12/04/2014

Pâques, naître, vieillir et ressusciter

Je crois la résurrection des morts, proclame le crédo de l’Eglise. Christ est en vie, la mort a cru le prendre, elle a dû le rendre, Alléluia! chantons-nous à Pâques. Ò mort, où est ta victoire ? interroge, provocateur, St Paul... 


Pâques arrive où nous réentendrons l’affirmation centrale de la foi chrétienne : Si nous croyons que Jésus est mort et qu'il est ressuscité, croyons aussi que Dieu conduira par Jésus et avec lui ceux qui sont morts (…) ainsi nous serons toujours avec le Seigneur (lettre de St Paul aux Thessaloniciens). Et dans sa première lettre aux Corinthiens l’apôtre écrit encore : Si l'on proclame que Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns disent-ils qu'il n'y a pas de résurrection des morts? S'il n'y en a pas, Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vaine, et votre foi aussi.

Il est vrai qu’aujourd’hui il est difficile de croire à la résurrection de la chair, du corps. Quand on voit le vieillissement de nos corps, la charge que cela représente souvent, on peut comprendre que leur résurrection ne soit pas une promesse qui fasse envie, cela d’autant plus dans notre société qui porte aux nues le corps jeune et en est fascinée...

Pourtant cette promesse fait partie de notre foi et de sa proclamation. Elle en est le cœur. On ne peut donc pas l’évacuer simplement parce que « ça ne passe plus ». Sinon alors, Christ n’est pas ressuscité !...

Pour comprendre aujourd’hui la résurrection, il nous faut remonter à l’origine hébraïque des termes et passer outre des siècles d’une philosophie qui opposa corps (ou chair) et esprit (ou souffle), faisant de l’un le réceptacle malheureusement nécessaire à l’autre. L’esprit serait alors emprisonné dans la chair dont il doit, à tout prix, se libérer.

Rien de cela dans la tradition biblique ! Esprit et corps sont des dons de Dieu : Dieu modela l’homme avec la poussière prise du sol et insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant (la Genèse). Souffle et poussière, chair et esprit sont choisis par Dieu pour façonner ce que nous sommes. Dès le départ l’un et l’autre sont associés, nommés et bénis par le Créateur. Voilà notre départ dans la vie, notre naissance : un corps animé, une incarnation, faite de chair et de souffle, de pesanteur et de liberté. Les deux viennent de Dieu, l’un n’a pas plus de valeur que l’autre.

A l’autre bout de la vie vient la mort. Le lien originel entre vie et matière se défait, quelque chose se disloque, mais le lien de Dieu, donné à notre départ et qui nous a faits tels que nous sommes, cette alliance entre chair et esprit demeure, car ce que Dieu donne, qui pourrait nous l’ôter? Rien, ni la mort, ni les puissances d’en haut ou celles d’en bas, ni les forces du monde, ni le présent ni l’avenir, non rien, j’en ai l’assurance, ne peut me séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus s’écrie St Paul (lettre aux Romains).

Ainsi d’incarnés à la naissance nous passons à la «désincarnation» par la mort mais demeurons dans le lien de Dieu. C’est une grâce dont la manifestation pleine, visible et consciente nous sera donnée à la Résurrection, la Grande.

Voici deux images pour dire ce lien qui, brisé, demeure et nous est promis.

Le violon et l'archet

Comme le corps et le souffle, il y a le violon et l’archet. Pas de musique, pas de mélodie qui ne s’envole dans le ciel sans l’union des deux et les deux sont d’égale importance pour que la mélodie soit belle. A la mort, il y a cassure, séparation ; l’harmonie est rompue, puisque le lien entre violon et archet n’est plus; mais violon et archet seront remis entre les mains du Divin Musicien qui les conservera, comme il garde la mémoire des sons et des mélodies issues de chaque instrument. Au soir du Grand Repas, l’harmonie sera reconstruite, par pure grâce ; alors s’élèvera à nouveau la mélodie de l’archet sur l’instrument.

L’arc et de la flèche

Autre image, celle de l’arc et de la flèche. Sans les deux, pas de but atteint. Leur union, dans la main tendue de l’archer, fait la force et la trajectoire. A la mort, le lien entre arc et flèche est brisé ; la force n’est plus, quelque chose est rompu ; arc et flèche sont alors remis entre les mains du Grand Archer, dans sa mystérieuse et immense mémoire. Au jour du Grand Retour, il rendra la flèche à l’arc et le but sera à nouveau atteint.

 

Oui, croire à notre résurrection, c’est croire que l’alliance que Dieu a scellée en nous à notre naissance demeure au-delà de la mort ; croire qu’au moment de notre dernière fracture sur la terre, notre mort – bien réelle et vraie – , ce lien de Dieu en nous, qu’on l’appelle âme, esprit ou souffle, est recueilli dans la bienheureuse et paisible mémoire de Dieu, mis en attente, jusqu’au jour du Face à Face où il sera à nouveau manifeste.

Commentaires

merci de ce très encourageant billet dominical!

Écrit par : cmj | 12/04/2014

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