16/07/2015

Puissance de l'agent et faiblesse de la démocratie

Ce qui se passe en Grèce, quels que soient les résultats des tractations actuelles met en évidence l'un sinon le plus grand défi des démocraties: comment laisser au peuple (démo, en grec) le pouvoir (cratie) quand les Etat sont soumis ou pouvoir de la ploutocratie, de (ploutos, l'argent en grec).


Le combat éperdu (perdu?) du gouvernement grec témoigne de ce défi et de sa difficulté. Son revirement actuel illustre cette mainmise d'agents (et d'argent!) sur l’avenir d'un pays mais aussi celle qui s'abat de plus en plus férocement sur tous les pays.

Me vient à l'esprit l'un des aphorismes de Jésus dans ce qu'on appelle le Sermon sur la montagne (Évangile de Matthieu): "On ne peut servir deux maîtres, il faut choisir. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon, l'argent" (ch. 6 v. 24). Cet avertissement est suivi aussitôt d’une exhortation au sujet de l'inquiétude pour la nourriture et le vêtement. Jésus y appelle l'humanité à s'inspirer des oiseaux ou des lys des champs qui, eux, ne s'inquiètent pas de ce qu'ils mangeront ni de ce qui les vêtira. "Tout cela les païens (je traduis : les gens soumis à l'Argent) le recherchent" et Jésus conclut : "Mais vous cherchez plutôt le Royaume et la justice".

Étonnante modernité des paroles du Fils de Dieu quand on voit aujourd'hui combien les crises économiques sont liées à la crise de la consommation (la peur de ne pas avoir à manger), à l'absence de confiance (les oiseaux et les fleurs) et de justice.

La justice : nous voilà au cœur du problème soulevé par la crise grecque: elle n’est pas que financière, mais tout autant écologique qu’économique et en relation avec le monde, la création et notre mode de consommation. Notre monde et sa survie sont désormais soumis au "Mamon de l’injustice", aux lois du marché dont l'UE vit et qu'elle impose. (cf. ma note d'hier: Les Eglises solidaires des paysans interdits de cultiver leurs prores semences). Ces lois sont celles de l’injustice car au détriment tant de l’humanité que des oiseaux et des lys des champs. C’est le règne de l’accaparement, de la surconsommation qui exténue la création et les créatures que nous sommes. Tous, nous sommes devenus esclaves de ce Maître qui a fait de nous des consommateurs et non plus des créatures, des êtres vivants.

 Sans idéaliser le peuple hellène qui porte sa part de responsabilité dans cette crise, son combat désespéré rejoint celui des petits producteurs d’ici et d’ailleurs, ce combat dont parle le Pape François dans son encyclique « Loué sois-tu ». Il nous rappelle avec intelligence qu’aujourd’hui toute crise est crise de tous et que seul le dialogue nous permettra de nous en sortir (pour le dialogue, lisez le ch. 5 de l’encyclique). Une autre issue de cette crise doit être travaillée et pas seulement pour la Grèce mais pour l'avenir d'une Europe autre que celle d'un peuple de sur-consommateurs donc de soumis à l'Argent.

Commentaires

La peur de ne pas avoir à manger était un moyen, entre autres, utilisé quotidiennement pour dominer par la peur dans les camps de concentration.

Madame Lagarde a dit elle-même que le délai fixé pour le remboursement de la dette grecque ne tient pas debout. Il doit être très sensiblement allongé.

L'austérité sera durement renforcée.

En quoi ceux qui seront vitalement touchés par cette austérité par référendum refusée sont-ils responsables du gâchis qui touche leur pays?

Pourquoi (de même, selon où, les embargos) sanctionner éternellement toujours les plus faibles?

Monsieur le pasteur, Jésus qui reviendrait?!

Jésus qui apprendrait comment on a utilisé cet enseignement EAU VIVE à lui attribué?

Pensez-vous que, tel Rabbi Jacob... extatique! il danserait façon hassidique?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 16/07/2015

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