21/01/2014

Remboursement de l’interruption de grossesse

Pourquoi cette initiative est-elle mauvaise ? Parce qu’elle cache son opposition à toute IVG, qu’elle le fait en ne parlant que d’argent et prétend qu’un avortement est une affaire privée.


Un objectif caché

A cause du manque de clarté des initiants le débat est biaisé : on peut être opposé à l’avortement mais en même temps refuser cette initiative, comme le dit très clairement Mgr Morerod dont je salue le courage (la Tribune du 21 janvier). Mais le débat est impossible, difficilement honnête.

L’argent, maître mot

L’avortement n’est pas d’abord une question d’argent, mais une question de détresse (je note avec effroi que le viol n’est même pas reconnu expressément dans la loi comme une des « rares exceptions »). S’attaquer de cette manière à la décision de dépénaliser l‘avortement prise il y a moins de 12 ans par le peuple suisse (à plus de 70%) et le faire par le biais des sous est inacceptable.  

L’avortement n’est pas un acte privé

Quelle horreur que cette assertion affichée partout. Une IVG touche à la vie, à l’avenir et à la responsabilité d’une femme et d’un homme et de leurs familles. Naître, se marier, mourir, mettre au monde comme s’y refuser sont des actes sociaux. Comme le dit la FEPS dans son communiqué contre cette initiative : « Si une société veut que les femmes mettent au monde des enfants, elle doit faire en sorte que la grossesse ne soit pas ressentie par les femmes comme une cause de détresse existentielle. C’est en ouvrant des perspectives et non en infligeant des sanctions que l’on peut empêcher les avortements ». http://www.kirchenbund.ch/fr/communiques-fr/2014/l-avortement-n-est-pas-une-affaire-privée 

Si cette initiative passe, seul-e-s les riches pourront « se payer un avortement ». Veut-on retourner à l’époque du sinistre tourisme et des « faiseuses d’anges »? Une fois de plus les pauvres et les plus fragiles trinqueront. 

La solidarité

Un autre argument nous est présenté : « le refus d’être obligé de cofinancer des avortements contre ses convictions éthiques et morales » (P. Föhn, UDC). Mais alors quid de l’obligation de financer l’armée et ses achats moralement inconsidérés comme ses ventes éthiquement problématiques ? Ici sont en jeu le respect de décisions qui ne plaisent pas, la vie en société et la démocratie qui veut que, si le peuple n’a pas nécessairement toujours raison, il a le pouvoir suprême. Oui, M Föhn, vivre ensemble implique aussi de cautionner des actes que je n’approuve pas !


Interdire l’IVG avec de tels arguments fait preuve d’un mépris total des personnes touchées par cette possible et douloureuse décision. Ne revenons pas en arrière !

Commentaires

Merci Cher Monsieur Neeser pour votre article qui réjouira le cœur de nombreux citoyens s'imaginant avoir été pigeonnés.Je parle de ceux qui avaient déjà voté pour ce sujet et qui se demandent tous à quel jeu jouent certains politiciens
Avec mes meilleurs vœux pour 2014 au cas ou je vous aurais oublié

Écrit par : lovsmeralda | 21/01/2014

Vous avez raison : allons de l'avant, et cessons de parler de "liberté" de la femme. Un concept écran de fumée qui cache la détresse de tant d'entre elles, et surtout, leur absence totale de liberté dans ce choix.
Et permettons l'objection de conscience de ceux qui n'en veulent pas, soignants et aides-soignants.

Écrit par : MM | 23/01/2014

Il y a aussi d’autres choix que d’avorter : l’adoption, familles d’accueil et pensionnant (c’est mon mari) ou simplement la solidarité familiale (c’est mon cousin) et je peux vous dire que dans ma famille il n’y a aucun regret ! ATTENTION ! « Malheur à toi qui déclare bien ce qui est mal » dit la Bible.
Cette initiative est bien parce que ceux qui sont d’accord avec l’avortement prendront une assurance privée et les autres ne remboursent pas les avortements des autres ! Mais il faut prévoir (comme le moyen contraceptif aussi !) On fait comme en Autriche, Texas et autres états…BRAVO POUR CETTE INITIATIVE

Écrit par : SRG | 23/01/2014

@SRG La Bible, comme le Coran, comme la Torah ont leur place à la maison, dans une armoire ou dans toutes les pièces, ça ne regarde personne. Respectez-vous et respectez les autres en laissant la religion de côté. Si vous n'avez pas d'arguments, il faudrait mieux que vous ne votiez pas.

D'autres personnes, d'autres avis, d'autres confessions, pas de confessions du tout parfois; vivre ensemble c'est respecter autrui, et ne pas imposer sa vision aux autres. Si vous n'aimez pas l'avortement, ne le faites pas. Moi, je n'aime pas les jupes roses, c'est pas pour autant que j'empêche les autres d'en porter, vous comprenez?
L'avortement, c'est pareil.

On commence a faire des cas de conscience fomentés par des groupes arriérés qui déposent une initiative, et tout d'un coup toute une part de la société peu-pensante se permet de prendre part à un débat qui la dépasse totalement, et en portée, et en conséquences.

Vous êtes manifestement contre l'avortement, bien, je le suis aussi, tout le monde l'est. TOUT le monde. Vous pensez que les gens avortent par plaisir? Mon dieu, quelle naïveté. L'avortement c'est une souffrance pour tout le monde. Voyez-vous je ne suis même pas une femme, mais si vous réfléchissez deux secondes, vous verrez qu'on n'avorte pas comme on achète une brique de lait.

De la même façon, personne ne va crier de bonheur en se rendant à sa chimiothérapie, pourtant... les fumeurs, ils l'ont bien cherché non?! Ouille, ça titille, ça fait mal cette dernière phrase. C'est normal, elle est à vomir de dégoût. Un peu comme votre commentaire: (je me permets une légère paraphrase) "au pire y'a l'adoption hein, elle a qu'à assumer ses 9 mois de grossesse, déjà qu'elle a pas fait attention à sa contraception, pfff et elle était sûrement bourrée"

Qu'il soit clair pour tous que cette initiative ne prévoit pas d'exceptions. Si demain une étudiante de 20 ans à l'université se fait violer, elle ne pourra pas avorter. Parce que des gens comme VOUS, auront décidé que c'est à elle d'assumer ce qu'on lui a fait. Alors soit elle trouve l'argent pour payer son intervention... soit elle donne suite à la grossesse. Le père? Son violeur. Oui, avec une initiative comme celle que vous défendez, ce genre d'histoire a plus de chances de se produire.

Sans parler de viol, une grossesse non désirée, ça arrive très vite, trop vite, pour tout ceux qui l'ont vécu. Si vous pensez que vous êtes différents de ces personnes, vous êtes bien présomptueux; vous pensez: "ça n'arrive qu'aux autres" On est toujours "l'autre" pour les autres. Demain, ça pourrait être vous.

A tout ceux qui parlent de problèmes d'argent, attaquez-vous aux caisses maladies qui s'en mettent plein les poches, et arrêtez d'attaquer ceux qui sont plus vulnérables que vous. Et renseignez vous un petit peu, y'en a pas des masses d'avortements...

Vous n'aimez pas l'avortement? N'en faites pas.

Écrit par : Fou | 24/01/2014

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