23/04/2015

De l’exploitation politique des symboles (chrétiens) en France

« Vouloir s’en prendre à une église, c’est s’en prendre à un symbole de la France » a déclaré hier le Premier ministre français en commentant l’arrestation d’un présumé meurtrier et djihadiste préparant des attaques contre des églises dans l’Hexagone.


On s’étonnera de cette déclaration au pays de Voltaire et de la laïcité. Retournement, évolution, exploitation électoraliste ? Au fond, peu importe l’intention politique de Manuel Valls, c’est de sa responsabilité. Ce qui me semble par contre plus important est ce que l’Eglise catholique de France peut et voudra faire de cette posture.

Car devenir un symbole par déclaration gouvernementale n’est jamais anodin. On n’est pas loin de la déclaration de la France comme fille aînée de l’Eglise. Comme le précise wikipédia, historiquement « cette expression est attestée pour la première fois lors du "Discours sur la vocation de la nation française" prononcé le 14 février 1841 par le père Lacordaire dans la Cathédrale Notre-Dame de Paris, évoquant le lien entre le roi Louis XIX alors en exil et sa filiation avec l'Église ».

On sait le poids et l’exploitation politico-religieuse souvent dramatique que fit cette Eglise de ce titre. Certes, M. Valls n’est pas Lacordaire, peu s’en faut, il n’est pas membre du clergé non plus, mais énoncer cela quelques mois après l’exploitation politico-nationaliste des attentas de Paris est risqué.

Je vois deux dangers : l’un est celui de l'amalgame: car il faut tenir compte du fait qu’un symbole met en relation les gens à qui il est destiné avec des puissances, des valeurs que ces mêmes personnes ne partagent pas nécessairement, qu’il « introduit dans l’ordre dont il fait lui-même partie, noue un pacte de reconnaissance, une alliance entre sujets » (Père L.-M. Chauvet dans Symbole et sacrement). Il opère donc des liens, évoque des dépendances qui dépassent celles et ceux qui s’en servent, un symbole est toujours d’un emploi risqué et il ne peut être imposé par décret. Petit rappel: le verso de sym-bole (ce qui met en relation) et le dia-bole (ce qui divise)!

Le second danger est de savoir quand et où s’arrêter, on a vu les « Je suis Charlie », suivis de près par les « Je suis flic ». Devrait-on attendre la même élévation des mosquées à l’état de symbole? Ne serait-ce qu’au nom de la laïcité ? Décidément on n’est pas sorti de la problématique politico-symbolique en France.

Bien davantage qu’un soutien dans un pays qui semblait faire d’une laïcité exclusive le seul symbole unificateur, cette déclaration sera davantage une aide empoisonnée pour les catholiques.

Commentaires

C'est l'église qui a fait la France et pas le contraire. L'oublier c'est défaire la France.

Écrit par : norbert maendly | 23/04/2015

C'est l'église qui a fait la France et pas le contraire. L'oublier c'est défaire la France.

Écrit par : norbert maendly | 23/04/2015

S'en prendre à une église est-ce forcément vouloir s'en prendre à Dieu?

Le vrai temple de Dieu se trouve-t-il situé en somptueux ou minables édifices pieux ou bien plutôt en sa création, en la nature, en nous-même?

Connaît-on l'auteur/s (ou commanditaire/s) de cet attentat?

Peut-on parler en son nom? (simple exemple: alors qu'elle n'a pas dit un mot, sachant que tout ce qu'elle dit ne peut que se retourner contre elle, on note que les journalistes savent et disent pourquoi Marine Le Pen a choisi cette robe dont on parle...)

Nos racines judéo-chrétiennes en cet attentat son-elles peu ou prou atteintes? Pourquoi compter sur Emmanuel Valls. en l'occurrence, d'autres de ses pairs pour répondre, commenter à notre place gens de France comme d'ailleurs!

Il est terrible que l'on ne donne pas, à temps, la parole aux criminels!

N'est-ce pas en entendant leurs propos que s'il y a lieu en en tenant compte à la longue on parviendrait à éradiquer la violence, les attentats?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 23/04/2015

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