29/07/2011

Le tueur fou est un des nôtres. Oui !

Le tueur fou est « un des nôtres » remarque l’anthropologue H. Eriksen interviewé par La Tribune du 26 juillet. D’autres commentaires, comme celui du Temps du 25 juillet, comparent la Norvège à la Suisse « deux pays riches, démocraties exemplaires et paisibles que cette analogie doit interpeller ». Cet attentat-là est un attentat qui nous concerne, y déclare le politicien Y. Perrin. Dans cette note, je désire attirer l’attention sur une autre dimension, celle de notre fragilité, voire de notre peur, illustrée par ces contestations.


Le débat et les décisions qui s’imposent devront se placer sur plusieurs plans : politique car il s’agit bel et bien d’un acte politique, revendiqué et argumenté comme tel, juridique et pénal car il devra y avoir procès et les victimes devront être défendues, technique et policier pour que, tant que faire se peut, de telles actions puissent être évitées et les responsabilités des tous les acteurs sociaux mises en évidence.

Pour ma part et dans cette note, je désire attirer l’attention sur une autre dimension, celle de notre fragilité, voire de notre peur, illustrée par cette contestation : il est un des nôtres et celle de notre sentiment diffus de responsabilité qu’exprime cette affirmation : cela nous concerne.

En quoi est-il des nôtres et en quoi sommes-nous concernés ? J’esquisse une réponse : il est des nôtres car combien d'entre nous, tout aussi 'normaux', ne commettent-ils pas des actes 'fous' et nous sommes concernés par la manière dont nous répondons à ce besoin de sécurité : par la recherche mortifère de la pureté qui exclut ou par l’acceptation de notre fragilité intime et communautaire, personnelle et collective ?

Dans ses déclarations A. Breivik se présente comme Commandeur des Chevaliers Justiciers. Le Justicier, nous y voilà ! Celui qui décide du bien et du mal, de qui est bon et de qui ne l’est pas et donc doit être éliminé. Un justicier est toujours un juge et un juge dangereux.

Le besoin de sécurité est légitime, la difficulté actuelle vient de la culture des solutions qui lui sont majoritairement proposées : la technique du bouc émissaire qui sert si bien de tout temps et qui trompe les gens en leur faisant croire que l’Autre est en premier lieu celui qui est menaçant, donc ce qu’il faut éliminer, pour le moins éloigner... (Dans ce sens, espérons que le positionnement courageux et intelligent du premier ministre norvégien de renforcer les solidarités et vivre de manière républicaine et non ethnique, soit soutenu).

Oui, la purification pourrait nous séduire : sortez le mal de chez nous, exterminez-le, purifions notre corps malade… et c’est là que Breivik est l’un de nous, c’est là aussi que la responsabilité des partis comme l’UDC est engagée : nous faire croire à cette illusion que le tueur est ‘fou’ et que nous sommes ‘justes’, normaux, ‘suisses’ quoi ! Non, Breivik n’est pas fou, ou alors nous sommes nombreux à l’être…

Cette recherche de pureté est dangereuse, on a vu jusqu’où elle a conduit l’humain il y a 60 ans et la sécurité doit toujours rester imparfaite. La vouloir absolue ne se peut que dans un monde concentrationnaire et inhumain car la fragilité est l’un des paramètres de notre humanité. Un vide nous habite, une fracture initiale. Nous ne correspondons pas parfaitement à nous-mêmes. Ce vide peut être un abîme terrifiant ou le lieu de notre humanisation : le monde ni nous-mêmes ne sommes parfaits et n'ont pas à l'être.

Je conclus par cette allusion à une parabole biblique : celle du bon grain et de la mauvaise herbe (Evangile de Matthieu, 13,24-30): « Un paysan a semé du blé mais, pendant la nuit, son ennemi sème de la mauvaise herbe par dessus (l’ivraie de nos traductions, en fait le terme grec est 'zizanie'…) Quand, au printemps, les employés du paysan voient la réalité, ils lui proposent d’arracher la mauvaise herbe. Réponse du patron : surtout pas ! C’est un ennemi qui a fait ça, mais n’arrachez rien, vous arracheriez le blé avec les mauvaises herbes, laissez pousser le tout ensemble jusqu’à la moisson, là, je ferai le tri… ».

Ce réalisme, un Ennemi travaille dans mon champ, et cette promesse, je ferai le tri, sont nos viatiques pour vivre dans ce monde imparfait; habité aussi par un Ennemi, il est pourtant entre les mains de son Créateur. Ce mystère nous dépasse, il nous appelle à la confiance, à l'humilité et à l'humanisation de nos rapports.

Commentaires

Sans revenir sur l'état psychique de Breivik, il n'est pas interdit de rappeler qu'il existe aussi des projets qui vont dans un sens constructif.

Même s'ils ne font pas forcément l'unanimité, en parler n'est jamais vain dans un contexte qui reste sensible:

http://billets.blog.tdg.ch/archive/2011/07/28/a-500-km-d-oslo-dans-la-banlieue-de-stockholm.html

Merci de votre attention,
HRF

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 29/07/2011

Merci beaucoup,
Votre vision me permet de croire en l'Humain.
Il faut parfois prendre du recule avant de vouloir tout juger, condamner ou être les bons penseurs à la place des autres.
Je vous souhaite chaleureusement de continuer à commenter l'actualité.
L'espoir est dans une conviction, une foi profondément encrée en nous.

Écrit par : Kasteler | 29/07/2011

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