11/12/2013

Cé qu'è lainô ou la distorsion d’une prière - Rappel et appel à la retenue spirituelle et politique.

Le MCG tend à faire du Cé qu'è lainô son hymne. Je doute que ce soit légitime. Pour l’aider à revoir sa position, je lui rappelle deux ou trois points.


Ce chant est d’abord une prière de louange adressée à Dieu. Lorsque vous entonnez de vos mâles voix ces strophes, du moins la première et la dernière, les plus chantées, c’est à Dieu que vous vous adressez et de Lui que vous parlez. Voici ces strophes avec leur traduction :

La première :

Cé qu'è lainô, le Maitre dé bataille,
Que se moqué et se ri dé canaille,
A bin fai vi, pè on desande nai,
Qu'il étivé patron dé Genevoi.

Celui (Dieu) qui est en haut, le Maître des batailles,
Qui se moque et se rit des canailles
A bien fait voir, par une nuit de samedi,
Qu'il était patron des Genevois.

et la dernière :

Dedian sa man il y tin la victoire,
A lui solet en démure la gloire.
A to zamai son Sain Non sai begni!
Amen, amen, ainsi, ainsi soit-y!

Dedans sa main Il (Dieu) y tient la victoire,
A Lui seul en demeure la gloire.
A tout jamais son Saint Nom soit béni,
Amen, amen, ainsi, ainsi soit-il!

Ce chant, dont « la musique emprunte sa noblesse aux psaumes protestants du 16e siècle » selon la Compagnie de 1602, proclame donc que c’est Dieu qui a donné le succès et que les hommes n’ont été que ses humbles serviteurs. Même s’il a beaucoup de strophes populaires voire violentes, ce chant est une prière pour dire que nous devons tout à Dieu. Tel fut aussi le sens du culte qui, sous la houlette de Théodore de Bèze, rassembla les Genevois à St Pierre le lendemain de l’Escalade. A Dieu seul la gloire, comme le proclame fièrement la dernière strophe, et à aucun homme, ni Eglise ni parti.

Ainsi, je doute donc qu’il vous soit possible de chanter cette louange à Dieu comme si c’était Lui qui vous avait donnée telle victoire, par exemple l’élection d’un des vôtres au Grand Conseil. Ne prétendez-vous pas prendre la place du Patron des Genevois et faire, vous, le salut de Genève ?

A moins que j’ignore la  profondeur de votre foi, je trouve que c’est une drôle de manière que de s’accommoder avec les textes et de les mettre au service d’un projet politique dont je ne suis pas sûr qu’il ait le sceau du Maître des batailles.

Ensuite je précise que plusieurs, peut-être même la majorité des vaillants genevois qui défendirent leur cité au prix de leur vie étaient d’origine étrangère, souvent de France voisine :

Jean Canal (Seigneur Syndic) de Collonges sous Salève, Jean Vandel de Septmoncel dans le Jura, Nicolas Bogueret de Langres, Pierre Cabriol du Piémont, Jean Guignet de Gex, Marc Cambiago de Crémone, Louis Gallatin d’Arlod sur Bellegarde, Jean-Jacques Mercier de St Claude, Philippe Poteau des Flandres, Martin De Bolo de Cruseilles, Jacques Billon de Neuchâtel. Si mon compte est bon cela fait 11 sur 18. Puis-je rajouter que Dame Royaume venait aussi de France voisine…

Pour un parti qui stigmatise les frontaliers et autres étrangers, je trouve étonnant l’emploi de ce chant et de cette commémoration pour célébrer ses victoires.

Enfin, et c’est le pasteur qui ressort, je condamne tout exploitation de Dieu pour justifier, célébrer ou annoncer une victoire guerrière sur d’autres humains. Nous ne sommes plus au 17e siècle. Je condamne tout autant toute prière ou référence à Dieu qui promeut la violence et la haine. Laissons ce rôle triste et dangereux aux fanatiques. Mais si, comme le dit votre Secrétaire général, personne n’a la propriété de ce chant, continuez donc à chanter le Seigneur de la vie, mais ne confisquez pas le Cé qu'è lainô et permettez à d’autres de le chanter sans aucune gêne avec vous.

Commentaires

On ne saurait mieux dire: "je condamne tout exploitation de Dieu pour justifier, célébrer ou annoncer une victoire guerrière sur d’autres humains. Nous ne sommes plus au 17e siècle. Je condamne tout autant toute prière ou référence à Dieu qui promeut la violence et la haine. Laissons ce rôle triste et dangereux aux fanatiques."

