28/09/2011

La famille et le nom de famille

La proposition de laisser au couple le choix du nom de famille des ses enfants, qui doit être débattue au Conseil national est un non-sens: elle conduira à une coupure du sens par une coupure du lien et de la transmission. On coupe les racines de l'arbre généalogique.


Un arbre ne coupe pas ses racines et c’est pourtant ce que pourraient faire le Conseil national s’il suit la position des Etats.

Ce serait une erreur incalculable : on tue la généalogie, coupe les racines, renie l’histoire.

Au nom de l’égalité ? Mais de quelle égalité : les hommes ne donnent pas naissance, les femmes oui… Déjà que les pères se sentent mal dans leur rôle, eux qui avaient (encore ?) celui de donner leur nom à défaut de donner la vie.

La mère porte son enfant pendant les neuf mois de sa grossesse puis met au monde, quels que soient les liens qui, pendant ce temps, unissent le couple, le père restera éloigné de cette lente et progressive maturation. Que ce soit qui donne son nom à l'enfant lui donne une place dans le processus de mise au monde qui n'est pas que physiologique mais aussi social. Il peut dire alors: c'est aussi mon enfant.

Car il y a une analogie entre le fait de mettre au monde et celui de donner le nom, le patronyme, celui qui nous a été donné par notre père qui lui-même l’a reçu de son père qui lui-même… Voyez la Genèse où, après Dieu, l'homme nomme ce qui, alors, devient vivant.

Et puis, il est bon que certaines décisions soient prises pour nous par d’autres ! Ne confions pas au couple la responsabilité de ne pas être égalitaire. C’est ce que fera cette loi : l’Etat se déchargera sur le couple de sa responsabilité de trancher. Cela ressortit à son rôle de garant de la perspective commune, du projet social. Tout n’est affaire privée, comme l’écrit l’éditorialiste du Temps du 27 septembre, le nom de famille est l'inscription sociale et politique des citoyens que sont, dès leur naissance, les enfants.

Non, vraiment, cette proposition est un non-sens: elle conduira à une coupure du sens par une coupure du lien et de la transmission. On coupe les racines de l'arbre généalogique.

 

Commentaires

Monsieur Le Pasteur,

Tout à fait d'accord avec vos propos, ce projet de loi est un non-sens total, une stupidité !
On s'égare et l'on se créé inutilement des problèmes là où il n'en existe pas !

Plusieurs questions se posent :

1° En quoi le changement du régime actuel est-il nécessaire ?

2° Si je l'ai bien compris, ce changement découlerait d'une volonté d'égalité hommes-femmes, mais je ne vois pas ce que la nouvelle loi apporterait à cette égalité ?

3° Compte tenu des possibilités offertes par cette nouvelle loi, il est tout à fait envisageable que les enfants issus de mêmes parents portent des patronymes différents, l'un des deux frères portant le nom de sa mère, l'autre le nom de son père.

4° Si d'aventure les parents n'arrivent pas à se mettre d'accord sur le nom de famille de leurs enfants, que se passera-t-il ? On peut s'attendre à de beaux imbroglios juridiques et un nouveau marché pour les avocats.
Et puis n'y a-t-il pas lieu de s'interroger sur le sens du mariage dès lors qu'il y aurait mésentente des futurs parents sur le patronyme des enfants à venir ?

Dans la situation actuelle, si les parents sont mariés, les enfants portent le nom du père. Si ces mêmes parents vivent en concubinage, les enfants portent le nom de la mère.

Résumons : ce projet de loi ouvre les portes à de nouveaux problèmes potentiels, ils risquent d'engendrer des coûts importants pour la collectivité vu le remaniement drastique des registres d'Etat-civil !
Je ne parle même pas des futures recherches généalogiques ceux qui se sont frottés à ce domaine comprendront.

5° Si d'aventure cette nouvelle loi devait être adoptée par les Chambres, j'espère vivement qu'un référendum sera lancé.
N'y a-t-il pas d'autres domaines de progression dans l'égalité hommes-femmes que cet acharnement stupide, plus symbolique qu'utile ?
Je pense notamment à l'égalité en matière de salaires ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 28/09/2011

Bonjour Daniel,
Je ne suis guère convaincue par l'argumentation quant aux racines et la généalogie. Après tout, je suis aussi bien fille de mon père que fille de ma mère (et si ma mère m'a donné naissance, moi, je ne m'en souviens aucunement!).
Par contre, il me semble bon et même nécessaire que le père qui ne peut porter et mettre au monde l'enfant, puisse donner son nom.
Au nom de l'égalité, il me semble plus correct de donner les deux noms à l'enfant mais ce n'est que de décaler le problème d'une génération puisque le petit enfant ne portera que deux patronymes ou en perdra deux!
Ceci dit, faire porter la décision à un tiers (état) pour ne laisser une telle responsabilité aux parents, ça permet d'éviter des difficultés dans le couple. Qui devra trancher en cas de désaccord?
Bien au-delà de cela, cette question soulève d'autres sujets sous couleur d'égalité et je crois aussi qu'un changement de société doit se faire. C'est vrai que c'est la mère qui met au monde mais ne nions pas la participation du père non seulement au départ pour donner la vie mais aussi tout au long de la grossesse. Laissons (ou donnons) une place à ce père qui accompagne la mère et le future enfant.
Bien cordialement

Écrit par : Corinne Van Cauwenberghe | 28/09/2011

Bravo pour cette analyse pleine de bon sens. A une époque où le manque de repères est devenu un vrai problème pour tant de jeunes et moins jeunes, agir ainsi relève tout simplement de l'irresponsabilité.

