03/04/2015

SEPT PAROLES DU CHRIST EN CROIX - MEDITATIONS POUR LA SEMAINE SAINTE

Vendredi saint : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » : Ce qu’on veut lui ôter, Jésus le donne.


Cinquième parole pour une humanité nouvelle.

Jusqu'à son dernier souffle Jésus reste maître de sa vie et de sa parole. Quand plus rien n'est possible, le don l'est encore: Jésus remet sa vie dans les mains de son Père. Tué par les humains, il offre sa vie. Ce qu'on veut lui arracher, il le donne, librement et en abondance.

« Père, entre tes mains je remets mon esprit » dit-il d’une voix forte et sur ces mots il expire, laisse aller son ‘respire’, son esprit, son souffle, sa respiration (dans le Nouveau Testament, respirer, souffle, esprit sont identiques). C’est à Dieu comme Père que Jésus se confie. Son Père et celui de chaque être humain. Il lui rend son esprit, sa vie et l’esprit, le souffle qui l’a conduite. Il rend ce qu’il a reçu, partagé et fait féconder, l’Esprit, et s’abandonne à Dieu. Au plus profond de la douleur et de l’impuissance, la confiance est totale en celui qui a décidé, à son baptême, alors que l’Esprit Saint venait se poser sur lui de le déclarer « son fils, celui que lui, aujourd’hui, a engendré ».

En se remettant aux mains du Père, Jésus lui offre toute la vie, la sienne et celle de ceux que le Père lui a confiés, cette humanité qu’il aime tant. La Pâques est une Genèse, une recréation. Toutes vies sur cette terre et dans ce cosmos ont le don et la bénédiction à leur origine.

Mais il y a le silence, le grand silence du Vendredi de la Croix jusqu’au Dimanche de la Résurrection. Jésus mort, Dieu seul reste, avec la mort. Dieu a recueilli la vie de son Fils, son dernier souffle. Après l’abandon et le don, le recueillement et le silence.

Ce silence, ce vide, -dans les églises catholiques et orthodoxes, le cœur est obscurci, vidé-, c’est le Grand Silence, celui des pleurs et des fuites, des abandons : ténèbres sur la terre, peurs, disparition des disciples et amies. Ce silence est plein de sens. Il est le signe qu’on ne possède jamais un don, qu’un don ne peut être saisi sans devenir une propriété, un acquis, une possession. Pour rester un don, le don doit être redonné, partagé. Le silence des trois jours pascaux est comme l’ombre portée du don que Dieu nous fait, le signe de sa permanence et de sa fragilité. Permanence car il tient à Dieu et Dieu ne se dédit jamais, fragilité car le don ne peut être possédé, il reste insaisissable et offert au partage.

Fondée dans la Passion, l’Eglise se réveillera vivante et envoyée le dimanche de Pâques. Mais elle passera par le creuset du silence. Elle sera aussi silence. Silence de Dieu, silence des hommes, de ces petits qui tombent sous la violence du monde, silence de la mort d’où jaillira la vie, plus forte. Si l’Eglise est Parole de Dieu, elle est aussi, sur terre, son silence.

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