Mais alors, que doit-on faire de l'Ancien Testament, qui est justement truffé de l'exploitation de "Dieu" pour célébrer ou annoncer des victoires guerrières sur d'autres êtres humains, et de prières et références à un "Dieu" plein de violence voire de haine?

Meilleures salutations

Écrit par : Antoine Bachmann | 16/12/2013

La question de A. Bachmann est importante. Sans en faire le tour je dirais que l'Ancien Testament est un livre très humain, où se reflètent toutes les histoires des humains, haine et amour, violence et construction, guerres donc aussi avec le fait, problématique, que tout soldat va en guerre avec sa foi et son Dieu et peut aller jusqu'à "exploiter" Dieu pour justifier son combat. L'Histoire jusqu'à nos jours est remplie de cela. Mais ce même livre est aussi témoin de la grandeur des humains, de leur compassion, de leur fidélité et de leurs combats spirituels.
Dans le Nouveau Testament, Jésus a pris parti pour la fragilité humaine jusqu'à en mourir crucifié, fragilité ou "péché" dans le sens de ce que l'homme rate, n'arrive pas à faire ou fait le contraire de ce qu'il voudrait.
Votre question touche au mystère de la présence du mal et de la liberté responsable de l'humain...

Écrit par : Daniel Neeser | 16/12/2013

Merci.
J'avoue que je ne vois pas bien l'intérêt d'un livre "humain" si cette "humanité" doit inclure scène après scène de massacre des populations y compris des enfants, viol systématique des vierges ("prises pour épouses"), sans parler d'épisodes comme David collectant des prépuces sur des cadavres d'ennemis pour obtenir la main de la fille du roi et donc le pouvoir. Sans parler d'autres épisodes où on offre ses filles vierges pour un viol collectif parce que les hommes vaudraient tellement mieux. Ou encore du fils glorifié parce qu'il a roulé son aîné et son père...
Et je vois encore moins l'intérêt de divers passages ridicules - comme quand Moïse, après avoir sauvé un couple de chaque espèce grâce à l'arche, offre aussitôt après en sacrifice un de chaque espèce permise...
Et je vois encore encore moins l'intérêt de passages où la valeur de la femme varie entre 50 pour cent et 66 pour cent de celle de l'homme en fonction de son âge; ou où les handicapés sont interdits de s'approcher de l'autel; ou où les enfants illégitimes sont interdits de temple...
Enfin je vois encore encore encore moins l'intérêt de tous les massacres attribués à Dieu, qu'il s'agisse de "petits" massacres quand il envoie des ours tuer 42 enfants s'étant moqués de la calvitie d'un prophète, ou de grands massacres quand il tue disons 100'000 premiers-nés d'Egypte, ou 70'000 Hébreux après que David a voulu en faire le recensement.

Si l'on excuse d'être "humain" tout livre présentant ce degré de violence, alors cela devient dangereux parce que l'on pourrait excuser à peu près tout et n'importe-quoi, y compris les textes et même génocides les plus abjects. Il y aurait peut-être juste des réalités terribles, comme les 200'000 viols d'enfants annuels en Afrique du Sud, ou le cannibalisme de partie du corps opéré devant leur propriétaire sur qui on vient de les prélever, comme en RDC, qui iraient plus loin dans l'horreur...

Il me semble bizarre de vous lire vous attaquant un jour à celui-ci, un jour à celui-là, comme vous le faites dans ce blog, alors que par métier vous avez sous le bras un livre contenant autant d'épisodes monstrueux que celui-ci. Qu'on le lise pour son intérêt sociologique, d'accord. Mais pas comme livre religieux. Pas quand il existe des ouvrages comme le Bhagavad Gita.

Écrit par : Antoine Bachmann | 19/12/2013

Sans entrer dans une polémique stérile sur le caractère religieux ou non de l'Ancien testament (pour ma pat je ne vois pas ce que ce terme vient faire ici), je relève simplement que votre critique, que je comprends, pose la question de votre manière de lire ce livre: apparemment sans distance historique et sans prendre en compte les valeurs culturelles, sociales, anthropologiques des multiples époques auxquelles ces pages ont été rédigées. De plus personne n'a à "excuser" ces textes ni leurs auteurs, mais bien à découvrir ce qu'ils disent et peuvent apprendre pour aujourd'hui.

Écrit par : Daniel Neeser | 22/12/2013

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