30/11/2011

L’avent en 2011 - Espérer est-il possible ?

Crise, menaces financières, faillites d’Etats entiers, ̶ du jamais vu ̶ , chômage et licenciements, grèves, ̶ du rarement vu à Genève ̶ , cohésion nationale en question, et ces meurtres, cette agressivité dans nos rapports humains, quotidienne à en devenir banale si ce terme n’était indécent.

Je suis inquiet. J’entends le désarroi ici à Genève, la fracture entre riches trop riches et pauvres qui le deviennent de plus en plus, ̶ les vitrines de Noël font-elles encore rêver ou suscitent-elles le désespoir, pire la haine ? Ne ferait-il plus sens aujourd’hui ? L’avent ne serait-il plus l’annonce d’un avenir ?


J’entends les luttes partisanes, l’égoïsme ou l’indifférence puis le mépris… et ce grand désabusement qui semble être le seul rempart contre le découragement !

Dans la Bible, le prophète Osée (~ 750 avant J.-C.) dénonce une situation pareille: Entendez la parole de l’Eternel, fils et filles de mon peuple. Oui, Dieu est en querelle contre les habitants de la terre : pas de vérité, pas d’amour, pas de connaissance intime de Dieu sur la terre. Imprécations et félonies, assassinats, viols, adultères déferlent en brèche, sang sur sang versé. Alors la terre s’endeuille, tout habitant s’y étiole, avec les animaux dans les prés et les oiseaux au ciel et même les poissons de la mer sont ramassés. Oui, débauche, ivresse, vin et moût prennent le cœur ; mon peuple consulte un arbre pour connaître et un morceau de bois pour savoir… Oui, prostitué, il s’égare, se prostituant encore il s’écarte de Dieu.

Frédéric Lenoir, dans son éditorial du dernier numéro du Monde des Religions fait le même constat : Nous vivons (…) dans une époque particulièrement angoissante, où l’homme a le sentiment d’être à bord d’un bolide dont il a perdu le contrôle. De fait, plus aucune institution, plus aucun Etat ne semble en mesure de freiner la course vers l’inconnu ̶ et peut-être l’abîme ̶ dans laquelle nous précipite l’idéologie consumériste et la mondialisation économique sous l’égide du capitalisme ultralibéral. Une sentinelle d’aujourd’hui rejoint le prophète des temps anciens.

Plus aucune institution, plus aucun Etat ne semble en mesure de répondre énonce Lenoir Et Noël ? Ne ferait-il plus sens aujourd’hui ? L’avent ne serait-il plus l’annonce d’un avenir ?

Il y a une réponse, il y a un chemin : un avenir nous est donné, comme un fils, comme un enfant. Oui, nous pouvons espérer sans passer pour de doux naïfs ou de dangereux provocateurs ! Pour cela, trois étapes pour l’espérance : le retrait et le retour à la source, l’analyse et la résistance et, enfin, l’affirmation de l’espérance.

1. LE RETRAIT.

Retrouver nos bases pour espérer, pour cela il faut se retirer. Ecoutez cette déclaration de Dieu transmise à son peuple par le même prophète qui le compare à une femme infidèle dans le sens de séduite par d’autres valeurs, d’autres forces : Aussi, voici, moi-même je la séduis ; je vais la conduire au désert et là je parlerai à son cœur.

C’est le temps du passage par le désert pour retrouver ce qui nous fonde. Le désert avec son aridité menaçante est ce lieu privilégié de la rencontre avec Dieu. Lieu de l’aveu, de la parole silencieuse qui, progressivement, dit nos vraies peurs et donne corps à notre questionnement, à notre désespoir. Avoir soif pour que naisse le désir. Alors, quand le manque sera atteint, le vide entr’aperçu, une parole pourra surgir, comme une eau. Elle seule nous dira quels sont les dieux et les démons dont nous souffrons. Pas de salut sans ce passage. Pas de parole dans le brouhaha mais au cœur, à l’intime. Dieu n’a jamais parlé dans le trop plein. La satiété est ennemie de l’espérance.

2. L’ANALYSE.

Toute espérance est une audace qui se construit sur des décombres, sur l’impérative nécessité de respirer à nouveau. L’espérance n’est pas un produit de luxe. Dans ce passage à l’espérance, il s’agit de laisser les scories passées, de ne pas embarquer les miasmes fétides du désespoir dont on sort. Les espoirs naissants au Moyen Orient sont habités par ces enjeux. Pour découvrir ce qui doit être construit, il s’agit de savoir contre quoi on a résisté et on résiste encore, savoir d’où on sort, de ne pas se tromper de Satans.

Mettre un mot sur ce qui fait mal permet déjà prendre de la distance, de se refuser à être identifié avec le mal dont on souffre. C’est là un des fondamentaux de la Parole biblique, dissocier le mal de celui qui le commet et le subit. Or le mal est séducteur! Et ce qui fait mal, ce qui a asservi le monde fut et demeure aujourd’hui encore l’appât du gain et la séduction de la possession. L’argent, le Mammon du Nouveau Testament. Je pense tout particulièrement à cette idole puissante qu’on appelle ‘Le Marché’ ou ‘Les Lois du Marché’, qui nous asservit encore tant il est difficile de ne plus mettre notre confiance en elle. Osée en parle comme de cet « arbre qu’on consulte pour connaître, ce morceau de bois qu’on écoute pour savoir ». Ces divinités ne sont, au mieux, que le produit de nos peurs, au pire celui de nos lâchetés. Mais qu’il est séducteur le Marché, que sont douces et cruelles ses chaînes !

Croire que plus d’argent, plus de commerce, plus de… nous sauvera de la déroute est un leurre. Ce leurre nous a déjà trompés, il nous trompe encore et nous trompera toujours. Il a, dans sa suite, injustices, morts et malheurs.

3. L’ESPÉRANCE AFFIRMÉE.

Ecoutez un autre prophète, Esaïe (~ 740 av. JC): Le peuple qui allait dans la ténèbre voit une grande lumière ; sur les habitants de la terre d’ombremort fulgure la lumière. (…) Car un enfant nous est né, un fils nous est donné. Il a l’autorité sur son épaule, on annonce son nom : Merveilleux conseiller, héros de Dieu, père pour toujours, prince de la paix.

L’espérance est possible car Dieu vient ! Et il vient comme un enfant, un petit être, démuni (de la même racine que monnaie, donc démonétisé ou sans munition…) indice de sa fragilité et de notre responsabilité, et comme un prince, indice de sa volonté et de notre écoute.

Aujourd’hui trop de droits bafoués, trop d’injustices commises et trop d’argent déséquilibré, trop de profits et d’égoïsmes, trop de prostitution économique et trop de dieux-démons consultés menacent l’enfant de Noël, donc nous menacent. Cela nous appelle au combat pour l’espérance, le combat initié à la nativité et victorieux à Pâques. Mais rien ne se fera sans le passage par le désert.

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