22/12/2013

NOËL : MYSTERE ETERNEL ET EVENEMENT HISTORIQUE

L’évangéliste Luc écrit : « Or en ce temps-là parut un décret de César Auguste ordonnant le recensement de toute la terre. Ce premier recensement eut lieu à l’époque où Quirinius était gouverneur de Syrie ». Pourrions-nous écrire ces textes ainsi : Au temps des président Obama et Poutine, des Conseillers et Conseillères fédéraux Burkhalter, Sommaruga ou Leuthard parut un décret ordonnant... ? 


Je tiens à rendre attentif à ces Noël progressivement exclus du champ historique, donc politique, ces Noëls enjolivés, devenus imagerie, mignons et fades.

Car l’enjeu de Noël est l’espérance, celle de Dieu en ce monde et de ce monde en Dieu. Noël est une décision de Dieu et sa décision est de s’incarner, donc de prendre corps, à une époque particulière et en un temps particulier mais pas fondamentalement différents des nôtres.

Oui, il n’y a qu’un Noël, celui de la naissance du Fils unique, à une époque précise, mais l’événement que nous commémorons année après année est une semence plantée dans ce monde. Il porte du fruit et, selon la promesse de son auteur, doit en porter aujourd’hui encore. En ce sens Noël est de toujours, cet événement a une portée avant et après son avènement.

Romanos le Mélode, poète d’origine juive de la fin du 5è siècle, a bien saisi cette dimension atemporelle de l’incarnation de Jésus. Dans une hymne splendide il acclame ainsi l’enfant de la crèche: « Toi le petit enfant, Dieu d’avant les siècles ». La première strophe de son chant dit ceci : « Aujourd’hui la Vierge met au monde l’Etre supra-substantiel et la terre offre une grotte à l’Inaccessible. Les anges avec les bergers chantent sa  gloire, les mages avec l’étoile vont leur chemin : car c’est pour nous qu’est né, petit enfant, le Dieu d’avant les siècles. »

Ce théologien exprime le mystère que nous célébrons à Noël et à Pâques : Dieu homme, du début jusqu’au bout, tout l’un et tout l’autre, sans confusion ni amoindrissement. A Noël Dieu se fait sujet de ce qu’il crée, s’incarne dans sa créature pour y vivre à travers elle la vie humaine de son début à sa fin, avec ses grandeurs, ses joies, ses réalisations comme avec sa finitude, ses faiblesses et ses échecs.

L’évangéliste Luc que j’ai paraphrasé, n’est pas qu’un témoin voulant faire œuvre de chroniqueur. Les références historiques qui structurent son récit sont l’indice de ce qui fonde la foi chrétienne : le seul Dieu qui ait un sens est celui qui rompt définitivement avec toutes les divinités célestes, projections des fantasmes humains ; celui qui brise les panthéons de ces dieux courroucés à satisfaire par d’humaines offrandes, ou capricieux et à séduire par d’humains sacrifices, ou encore blessés et vengés dans des théodicées et des guerres sans fin.

Ce paradoxe d’un dieu qui rompt avec tous les attributs divins, immortalité, superpuissance, insensibilité, impassibilité, jugement absolu est le paradoxe de la foi chrétienne : il n’y a pas d’autre Dieu que Celui qui s’est fait homme et se livre, pas d’autre Immortel que Celui qui meurt à Pâques. Tous les autres ne sont qu’idoles, faux dieux, usurpateurs, mortellement dangereux parce qu’ils sont investis par les désirs humains de puissance et de domination.

Ni César Auguste ou Tibère, ni Barak Obama, Poutine ou nos Conseillers fédéraux n’ont été choisis par Dieu, mais les uns comme les autres sont convoqués à venir à la crèche s’inspirer de l’enfant, Dieu d’avant les siècles et s’interroger sur l’usage qu’ils font de leurs pouvoirs. Cela, parce que l’enjeu de Noël est la vie de toutes et tous et l’espérance dans ce monde.

Commentaires

Il semble que l'on ait oublié la parole évangélique qui nous invite simplement à aimer Dieu de tout notre coeur, nos forces, et par dessus toutes choses et notre prochain comme nous-même, d'une part, de l'autre, que ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur! Seigneur! qui entreront dans le Royaume des cieux mais ceux qui font la volonté de celui qui envoya J. de Nzareth... Depuis 2000 ans que de complications, complications complications, ou complications alibis, calculs, visées, etc.?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 22/12/2013

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