05/04/2015

SEPT PAROLES DU CHRIST EN CROIX - MEDITATIONS POUR LA SEMAINE SAINTE

Nuit de Pâques : « Tout est accompli » : la perfection, l’achèvement dont il est question ici et sont de l’ordre de l’audace : oser croire. Un défi pour ces temps.


« Tout est parfait » crie de Christ sur la croix.

Constat désabusé ou cri d’espérance ? Les traducteurs et exégètes n’ont pas fini de chercher à comprendre. Faut-il traduire par : Tout est fini, dans le sens de : c’est la fin ? Par « tout est accompli », dans le sens de : j’ai fait ma part ? Par « tout est parfait » dans le sens de : le but est atteint ? Chaque interprétation est juste, mais jamais sans les autres !

Il y a, à l’évidence, quelque chose qui arrive à son terme. Un temps est désormais révolu, il va appartenir au passé. Le temps de l’incarnation s’achève. Pour le Fils de Marie et de Dieu, le temps de l’épreuve dans l’Histoire prend fin. Ce temps est maintenant passé. Il fait désormais partie de la mémoire et l’a enrichie.

Ce fut le temps du compagnonnage : le temps du partage de la vie d’un peuple, le temps de l’enfance à Nazareth, puis celui de la première fête au village, temps des rencontres au bord d’un puits, des guérisons dans les rues d’une ville, des discussions dans la maison d’un fonctionnaire. Les trois ans de marche sur les chemins de Palestine, de Bethléem en Judée à Nazareth en Galilée puis, à travers les villes et villages de Samarie, de nouveau en Judée, jusqu’à Jérusalem. C’était le temps de la Parole sollicitée et attendue, et alors donnée comme une réponse ; le temps de la Parole assénée avec violence comme le tranchant d’une épée ; le temps de la Parole qui, refusée, demeure comme la trace de l’eau dans le sable...

Mais, dans ce cri, s’il y a une fin, il y a aussi un accomplissement, une perfection. Plus rien ne peut ni ne doit être touché, ni retranché ni ajouté à ce qui est achevé. La perfection, le « chef d’œuvre » interdit toute retouche. Est-ce à dire qu’on ne peut plus rien faire, sinon regarder de loin, sans toucher, comme ces tableaux dans les expositions, protégés par de multiples barrières, espaces et systèmes électroniques ? Justement pas, car la perfection, l’achèvement dont il est question ici et qu’annonce le Christ sur la croix sont de l’ordre de la vie : tout est fait et tout reste à faire, tout est fait et tout est nouveau ! C’est Pâques !

« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » avait enjoint le Christ à ses amis. L’achèvement du temps de la Parole incarnée ouvre sur une nouvelle vie, fondée sur cette perfection mémorisée et transmise : le temps du témoignage à cette Parole. La perfection dont témoigne le Christ va désormais être à vivre : dans le témoignage que l’Eglise, humanité nouvelle, lui rendra. Marie-Madeleine sera la première à en faire l’expérience : annoncer cette nouvelle inouïe à d’autres qui, à leur tour, la diront à d’autres qui eux-mêmes… et ainsi commence la vie de l’Eglise.

La perfection dont vit l’Eglise n’est pas d’abord morale (dans son comportement), ni théologique (dans la formulation de sa foi ou de sa catéchèse), elle est de l’ordre de l’audace du témoignage. Oser croire que nous venons d’un Dieu libre et bon, en vivre et le dire, oser croire avec d’autres, de multiples manières, oser être porteuse de la vie du ressuscité auprès de celles et ceux qui sont terrassés par la dureté de la vie, oser s’approcher de la table du Seigneur et recevoir pain et vin comme corps et vie d’éternité, autant d'actes de perfection, c’est-à-dire des actes qui donnent la vie.

Cette perfection-là est à l’image de celle du Christ dans son ministère, sur la croix et maintenant auprès de son Père ; une perfection forte et fragile, car elle se donne et se partage, et tient à la manière dont je la vis et à celle dont l’autre la reçoit. Cette perfection-là est possible, elle vous est confiée, à vous avec vos limites, vos incertitudes, comme votre foi, votre espérance et vos forces.

Tout est fait et tout reste à faire, tout est fait et tout est nouveau ! C’est Pâques !

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