05/04/2015

SEPT PAROLES DU CHRIST EN CROIX - MEDITATIONS POUR LA SEMAINE SAINTE

Pâques : « « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » : Oui, l’expérience de l’abandon de Dieu est possible ! Ce cri est le signe de l’intelligence de la foi. Le contraire de la foi, ce n’est pas le doute mais l’idolâtrie qui refuse que Dieu meure ou l’indifférence devant sa mort, toute mort !


Et si cette Parole était une parole d’espérance pour la foi ?

C’est ce que j’aimerais vous proposer ce matin où tout est devenu neuf mais aussi où tout a été dit, où tout est vrai.

Cette parole est de l’ordre de la vérité et protège la foi l’idolâtrie et de la naïveté. L’une et l’autre étant des dangers très réels dans la vie de l’Eglise de tous les temps.

Qui d’entre vous n’a jamais fait l’expérience de l’abandon ? L’abandon d’un proche, conjoint, parent ou enfant, l’abandon d’un projet, la perte du sens ? Ce sentiment de solitude qui fait que plus rien n’existe hormis la marque de l’absence ? Qui d’entre vous n’a jamais fait l’expérience de l’absence de Dieu ? Ce combat dans la nuit du doute et de la foi, où justement l’espérance de la foi avive la gravité du doute. Si on ne croyait pas, le doute n’existerait pas ! Il semble parfois plus simple de ne pas croire, d’évacuer Dieu pour éviter d’être confronté à son absence ou - pour le moins - à sa fragilité. Le doute est l’ombre portée de la foi, il n’en est pas la négation, mais bien plus l’aiguillon, voire même le signe de son intelligence! Le contraire de la foi, ce n’est pas le doute mais soit l’idolâtrie, qui refuse que Dieu meure, soit l’indifférence devant sa mort, toute mort ! Mais il est vrai que le doute contient les germes de la possibilité que Dieu n’existe pas, ou pas pour moi à ce moment.

Cette Parole donnée à l’Eglise et lue comme telle est une parole qui dit vrai et juste : l’expérience de l’abandon de Dieu est possible ! Et il est bon que ce possible soit dit par le Christ au moment où il le vit. Car toute la vie n’est pas le royaume et Dieu n’est pas une idole, un voyant ou un médium qui garantirait vie, succès et bonheur.

Puisque la foi s’articule en termes de témoignage à l’amour et de respect : tu aimeras ton Dieu autant que tu peux et ton prochain comme tu t’aimes, elle est une aventure fragile et forte comme l’amour. Puisque la foi est à vivre dans ce monde, maintenant et avec nous, elle est une aventure fragile et forte comme nous.

A l’image de cette aventure et pour la rendre possible, Dieu en Jésus-Christ est devenu fragile et fort comme l’amour et comme nous, ou autrement dit : la force de cette aventure est dans l’acceptation de sa fragilité et de l’impossibilité qu’il y a à forcer l’amour.

Il y a grand danger à croire en un Dieu qui, défini comme tout-puissant, nous interdirait l’expérience de la chute et condamnerait le doute comme négation de son existence. C’est l’expérience dont témoigne le psaume 22 auquel Jésus emprunte son cri. A ce cri du Fils, le Père n’a opposé aucun démenti mais aussi aucune condamnation ! Le danger est de se condamner alors que Dieu libère ; danger spirituel et terrible parce que fondé sur une interprétation pernicieuse du témoignage de la Bible, celle-là même que Jésus a décelée chez les pharisiens et a condamnée : l’échec de la foi ne condamne pas le croyant.

Cette parole du Christ sur la croix nous met en garde contre toute naïveté également, car toute la vie n’est pas le royaume, il s’en faut parfois de beaucoup ! Le combat est constamment à reprendre, en nous et autour de nous. La violence existe, le mal aussi, qui préexistait à notre venue au monde. La mort du Christ est là pour nous le redire avec force. Ainsi la foi, préservée de toute idéologie et de toute naïveté, est un chemin ouvert et possible, taillé en quelque sorte à la mesure de notre espérance et de nos audaces, mais également à la mesure de nos chutes et de nos abandons.

Les sept paroles du Christ en croix sont là pour nous, pour nous en Eglise, humanité renouvelée, diverse et multiple. Leur vérité, leur nouveauté et leur simplicité sont garantes d’une foi possible. Oui, Pâques est possible ! Pâques est là. Christ est vivant, à venir, et nous, nous en sommes les témoins.

 

Joyeuses Pâques !

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