29/07/2014

A propos de la fête nationale

« Au Ciel montent plus joyeux, les accents émus d'un cœur pieux » proclame l’hymne national suisse, « Tu m’as dit d’aimer et j’obéis, mon Dieu protège mon pays » supplie la prière patriotique. Pouvons-nous encore chanter ainsi et invoquer Dieu le jour de la fête nationale ?


A une époque où les mouvements de populations inquiètent, où la notion de frontière se dilue ou s’exacerbe et où se modifie par conséquent le sens de patrie, où ce terme même est investi d’enjeux politiques problématiques, la célébration de notre fête nationale est l’occasion de nous mettre à l’écoute de l’enseignement biblique sur le don de la terre et le sens de la célébration de la patrie. Car la Bible est riche d’enseignements.

 LES QUATRE COULEURS DE NOTRE PATRIE

            Quoi de plus légitime que de posséder une terre, de prétendre pour le moins d’avoir le droit d’y vivre, d’y fonder famille et d’y prospérer. Dans la Bible aussi la terre, qu’elle soit promise, donnée ou sainte, rejetée ou étrangère, est un thème central, lié à l’histoire de tout peuple et, bien sûr, à celle d’Israël. On trouve ce thème dans l’Ancien Testament : la promesse d’un pays que Dieu fait à Abraham, l’un des textes-clé du statut de la terre, de sa propriété, de son partage et de ses limites et dans le Nouveau Testament : les images de la vigne bien ou mal cultivée, la parabole du retour de l’intendant qui vérifie si les gérants du domaine l’ont fait fructifier ou celle du fils prodigue qui rentre au pays.

C’est dans ce récit de la promesse d’un pays que Dieu fait à Abraham (livre de la Genèse, ch. 12) que je trouve les quatre couleurs de la terre qui nous est donnée. Ce texte nous dit que Dieu promet et donne un pays au patriarche  et à sa descendance. La terre est donc un don et ce, dès sa création. Ni Abraham ni nous ne l’avons faite ! Nous la recevons. C’est ce qu’affirment avec force les trois premiers chapitres de la Genèse, les textes de la création. Ils nous informent que c’est Dieu, et lui seul, qui créa terre et ciel, animaux et êtres humains, lunes, étoiles et soleils et qu’il donne tout cela à l’humanité. Aucun ne nous dit qu’il réserva un lieu pour un peuple. Si Adam est père des humains, il n’est ni hindou, juif, chrétien ou musulman. Sa création et sa bénédiction, Dieu les donne à l’humanité, pas à un seul peuple. Nous venons toujours après un don. Donnée, telle est la première couleur de notre patrie.

Reprenons le récit d’Abraham : il est arrivé dans le pays promis mais voilà que cette terre est habitée : « Abraham traversa le pays jusqu’au lieu dit Sichem, au chêne de Moré. Les Cananéens étaient alors dans ce pays »… Il y a comme un problème ! Le pays promis est déjà habité ! La terre promise n’est donc pas vide, il y a du monde ! Le pays promis par Dieu a déjà une histoire quand le peuple élu y arrive… Quelle actualité dans ce récit, quelle provocation que de le relire ces jours !...

Cette libre générosité divine peut nous sembler injuste, incompréhensible, mais il en est ainsi, nous ne sommes pas les créateurs du monde, nous n’en sommes pas non plus les propriétaires. Personne ne peut s’approprier, acheter ou vendre légitimement une terre car il n’y eut jamais de premier propriétaire. Il n’y a pas, non plus, de terre vierge, dans le sens qui serait mise à notre disposition comme si nous pouvions en faire ce que nous voulons et décider de son habitation. La pose d’une borne fut et demeure toujours un acte de violence, -même s’il est indispensable- et le partage est une nécessité et non une option. C’est la deuxième couleur de notre rapport à la terre. Car de partage, il va en être question et de deux manières. Nous avons relevé la première : les Cananéens qui habitent le pays et le clan d’Abraham qui y arrive.

La seconde est l’autre surprise du texte. Au verset 10 nous lisons qu’il y eut une sévère famine dans ce pays qui contraignit Abraham à descendre en Egypte pour y trouver à manger. Voilà que la Terre promise ne répond pas aux besoins de ceux à qui elle est promise ! La terre promise n’est pas le Paradis. Le manque est là. Avec le don, le manque est la troisième couleur de notre condition d’habitants du monde. Cette couleur est complémentaire de celle du partage : je dois partager ma terre avec d’autres et d’autres devront la partager avec moi car les deux avons besoin des autres, n’avons pas tout et pouvons manquer.

Cependant, le monde ayant été créé par Dieu et confié à l’humanité, nous ne sommes pas à l’origine de ses limites, ni coupables de ses lacunes mais responsables de ce que nous en faisons. Corollaire de cela : la confiance, quatrième couleur. Si nous acceptons que cette terre vient de Dieu, nous acquérons une liberté plus grande, une forme de légèreté : nous pouvons avoir confiance en l’acte divin créateur et distributeur. Cette terre que Dieu donne est bonne, ce cadeau est bon puisqu’il vient de lui. Voyez le « et Dieu vit que cela était bon » dans le poème de la création (premier chapitre de la Genèse) : comment ce qui est bon, adéquat à la parole de Dieu, pourrait-il disparaître ?

 C’est avec ces quatre couleurs, don, partage, manque et confiance, que la question du rapport à la terre doit être pensée.

DIEU, LA PATRIE ET LA FOI BIBLIQUE

Quelle est alors notre patrie ? Sur le plan politique, c’est la Suisse pour plusieurs d’entre nous, une autre nation pour d’autres, mais toujours avec ces quatre couleurs : don, partage, manque et confiance. Sur le plan de la foi des chrétiens, il en va autrement. Notre patrie c’est la Parole de Dieu, lieu de la bénédiction (la première parole divine jamais adressée à l’humain), terre qui ne périra jamais, qui toujours nous accueillera. Cette patrie est celle ouverte par Dieu en son Fils, sa Parole venue sur terre comme l’annoncent ces versets de l’évangile de Jean : Et la parole a été faite chaire et elle a habité parmi nous.

L’Eglise n’a pas pour mission de délimiter un espace sacré, aussi beau ou spirituel soit-il, ni de l’établir, mais d’annoncer que l’histoire de ce monde est marquée par la joie et le salut de Dieu. Nous n’avons pas d’autre terre sainte que cette Parole, ni St Pierre de Genève ou de Rome, ni le Grütli ou le Cervin, ni la Mecque ou Lhassa… Il n’y a pas de terre sainte, seule l’humanité peut être reconnue comme sainte puisqu’elle fut créée à l’image de Dieu et qu’à elle Dieu lui confia sa Parole et sa Création.

Commentaires

très beau message cependant beaucoup préfèrent le chant de la Landsgemeinde beaucoup plus harmonieux
Dommage qu'il n'existe pas de paroles en français du moins pas que je sache!

Écrit par : lovsmeralda | 29/07/2014

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