28/11/2010

MARIE ET ELISABETH À NOËL OU LE REFUS DE L'EXPERTOCRATIE

 

Noël est l'histoire de naissances hors normes. Marie et Elisabeth étaient, aux yeux da la société de l'époque, le type de personnes réputées inexpérimentées ou incapables. L'une trop jeune, ou trop seule, pour pouvoir enfanter, l'autre trop vieille pour oser encore y prétendre. Les deux hors normes aussi parce que femmes dans une société et une tradition religieuse qui ne leur faisait guère de place...

 


 

Dans notre monde séduit par sa prétention à la maîtrise, l'inexpérience devient une faute alors qu'elle n'est qu'un état, et l'avenir la chasse gardée de celles et ceux qui arrivent à se faire passer pour experts. Partout la barrière de l'inexpérience se ferme devant un nombre croissant d'hommes et de femmes dévolus au rôle d'admirateurs béats, ou jaloux ?, devant l'avis des experts. Notre époque est marquée par ce pouvoir abusif des experts avec, comme effet pervers, la disqualification de tout un chacun, de Monsieur et Madame tout le monde. Quand les experts ont parlé, que l'on se taise ! Finies la responsabilité et la liberté d'entreprendre, de juger, de se tromper, puisque les experts ont parlé !

Noël, tel que raconté par Luc (la Bible, Evangile de Luc, les premiers chapitres), commence par ce renversement : "Dieu a jeté son regard sur une femme, dispersé les gens à la pensée orgueilleuse, jeté les puissants à  bas de leur trône, élevé les humbles, renvoyé les riches - les experts - les mains vides", chante Marie. Opposées toutes les deux aux pouvoirs de l'expert, Elisabeth et Marie sont choisies par Dieu.

D'Elisabeth la fatiguée surgira la voix qui fera refleurir le désert, de Marie l'inexpérimentée sortira la divine puissance plus forte que la mort. C'est qu'avec Dieu-Emmanuel nous entrons dans le domaine de la grâce, cette présence indicible et ténue mais pourtant d'une puissance inouïe. La grâce nous introduit dans un autre monde que celui du pouvoir de l'expert et de l'expérience, un monde marqué par la liberté, la folie et la simplicité.

J'aimerais que nos ayons le droit de dire parfois 'je ne sais pas', que nous puissions répondre 'je ne peux pas'. Dans un monde de performance et d'efficacité, habité par l'illusion que tout problème doit nécessairement avoir une solution, il n'y a d'action renouvelante qu'enracinée dans une spiritualité qui fait place à la fragilité, à la faille et qui reconnaît que tout n'est pas maîtrisable.

L'audace de ces femmes est de tout fonder sur ce qu'elles sont : "Mon âme, ma vie, exalte le Seigneur..." en acceptant que ce soit bien dans leur vie que le Tout-puissant fait des merveilles. Marie la trop jeune et Elisabeth la trop vieille acceptent de devenir puissantes sans accaparer cette puissance pour elles. A l'inverse de tout expert, elles découvrent en même temps qu'elles ne peuvent rien par elles-mêmes et qu'elles pourront tout par cette parole à elles adressée.

 

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