11/07/2013

La Trinité, le travail et le repos

« Il y a, sur un monastère de Bucovine, douce région au Nord de la Roumanie, une peinture murale, près de l’entrée. On y voit, assis sur un banc, deux personnages facilement reconnaissables Dieu le père et Dieu le Fils. Entre les deux, la croix avec, sur son sommet, la colombe de l’Esprit. La sainte Trinité assise sur un banc !…»

 Extraits de ma prédication de dimanche 7 juillet 2013 à St Pierre sur les psaumes 131, 133 & 134


La trinité assise sur un banc.pngIls sont comme en conversation, le soir venu, au temps du repos. Moment privilégié, fugace aussi, mais pouvant avoir un goût d'éternité, qui s'offre entre la fin du labeur journalier et la venue de la nuit. Ce n'est pas encore le repos et le sommeil réparateur et ce n'est plus le travail, c'est l’entre deux. On ne se repose pas encore vraiment, on est là et on goûte autant de cette fatigue que du repos à venir. C'est comme si la fatigue accumulée donnait une qualité plus acérée, plus évidente à cet instant.

Qu'est-ce qui peut bien faire la qualité de ce temps suspendu ? D'abord le sentiment du besoin de repos, comme d’un baume précieux, d’un onguent sur les muscles endoloris tant du corps que de l’esprit, de l’âme que du cœur. C’est le goût de la rosée de l’Hermon du psaume biblique 133. Ce besoin est à l’opposé de la prétention à quelque mérite ou de la crainte de quelque sanction. Peu importe, dans ce temps, le résultat des travaux, peu importent succès ou échecs. On a fait ce qu’il fallait ou ce qu’on a pu.

Ce qui compte, à ce moment, c’est notre participation à l’Acte créateur. Dans Passage du poète, Ramuz, parlant des vignes du Lavaux, ose écrire: «Le Bon Dieu a commencé, nous on est venus ensuite et on a fini. Le Bon Dieu a fait la pente, mais nous on a fait qu’elle serve, on a fait qu’elle tienne, on a fait qu’elle dure».

Avec cette fierté, ce qui fait également la qualité de ce temps c’est l’abandon, la confiance comme un laisser-aller : je ne maîtrise pas tout, je ne suis qu’ouvrier et non maître et je laisse au Maître la question des fins, des résultats, de l'efficacité. Ce n'est pas un appel à la paresse mais à la confiance et à l’humilité. Car, à ce moment on offre ce qu’on a fait, on le dépose et le laisse aller. Cela ne nous appartient plus, on remet. On ne peut tout faire, travailler et faire que ce travail porte du fruit, planter et faire croître. Le temps du fruit ne nous appartient pas. Offrir son œuvre, c’est donner de l’espace à ce qui en advient, c’est ne pas l’exténuer, ne pas la pressurer.

Ce moment est celui de la bénédiction, offerte, demandée et reçue. Le temps de dire, au rythme d’une respiration qui se calme : « Béni es-tu, Seigneur, pour ce jour de labeur » et le temps de demander, avec un corps qui se détend : « Bénis, Seigneur, le travail que j'ai fait au nom de Toi. » Le temps de confier tout cela avant la nuit qui vient. Bénédiction parce que, justement, nous ne sommes pas dans un rapport de production, de gain ou de perte mais dans la fière liberté et la grâce. Laisser le temps, ne pas prétendre tout maitriser et, surtout, ne pas exténuer, ni la terre, ni le travailleur ou l’employée, nous l’avons entendu dans le rappel de la loi de Dieu.

Est-ce possible, aujourd’hui, de parler ainsi du repos et du travail alors que les conditions de travail se détériorent et que règne une concurrence mortifère au sein même de bien des entreprises et entre elles ? J’ai tenté d’une part de parler de douceur à propos de Dieu, ce qui est probablement rare aujourd’hui, et de l’autre de rappeler que travail et repos sont intrinsèquement liés et que l’absence de travail ou un travail inhumain disqualifie le repos qui devient usurpation. Les esclaves de notre temps comme les chômeurs et chômeuses en savent quelque chose.

  Peut-être aussi que cette méditation est là justement pour que nous participions, textes bibliques à l’appui, à l’immense réflexion entamée sur le rapport au repos, au travail et au salaire, comme aux ressources et à la production : faire, refaire du travail un lieu de création. Tout faire pour que du tripalium, cet instrument de torture étymon du mot travail, on passe à un autre vocable : l’œuvre, l’opéra, l’acte créateur. Rien moins que cela.

 

 

Commentaires

@Daniel Neeser,ah oui la Sainte Trinité.remarquez elle existe mais au sein de nombreuses relations .En effet les 4 jeudis ne sont pas pure allégation.
Sans doute cette Saint Trinité s'accompagne-t'elle de la Croix du Mérite pour qui réussi a passer 12 ans d'initiation en résistant à l'envie de se tuer voire même tuer un voisin? si oui de nombreux retraités en seront bénéficiaires
Mais rien n'interdit de rêver surtout pour ceux ignorant tout ce qui se passe vraiment à l'intérieur d'immeubles respirant la propreté extérieure mais dégoulinants intérieurement de drames psychologiques dignes des années 50
Et croyez moi cher Monsieur Daniel Nesser,ceux nés un jeudi comme beaucoup à la fin de la guerre connaissent la $ainte Trinité,celle qui disait mais oui tes parents vont venir te chercher.Ils attendent encore et la médecine a su exploiter la $ainte Trinité en inventant la fameuse Trinitrine afin de soulager leurs angoisses
toute belle journée pour Vous et merci pour votre blog

Écrit par : lovsmeralda | 12/07/2013

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