10/06/2014

Après les visages du 70è anniversaire du débarquement en Normandie - Le soldat cagoulé ?

Le célèbre penseur von Clausewitz (1780-1831) a déclaré que la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens. Position que Michel Foucault (1926-1984) renversera : c’est la politique qui est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Ce qui semble être (avoir été?) la position de l'Europe après les boucheries de 14-18 et 39-45.


Hélas les dernières guerres montrent une "évolution" dangereuse : des soldats en cagoules, au visage caché, des sortes de zombies. C'est tout le contraire d'une guerre "humaine" pour autant qu'elle puisse l'être. Je relève à ce propos l'exposition provocatrice au Musée Rath de Genève sur le CICR : Humaniser la guerre ? (jusqu'au 20 juillet).

Les récents reportages sur le débarquement de Normandie furent éloquents sur ce point: des visages, beaucoup de visages, la plupart juvéniles, voire enfantins, certains graves, d'autres tendus, d'autres encore rieurs, mais qu'ils étaient réels ces soldats-là, les nazis aussi ! Tout le contraire de la guerre en Ukraine et de l'invasion de la Crimée : de nombreux témoignages ont en effet relevé que les "soldats" portaient des cagoules et que leurs uniformes avaient été soigneusement anonymisés. 

Est-ce encore la guerre quand il n'y a "personne" en face de soi, pas de visage humain mais une cagoule? Cela repose la question du droit de la guerre et de ses règles. Car oui, la guerre peut, doit répondre à des lois et des codes. Cela s'appelait par exemple le code de chevalerie il y a quelques siècles, cela s'appelle aujourd'hui le droit de la guerre qui stipule que les soldats doivent être identifiables ainsi que leur incorporation (Conventions de Genève de 1949 et Protocoles de 1977)

Sans visage, sans identité le soldat n'existe pas d'une certaine manière puis qu'il s'appelle personne (Cf. la ruse d'Ulysse contre le cyclope). Comment alors réagir devant un non-existant qui, pourtant va vous tuer? Comment, après, exercer ce fameux devoir de mémoire dont on nous rabâche les oreilles, si personne ne nous a blessé, spolié, violé? Comment permettre la reconnaissance du mal subi quand on ne peut pas voir le visage agresseur, comment demander justice plus tard ? Ce sera, certes, une pauvres justice, mais quand même une forme de reconnaissance des souffrances subies et des responsabilités. Le droit de la guerre protège également le soldat mais, uniquement s'il est identifiable.

La généralisation de la cagoule militaire inaugure-t-elle une dépravation de plus des conflits et le refus de tout droit, même de la guerre ?

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