A force de mettre l'égalité à toutes les sauces, cette notion perd grandement de sa valeur et le combat pour des aspects du problème qui le méritent également.

Écrit par : Jean-Claude Manghardt | 28/09/2011

Je vous ai bien lu, ainsi que le commentaire précédent de M. d'Hôtaux, et je me demande comment les Ibères (Espagnols et Portugais) pour ne prendre que des exemples proches- ont réussi, depuis de multiples générations, à régler le problème de leurs généalogies -et les prétendus problèmes psychiques y inhérents- sans recourir à la géniale invention de la transmission patronymique? Je ne doute pas que vous pourrez m'éclairer.

Écrit par : acquarius | 28/09/2011

@ Acuquarius: ma réponse sera simple: je ne conteste en rien la solution lusitanienne et hibérique qui est, si je suis bien informé, une très ancienne tradition de société, donc d'Etat. Elle a décidé davantage en faveur de la mère, cela ne me gêne pas fondamentslement car je n'en connais pas l'histoire. Ce que je conteste c'est le choix transféré aux parents et justement le reniement de cette tradition dont vous parlez avec raison.

Écrit par : D. Neeser | 29/09/2011

Cher Pasteur Neeser,


Je ne suis pas une habituée des blogs et hésite à me lancer dans de tels échanges, bien entendu brefs, sur des sujets d'une telle importance et complexité. Toutefois je me préparais à vous répondre sur la question bien sûr troublante du choix du nom lorsque j'ai lu, qu'aujourd'hui, le Conseil fédéral avait tranché ! ChacunE pourra choisir le nom de son enfant (voire de ses enfants éventuellement de pères différents) : belle manière de botter en touche car quand l'Etat n'est plus capable de dire la loi - et je ne parle pas ici seulement de la Loi symbolique, chère aux psychanalystes et directement héritée du religieux -, je ne suis pas du tout certaine que l'égalité entre hommes et femmes en sorte grandie ! Laisser aux parents le "choix" de nommer leur enfant ne les fera pas échapper aux risques de rivalités, de pouvoir ou de séduction entre eux, c'est à dire entre deux êtres, uni ou bi-sexués et, au-delà, de deux lignées. Mais l'Etat est-il encore en position de dire le droit et la loi ? J'en doute. Le "choix" laissé aux parents d'un enfant de le nommer comme bon leur semble ( ou selon l'envie du moment !) ne fera qu'amplifier la crise du lien conjugal, parental et familial.

Car effectivement le lien familial, conjugal et parental sont en crise ou pour le moins en grande mutation. Pourquoi d'ailleurs la famille devrait-elle échapper à la crise généralisée que les pays occidentaux traversent ? Il me semble, et ceci selon les travaux de recherche que j'ai pu effectuer, que nos contemporains confondent la conjugalité (la relation entre un homme et une femme ou deux êtres de même sexe qui décident de vivre ensemble, voire de mettre un terme à leur relation) , la parentalité (qui est pérenne et ne dépend pas de la conjugalité) et la familialité, entendue comme les relations tissées à l’égard des deux lignées, maternelle et paternelle, c'est à dire avec ceux qui nous ont précédé et à l'égard desquels nous sommes redevables de ce qu'ils nous ont donné (voire de ce qu'ils n'ont pas pu nous donner, c'est à dire ce dont nous avons manqué, nous ouvrant alors la possibilité de transformer l’héritage reçu) et tous les autres significatifs considérés comme leurs familiers.

Certains couples arrivent à différencier les trois registres, la rupture du lien conjugal n'entraînant pas la rupture du lien parental et familial, d'autres couples n'arrivent pas à faire la différence, le lien conjugal étant rompu, les autres liens le sont aussi.

En lisant certaines contributions de votre blog, j'ai noté aussi une grande confusion sur l'attribution du nom à l'enfant qui permettrait au père d'occuper la place qui lui revient à l'heure où celle-ci lui est contestée, la mère "donnant la vie" puisqu'elle porte l'enfant et souvent la responsabilité de son éducation. La mère pas plus que le père ne donnent la vie. La Vie existe et ceux qui accueillent un enfant - s'ils le veulent et s'en sentent capables - ne sont pas dépositaires de la vie – ni ne sont propriétaires de celle de leurS enfantS : ils ne font que l'accueillir et idéalement la perpétuer. Accueillir un enfant au monde engage donc la responsabilité de ceux et celles qui s'engagent dans cette longue voie et le "choix" purement subjectif d'un nom ne saurait résumer cette grande responsabilité.
Voici ce que ce débat me suscite comme remarques mais bien sûr, nous sommes dans un registre où les controverses sont nombreuses et je ne me risquerais pas à les réveiller, elles sont bien assez passionnelles ! Or la passion nuit parfois à la raison.

Françoise Bloch


P.S. Alors que j'avais commencé la réponse que je voulais vous adresser, j'ai écouté (ce jeudi 29 septembre de 9 à 10 h « la Fabrique de l’Histoire » sur France Culture) une émission fort intéressante sur la question des identités de papiers. Très intéressante mise en perspective sur les attributions de nom selon les époques historiques !

Écrit par : BLOCH Françoise | 02/10/2011

Merci à Mme Bloch pour sa participation et la clarté de ses propos. Je souligne particulièrement la distinction éclairante entre parentalité, familialité et conjugalité comme son rappel que personne ne donne la vie, mais tous nous la recevons et ne faisons que la transmettre et "idéalement la perpétuer". Une belle humilité devant ce mystère.
La question qui demeure: nos autortés politiques seront-ells faire preuve de la même intelligence et de la même humilité?

Écrit par : D. Neeser | 03/10/2011

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