19/11/2013

La Place des Nations est nette, vide donc

P. Maudet et le Conseil d’Etat furent sous pression, la Place des Nations a été nettoyée des opposants iraniens.


Depuis des mois des opposants iraniens, membres du CNRI (Conseil national de la résistance iranienne), campent dans une tente coincée entre les arbres et l’abribus de la Place des Nations à côté de la Chaise. Ils font grève de la faim depuis 80 jours pour protester contre l’enlèvement et la séquestration des 7 personnes enlevée par les forces irakiennes au service de l’Iran dans le camp d’Achraf, ce camp attaqué une nouvelle fois, le premier septembre, par la police irakienne qui a laissé 52  morts derrière elle.

Les autorisations nécessaires à la manifestation genevoise avaient été données et une dernière prolongation accordée jusqu’au 15 novembre au vu de la visite aux USA du premier ministre irakien. On attendait effectivement que, sur ce dossier sensible, le président USA demande à son hôte des explications sur ces enlèvements et les menaces de transférer les 7 otages en Iran ce qui serait les condamner à torture et à mort. Sans résultat. L’Irak dément toujours toute implication dans l’attaque et dans cet enlèvement et continue à prétendre ne rien savoir des ces otages…

Vendredi dernier la Police est venue et, selon l’article de la Tribune «Seul un officier est passé leur rappeler leur engagement, explique Sylvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la gendarmerie. S’ils ne partent pas, nous constaterons une éventuelle infraction, ils recevront une contravention, mais il n’est pas question d’intervenir pour l’instant». Hélas, lundi matin 6h30, la Police arrive et embarque tout le matériel : tentes, éclairage, chauffages, lits etc. Les grévistes, qui passent la nuit à l'abri, n’étaient pas encore arrivés. Depuis, ils sont assis sur le trottoir, dans le froid… Certains sont malades, fortement affaiblis par leur grève, pensez 80 jours… et le porte-parole de P. Maudet de contredire son collègue : « Nous avons déjà fait preuve de souplesse, mais il y a des limites ».

Que s’est-il passé entre la promesse de la Police du 15 et lundi matin, le 18 ? Qu’est ce qui explique cette volteface ? Des pressions de Berne, des iraniens… ? Pourquoi le ministre de la Police, P. Maudet, a-t-il donné l’ordre contraire ? J’avance l’hypothèse que tant lui que le Conseil d’Etat ont reçu des injonctions fortes de Berne ou directement de Téhéran pour nettoyer la place en vue des toutes prochaines négociations (Genève 2) sur le nucléaire iranien et qu’ils n’ont pas su résister. Cela avait déjà été le cas lors de Genève 1 : les opposants avaient été priés de se faire discrets. Toutefois ils avaient pu garder leur tente et rester sur place, mais toute affiche, photo, slogan avaient du être rangés… Place nette, cela rappelle le drap pudique posé sur un nu dans une des salles de l’ONU où la délégation iranienne allait tenir séance.

On entend beaucoup parler, ces temps, de la force de la Genève internationale, de son rayonnement international et de son importance locale, de la nécessité donc de soutenir ce rôle. Cela est effectivement juste et bon. On peut comprendre que les autorités fassent tout pour que les débats où sont en jeu la vie et la paix de millions de personnes, se passent dans les meilleures conditions possibles. Dans ce sens, couvrir un nu peut se comprendre. Par contre couvrir du voile de l’inexistence des vivants, grévistes au bout de leurs force en plus, ne passe pas.

Etre siège de la Croix-Rouge, de l’ONU, du CICR oblige Genève non seulement envers ses hôtes officiels, généralement dirigeants ou membres de gouvernements en place, mais tout autant envers les opposants, quels qu’ils soient. La volteface des autorités genevoises est un signe noir adressé aux résistants et un signe de complaisance aux puissants. Le rôle de la Genève internationale est alors vidé de toute substance.

Tant le DFAE de D. Burkhalter que le DS de P. Maudet doivent apprendre à résister aux puissants et honorer les petits, il en va de ce rôle de bons offices que prétend jouer la Confédération. Etre lieu de dialogue ne signifie pas ôter la parole à une partie.

 

 

Commentaires

Un très bon article que je me suis permis de partager sur ma page Facebook.

Écrit par : Hamid | 19/11/2013

Bravo pour cette conscience eveillée de Genève

Écrit par : Behzad Naziri | 21/11/2013

Merci Daniel Neeser.
Nos autorités cantonales et celles de la Ville de Genève doivent sans délai reprendre le dialogue avec les opposants iraniens et leur trouver une place qui leur convienne pour poursuivre leur sit-in et leur grève de la faim contre les disparitions et les exactions menées par l'Irak sur les réfugiés iraniens. Ceci sous les pressions du régime de Téhéran. Ces pressions suivies d'effets à Bagdad le seraient-elles aussi à Genève où dès à présent, ces opposants se voient refuser une place où continuer pacifiquement, comme ils l'ont toujours fait, cette grève de la faim qui dure depuis plus de 80 jours et leur sit-in.Pour préserver sa tradition de haut lieu des Droits de l'Homme, les autorités genevoises sont appelées à un exercice difficile mais heureusement possible qui exige qu'elles accueillent, parfois en même temps, les puissants qui devraient être à la recherche de nouveaux équilibres mondiaux et leurs opposants qui luttent contre les violations des Droits de l'Homme commises par ces mêmes puissants. Les autorités genevoises gagneraient à affirmer clairement cette position claire qui consoliderait la réputation de la Genève internationale.

Berthier et Christiane Perregaux

Écrit par : Christiane et Berthier Perregaux | 22/11/2013

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