26/09/2013

MOI JE, MOI JE - Un peuple à la dérive.

Le besoin et le désir non assouvis font partie de notre identité humaine, prétendre les supprimer est non seulement illusoire mais porteur des germes de la toute puissance au détriment de l’autre.


L’acceptation de la loi sur l’ouverture des shop sur les autoroutes révèle une dangereuse dérive. Sur le plan du travail et du respect de la vie des employé/es d’abord, comme l’analyse avec pertinence Le Courrier dans son éditorial du lundi 23 septembre : Tout acheter, tout le temps. Cette acceptation, pour anecdotique qu’elle soit dans son contenu réel, témoigne en effet d’un désir effréné de pouvoir tout acheter n’importe où et n’importe quand et ouvre la voie à de futures libéralisations commerciales tout aussi problématiques.

Mais, au-delà des prévisibles révisions des conditions de vente et d’achat, cette loi pose la question du manque et de la limite. Elle nous fait croire que pouvons toujours avoir tout ce que nous voulons et que notre vie dépend de cet accès illimité aux biens matériels. Cette prétention est mortifère et le pasteur que je suis a le devoir de mettre en garde contre cela. Non seulement cette consommation illimitée exténue la terre, mais elle offre une fausse satisfaction car la vie ne dépend pas que de pain (encore moins de saucisses !) mais aussi de l’acceptation du manque. C’est ce que proclame la bible quand elle dit que l’homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Deutéronome 8,3 et évangile de Matthieu 4,4).

La spécificité de la Parole (ici divine mais qui peut être humaine) est qu’elle instaure une relation de désir, d’attente et d’écoute, relation qu’aucun des partenaires ne maîtrise seul. Ecouter rappelle que nous ne sommes pas Le Tout, écouter Dieu rappelle que nous ne sommes pas Dieu. Le besoin et le désir non assouvis font partie de notre identité humaine, prétendre les supprimer est non seulement illusoire mais porteur des germes de la toute puissance au détriment de l’autre. Car, quand je ne pourrai être satisfait immédiatement de ce que je veux et quand je le veux (cf. ma dernière note « UDC et loi sur le travail: on se moque de vous et de votre valeur »), je n’aurai d’autre solution que de m’en prendre à ceux que je jugerai responsables de ce manque. La violence actuelle en est la triste illustration.

 

Refuser d’écouter (Dieu dans la perspective biblique, mais tout autant l’autre dans une perspective humaniste) conduit à faire taire, voire à tuer cette part fragile que je ne maîtrise pas et qui m’angoisse. La non satisfaction est une école de vie. Attendre est proche parent d’espérer, voyez l’italien aspettareDans son éditorial de la Tribune de Genève de ce jeudi 26, J.-N. Cuénod le dit avec d’autres mots, opposant le « règne de la quantité immédiatement disponible » à une « autre société basée sur l’être et la lenteur, et non plus sur l’avoir et la rapidité ».

Commentaires

merci, Daniel pour votre réflexion pertinente. Oui: le ... « règne de la quantité immédiatement disponible » à une « autre société basée sur l’être et la lenteur, et non plus sur l’avoir et la rapidité ». L'humain n'est pas fait pour "avoir tout tout de suite". Revenir au rythme naturel des choses et de la vie nous re-humanise.
Le marketing nous transforme insidieusement en machines à consommer... nous avons tous besoin de continuer et d'approfondir cette réflexion. Merci

Écrit par : cmj | 26/09/2013

Les commentaires sont fermés.