26/12/2011

LE CHEMIN DE MARIE, UNE MEDITATION PROTESTANTE POUR NOËL

Marie, fille et sœur
Si la tradition a fait de Marie surtout une mère, éventuellement une épouse, elle a occulté le fait qu’elle fut d’abord fille et sœur. Fille de ses parents et sœur parce que née certainement dans une famille nombreuse de l’époque, sœur parce que fille d’Abraham et de sa foi, Abraham dont Paul dit : « Tous se réclament de la foi d’Abraham, notre père à tous ». A la suite d’Abraham et de St Paul et avec Pierre-Yves Brandt, théologien protestant et psychologue, je propose d’affirmer que «Marie est d’abord ma sœur dans la foi, parce qu’elle a été choisie» et que donc nous sommes ses frères et sœurs. Et Brandt continue : «Tout commence pour elle comme pour moi, par un appel venu d’ailleurs. Elle se trouve choisie avant d’avoir choisi quoi que ce soit. Et la merveille qu’elle nous donne alors à voir, c’est que la vocation adressée par la Parole divine, lorsqu’elle est pleinement accueillie, n’en reste pas aux mots mais prend chair, devient corps (…) En disant que Marie est ma sœur en la foi, je confesse que je me découvre promis à la fécondité». St Paul nous invite donc à considérer Marie non comme un être différent par nature, conçu hors normes humaines, mais comme l’une d’entre nous.


Le chemin de Marie
Une facette de Marie souvent mise en avant est son obéissance. Ah, que n’a-t-on dit de bêtises au sujet de l’obéissance de Marie, condamnant les femmes à un rôle purement passif ! S’il est vrai que la Vierge conclut l’entretien avec l’ange par ces mots : «Je suis la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi comme tu l’as dit», n’oublions pas le débat qu’elle entame et la question qu’elle pose à son visiteur : «Comment cela sera-t-il possible puisque je suis vierge ?». C’est, selon Brandt, le côté protestant de Marie : «Luc nous montre Marie gardant une attitude critique, au sens le plus noble du terme, lorsqu’elle accueille la Parole : elle dialogue, cherche à discerner ce qui lui est proposé. S’il s’agit de se laisser féconder par la Parole de Dieu, il faut se garder d’accueillir n’importe quelle parole».
Non, Marie n’est pas cette oie blanche que la tradition a progressivement imposée. Elle exerce son sens critique de trois manières : en interrogeant la parole de l’ange, en testant le signe que ce dernier lui donne, la fécondité de la vieille Elisabeth, et enfin en prenant la route, son chemin. Luc nous raconte en effet que «Marie partit en hâte pour se rendre dans le haut pays, dans une ville de Juda» pour aller chez Elisabeth.
C’est le chemin de Marie. C’est un long voyage que d’aller de Nazareth en Galilée jusqu’en Judée, un voyage de plusieurs jours. Marie fait là une démarche essentielle pour que la Parole prenne corps en elle : elle prend de la distance, elle sort du lieu de l’annonciation, de la rencontre avec son Dieu. Pendant ces heures et ces jours de marche elle prend le temps de redevenir elle-même, de revenir à elle. On pourrait presque dire qu’elle s’émancipe de la divine tutelle !
Car l’enjeu est de taille : que ce soit bien elle qui accueille cette vie et non quelque exaltée encore sous le coup de l’émotion de la rencontre troublante avec l’angélique messager. Parce qu’il faudra durer. Parce qu’il faudra vivre avec cet enfant pendant des années. Parce qu’il faudra assumer jusqu’au calvaire, et qu’il n’est pas certain que l’ange sera toujours là pour lui redire qu’elle a fait le bon choix !
Qui d’entre vous n’a pas vécu ces moments où une vocation initiale, que ce soit celle de Dieu, celle du mariage, celle des enfants ou de la profession, est contredite, obscurcie par la force des choses, du réel ? Durer, être soi-même dans sa vocation, passer de l’émotion à l’incarnation de la divine Parole, tels peuvent être le sens et l’objectif de ce chemin de Marie, ce déplacement géographique mais aussi intérieur, spirituel et solitaire de la vierge comme de celles et ceux qui sont et seront appelés.
La fatigue de la marche, le silence et la solitude de la route, le rythme de ses pas et de son souffle ont dû aider Marie à laisser l’annonce de l’ange se décanter en elle, prendre toute sa place mais aussi rien que sa place. C’est ici un des sens forts de la position protestante qui prétend, évangiles à l’appui, que Marie fut encore mère d’autres enfants. Cette prétention n’est pas d’abord historique mais bien théologique : quand on est appelé par Dieu, on n’est pas nécessairement retiré du monde, il y a souvent toutes les autres responsabilités terre à terre à assumer ! Les femmes en savent quelque chose, qui ne peuvent choisir entre les multiples tâches à accomplir... Ces jours de marche sont précurseurs des années pendant lesquelles Marie devra se réapproprier cette irruption divine et l’intégrer à sa propre condition de croyante, femme, mère, épouse et fille.

Puisque c’est l’appel de Dieu qui rend fécond, puisque vous êtes comme  Marie des êtres humains à qui il tarde à Dieu de s’adresser, ne craignez pas, car vous avez trouvé grâce auprès de lui, il vient et vous appelle, vous allez être féconds. Soyez attentifs, audacieux et intelligents comme Marie. Interrogez la parole que Dieu va vous adresser, testez-la pour en comprendre l’importance et prenez la route avec elle, faites-lui faire son chemin. Un peu difficile, un peu solitaire ? Oui, telle est aussi une particularité de la foi protestante !

Les commentaires sont fermés.