16/07/2013

Ch. Beer, la liberté et la laïcité.

J’ai lu avec intérêt l’interview de Ch. Beer (TdG du 16 juillet 2013) et les positionnements intelligemment exposés du Conseiller d’Etat. Cependant a-t-il raison, a-t-il tort ? Oui et non. Raison d’ouvrir et d’accueillir, tort de confiner la foi à la sphère privée. Cela ne marchera pas !


Il faudra bien aller plus loin. Déjà notre Conseiller d'Etat ouvre la porte de manière respectueuse et défend la liberté d’expression sociale d’une foi et c’est heureux. Il prend le contrepied d’une proposition qui ne vise qu’une communauté et qu’une foi. En ce sens, il tient son rôle et le fait tenir à l’Etat : « Observer  une neutralité religieuse », selon l’art. 3 de notre nouvelle Constitution.

Mais peut-on continuer ainsi ? Ne faut-il pas aller plus loin et poser d’autres questions ? Car, en prenant la position  qu’il a prise, Ch. Beer entre sur le terrain d’une expression publique d’une foi, mais semble se contredire quand il relève « l’importance de cultiver son appartenance religieuse en privé plutôt que de l’afficher » et quand il prétend que « l’école est le meilleur endroit pour apprendre ces vertus » (de la tolérance et l’expression privée de la religion). Ce serait, en quelque sorte, une solution pédagogique en attendant que tous les élèves limitent toutes les expressions religieuses à la sphère familiale ?

Je renvoie aux débats difficiles qui prévalurent lors de la création par le DIP du programme « Enseignement des Grands textes ». L’objectif initial de cet « enseignement laïque et [du]fait religieux » était, comme l'indiquait l'intitulé du projet, d’équiper les élèves pour  comprendre le fait religieux. Il a été malheureusement modifié dans le sens de cette étude de « Grands textes » dont plusieurs remontent à des civilisations et cultures bien éloignées des problèmes actuels (Sumer et autres).

Je ne pense pas qu’on ait avancé d’un pouce avec ce nouvel enseignement. Depuis longtemps, je milite pour qu’on sorte l’expression de la foi, de toute foi, de la prison de sa privatisation car la foi est aussi une manifestation politique, dans ce sens qu’elle s’inscrit également dans le corps social où vivent les croyants. Cette question du voile en est la preuve. Continuer à la nier, refuser d’y éduquer nos enfants, en rester à la triste alternative « autoriser ou interdire », voire exploiter cette problématique à fins électorales est bien dommage.

Pour qui veut lire deux textes intéressants, je renvoie à deux blog, celui de Sylvain Thévoz : Pour une laïcité curieuse et de Marie-France de Meuron : La loi contre le port du voile est-elle vraiment laïque? 

Commentaires

C'est vrai qu'on pourrait reculer d'un siècle ou deux. Et pourquoi pas plus, jusqu'à la conversion de l'empereur Constantin, qui a donné le signe de quelques siècles de persécution des incroyants, du règne de fait des théocraties, du massacre des populations indigènes dans le monde au nom du Christ et de nos bonnes vieilles guerres de religion.
Remercions les Musulmans de nous ouvrir la voie vers ce retour.

Écrit par : Mère-Grand | 17/07/2013

P.S. Que l'on m'épargne la remarque que Constantin s'était converti au Christianisme et non à l'Islam, qui n'existait pas encore.
L'évolution du Christianisme de l'époque des martyrs de leur foi jusqu'à la prise de pouvoir et à l'oppression qui en en est résultée a été lente, mais sanglante.
Celle de l'Islam semble se faire de manière quelque peu différente, mais identique quant au rôle oppresseur, liberticide et inégalitaire qu'il a joué jusqu'ici dans ses pays d'origine et qu'il prétend jouer chez nous dans l'avenir.
Vous n'y croyez pas et j'espère que vous avez raison, je le crains et j'espère pour mes descendants que j'aie tort.

Écrit par : Mère-Grand | 17/07/2013

@ pasteur Neeser

Contrairement à ce que vous avez cru comprendre en lisant l'interview de Charles Beer, ma proposition ne vise pas qu'une communauté et qu'une foi, ce qui serait pure discrimination. Je le dis clairement en m'opposant aux signes religieux ostentatoires, quelle que soit la religion concernee.

En revanche, je mise pas les croix chrétiennes, huguenotes comprises, les étoiles de David ou les mains de Fatima accrochées autour du cou des élèves, ce qui serait une atteinte a leur liberté religieuse.

Il suffit pour vous en convaincre de lire la note de mon texte qui a lancé cette proposition dans la foulée de l'arrêt du Tribunal fédéral, réclamant une base légale cantonale pour interdire en particulier le port du voile à l'école. http://pierreweiss.blog.tdg.ch/archive/2013/07/13/voile-a-l-ecole-une-loi-cantonale-est-necessaire-pour-l-inte.html

S'agissant plus particulièrement du voile islamique, je développe dans mes notes successives les raisons et les valeurs qui font que je le considère inacceptable dans les écoles publiques obligatoires de notre république. Je vous suggère de les lire et suis évidemment disposé à en discuter avec vous.

Écrit par : Pierre Weiss | 19/07/2013

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