08/01/2015

Charlie Hebdo – de la perversion à la culture. Deux réflexions

Cet acte est la perversion de toute religion qu’elle soit chrétienne, musulmane, juive, déiste ou autre. En effet un/une croyant-e en un dieu, en des dieux, en une transcendance, signale par sa foi, par sa confiance, qu’il ne maîtrise pas son origine mais dépend d’une source dont il reçoit, entre autre, la vie. Etre religieux (étymologiquement être relié à) interdit de toucher à la source, confesse que la vie est un don qui vient de plus, de plus grand, de plus autre que moi, qu’il soit Allah, l’Eternel, Jésus, le Grand Architecte… Ne nous mettons pas à leur place ! La vie est un don, personne n’a donc de droit sur son origine, encore moins sur celle des autres. Assassiner, c’est décider que l’autre n’a pas droit à ce don.

Seconde réflexion : les communautés musulmanes de par le monde, leurs universités et leurs théologiens, leurs penseurs sont désormais, et maintenant plus que jamais, devant une immense et urgente responsabilité culturelle : celle de reconstruire une culture (culte et culture sont de la même racine !) prise au piège de ses contradictions et de sa difficulté de vivre dans un monde ouvert, pluriel, non homogène, non musulman comme il est non chrétien.

Dans sa Lettre ouverte au monde musulman écrite en octobre 2014 peu après l’assassinat d’Hervé Gourdel, le philosophe Abdennour Bidar s’écriait déjà : « Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d’enfanter un monstre qui prétend se nommer Etat islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : DAESH. Mais le pire est que je te vois te perdre – perdre ton temps et ton honneur – dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine » (https://www. Abdennour Bidar).

 Cette errance a, hélas, déjà une histoire.  N’oublions pas la première fatwa de l’Ayatollah Khomeiny en 1989 appelant à assassiner Salman Rushdie pour son livre Les Versets sataniques, publié une année auparavant. On peut penser que là gît ce que d’aucuns considèrent aujourd’hui sinon comme un ordre, du moins comme un appel et une autorisation à tuer ceux-qui- ne-croient-pas-comme-nous. C’est donc bien l’ensemble de l’Umma musulmane qui doit agir et (re)prendre le pouvoir culturel, intellectuel et théologique sur une classe politico-religieuse qui ne sait plus que faire de sa propre foi. Je cite à nouveau Abdennour Bidar : « Malgré la gravité de ta maladie, il y a en toi une multitude extraordinaire de femmes et d’hommes qui sont prêts à réformer l’islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l’humanité entretenait jusque là avec ses dieux ».

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