07/12/2012

Arlequin et le Dieu unique

« On a tous le même Dieu, Dieu, Allah, Mahomet, Jésus, Bouddha ». Pourquoi pas ? Et pourtant !


Participant au Temple de la Fusterie à une présentation du dernier livre du Père Beaupère, pionnier de l’œcuménisme, Nous avons cheminé ensemble - un itinéraire œcuménique, une intervention m’a spécialement intéressé: «On a tous le même Dieu, Dieu, Allah, Mahomet, Jésus, Bouddha». Pourquoi pas ? Et pourtant !

Dans cette remarque il y a une espérance : en finir avec nos différences, en finir avec le pire des religions: la haine et la destruction de l’autre au nom de son Dieu. Un Dieu unique serait le chemin vers cette paix.

Louable, ce souhait fait cependant l’impasse sur l’histoire, nos histoires, sur ce que nous sommes devenus au fil des millénaires, comme l’a rappelé avec raison l’orateur. Toute expression religieuse, rituelle ou théorique, savante ou populaire est enracinée dans des histoires, des cultures. Le christianisme ne parle-t-il pas d’incarnation, le judaïsme n’est-il pas indissociable d’un peuple et d’une terre et l’Islam de la culture et de la langue arabes ?

Non, pour moi Allah ou Bouddha ne sont pas le même Dieu que «le mien» et je n’adhère pas non plus à cette image d’un dieu unique qui serait le sommet de la montagne auquel chaque religion conduirait par un versant.

Alors, on n’échappe pas à son histoire ? Certes, mais on peut la conduire, l’habiter de manière renouvelée et porteuse d’espoir.

Deux pistes : tout d’abord reconnaître qu’au sein d’une même religion, Dieu est multiple et que toute tentative de le réduire à une unique conception est vouée à l’échec. Car quand je dis «nous avons le même Dieu», qui est ce «nous» dont «je» parle ? Il est des représentations de «mon» Dieu et des manières de se comporter au nom de «mon» Dieu que je n’accepte pas, le Gott mit uns du national-socialisme, celui qui cautionne la guerre de l’Axe du Bien contre l’Axe du Mal, celui d’une Europe chrétienne. Nous sommes donc multiples déjà au sein du christianisme. Appel àl'humilité.

La seconde piste est celle proposée par Armin Maalouf et son principe de l'Arlequin dont l’habit est un ensemble coloré de pièces différentes: il explique qu'une seule identité n'est plus en mesure de répondre à ceux qui, de plus en plus nombreux, voyagent d'une culture à l'autre, refusant les nationalismes crispés et les ankyloses identitaires. Quelle belle analyse de notre situation!

Noël arrive, une occasion d’oser la différence, d’accepter que l’unicité ne soit pas dans notre nature et que notre vocation soit d'habiter nos différences, celles qui sont en nous, comme celles qui nous entourent. L’habit d’Arlequin est si joli!

Commentaires

Placer le Bouddha au rang des Dieux est une grave méconnaissance de ses enseignements. Tout au plus pouvons-nous le comparer à Jésus, c'est un maître spirituel.
Mais contrairement à lui, Bouddha n'évoque jamais un ou des dieux quelconques. Il nous indique comment découvrir le fonctionnement de notre esprit, ce qui peut bien nous occuper une vie entière.
Enfin il reste très élusif en matière de réincarnation, si ça peut rassurer un croyant monothéiste.
Je ne crois pas qu'une guerre ait jamais été déclarée au nom du Bouddhisme..

À bon entendeur,

T. Jeanneret

Écrit par : Thierry Jeanneret | 10/12/2012

Le Bouddhisme ne connaît pas de dieu, M. Neeser. Cette méconnaissance me paraît grave pour un pasteur.

Écrit par : Mère-Grand | 10/12/2012

Ok et merci à T. Jeanneret pour la précision concernant le Bouddha, que "Mère-Grand" a aussi soutenue. Vous avez raison mais il demeure que, dans l'esprit de la personne à laquelle je faisais allusion, Bouddha était mis au même titre que d'autres divinités. Confusion qui n'est pas si rare. Il est, d'autre part, vrai que je ne connais pas de guerre justifiée au nom de ce penseur et maître spirituel...
Daniel Neeser

Écrit par : Daniel Neeser | 10/12/2012

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