24/06/2014

La mafia, le pape François et les protestants de Palerme

« Les mafieux ne sont pas en communion avec Dieu, ils sont excommuniés », déclare le pape François. Enfin une parole claire sur la mafia. Elle me rappelle celle prononcée en 1992 par l’Eglise protestante de Palerme, chef-lieu de la Sicile.


Nous sommes en pleine recrudescence de la violence mafieuse en Italie. Giuseppe La Torre, pasteur de la Chiesa Evangelica Valdese (principale Eglise protestante d’Italie) arrive à Palerme. Sicilien, il secoue sa paroisse de sa torpeur et rédige une confession de foi. A partir des Rameaux 1992, l'assemblée paroissiale décide de la prononcer tous les dimanches. Un mois après eut lieu le massacre de Capaci (bourg de la province de Palerme où le juge Falcone est assassiné).

Voici quelques extraits de cette Confession de Palerme:

« Nous croyons au Dieu dont nous a parlé Jésus de Nazareth (…) Avec Lui nous voulons résister à la seule logique qui soit actuellement possible : avoir peur ou faire peur, frapper ou être frappé (…) Avec Lui, nous voulons résister aux maîtres de la mort et nous croyons qu’il n’existe pas que le choix ‘nous ou les autres’, mais qu’il est possible de résister au mal et d’anéantir la mafia, de ne pas payer le ‘pizzo’ à la prévarication et à la mort (…) Par Lui, nous condamnons ceux qui versent le sang et font la justice par eux-mêmes et accusons de culpabilité quiconque use de violence, quiconque corrompt et quiconque se laisse corrompre. Avec Lui,  nous voulons résister aux justiciers de la mort, et nous croyons qu’il n’y a pas que le choix entre l’omerta ou la mort mais qu’il est possible de résister à la peur des chantages et au défi des ‘lupara’ (les armes à feu en langage mafieux)»

Cette confession trouve ses racines dans la résistance clairement affichée par les protestants palermitains : en 1963 déjà, suite à un autre massacre perpétré par la mafia, les fidèles de Ciaculli (quartier de Palerme) affichent sur les murs de la ville un manifeste appelant « au respect de la loi de Dieu qui ordonne de ne pas tuer ».

Pour l’Eglise catholique, malgré les prises de positions courageuses de la Conférence épiscopale sicilienne (entre 1973 et 1982), celle du cardinal Pappalardo (1980 et 1982, assassinat du préfet Della Chiesa) puis du pape Jean-Paul II en Sicile en 1983 et 1993 et de son successeur en 2010, cette position pontificale rompt avec l’ambiguïté et les compromissions qui ont prévalu pendant trop d’années, cf. la position de Paul VI et du cardinal palermitain Ruffini qui jugea cette déclaration de « ridicule tentative de spéculation protestante ».

Un acte donc fort et évangélique du pape : il n’y a pas de communion dans l’Eglise pour qui exploite la mort et la peur. Comme les protestants de Palerme en 1992, le pape François nous pose la question de notre vigilance et de notre volonté de résister aux corruptions actuelles et celle de notre formation pour y arriver. A l'heure de la prolifération du langage des armes, de la menace et de la peur il est bon de dresser l'oreille et d'écouter ces appels.

 

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Écrit par : Géo | 25/06/2014

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