propos, sans parler de sa souhaitable élégance, même - et surtout- dans la critique, devrait faire partie des critères pour soutenir ou non telle publication, ce qui n’est pas le cas pour cette affiche style MGC. La liberté de la presse ne saurait être alliée de la bêtise.

Puis vous poussez votre raisonnement plus avant, faisant un amalgame problématique avec l'opposition à la dictature, parlant d'autodafés, brandissant la défense de la démocratie et, sans vergogne, prétendant que cette interdiction "est réellement dangereuse" (sic!). Outre que cette comparaison manque de respect pour les combattant-es de la liberté, en quoi cette photo sert-elle la démocratie et en quoi son interdiction viole-t-elle la liberté d'expression ?

Cette interdiction est simplement normale, logique et procède d'une conception sensée de la liberté d'expression. Votre publication, il y a plus d'un an, de la photo du fils du président libyen au moment de son incarcération tombait, à mes yeux, sous la même critique: inutile, ne donnant aucune information et ne procédant que de la volonté de faire vendre le numéro de votre journal.

Ensuite, cerise sur le gâteau, vous menacez... Inutile et étonnant, ce d’autant plus qu'on sait très bien de qui il s'agit et que, malgré le floutage, on peut même distinguer le genre et la couleur de son vêtement...

Un dernier mot sur la liberté de la presse. Il semble que cette expression acquière depuis quelque temps, une forme d’absolu, comme un dogme au contenu intouchable, impératif et de plus en plus flou. On dit liberté de la presse et on se tait, on acquiesce béatement ou benoîtement, on applaudit : oui c’est bien puisque c’est dit par les spécialistes (les propriétaires ?) de cette expression. Cela me fait penser à des attitudes semblables, heureusement révolues, devant l’affirmation de tel dogme, par tel prélat : l’Eglise, le Roi, le Pape a parlé, la messe est dite !

Non, la liberté de la presse implique un sens de la responsabilité qui, en cette affaire, manque sérieusement.

Commentaires

Monsieur le Pasteur,

Vous n'êtes pas d'accord avec la censure préalable dont a été victime la presse, notamment genevoise. Celle-ci ayant pris la forme de menaces proférées par certaines autorités.

Aussi je crois utile de vous rappeler la teneur de l'article 8 alinéa 3 de la Constitution cantonale genevoise

Art. 8 Liberté de la presse
1 La liberté de la presse est consacrée.
2 La loi réprime l’abus de cette liberté.
3 La censure préalable ne peut être établie.
4 Aucune mesure fiscale ne peut grever les publications de la presse.

La Constitution genevoise est claire : La liberté de presse existe. L'abus de cette liberté peut être réprimée par la loi. Mais EN TOUS LES CAS la censure PREALABLE est interdite.

Si cette disposition constitutionnelle ne vous sied, veillez à la faire changer.

En attendant la messe a été dites par le peuple.

Écrit par : CEDH | 29/10/2010

Merci à CEDH pour ses rappels juridiques.Il demeure qu'en l'espèce, il s'agit de bon sens et que la liberté de la presse ne peut être à ce point tordue pour "faire du chiffre" sur le plan électoral ou politique. L'actuelle polémique sur l'emploi de la photo d'Ivan S est un signe que l'abus des lois par certains au détriment de plus naïfs ou moins retors (à vous de choisir) commence à agacer.

Écrit par : Daniel Neeser | 30/10/2010

"La liberté de la presse ne s'use que si l'on ne s'en sert pas."

Maxime connue. Le "bon sens" n'existe pas en matière de liberté d'expression, car chacun dispose d'un "bon sens" différent de celui de son voisin. Je suis totalement opposé au mcg, mais il doit pouvoir s'exprimer comme "bon" lui semble dans le cadre des lois, selon son "bon sens" à lui. Publier la photo d'un dirigeant et dire que c'est un outrage est un galéjade. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Il y aurait beaucoup de cadavres à Genève.

Écrit par : Johann | 10/11/2010

Ok avec l'idée du bon sens comme critère d'application de la loi sur la liberté d'expression. Mais attention à la naïveté en politique! Le MCG ne se fondait sur aucun bon sens même s'il en a, ce que je vous accorde, mais il instrumentalisait à des fins purement tactiques l'affaire libyenne d'une façon stupide et irresponsable. Or il est un parti, dont des députés siègent au Grand Conseil, première autorité du Canton, il n'est pas un "simple" quidam.

Écrit par : Daniel Neeser | 11/11/2010

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