29/07/2016

Propos de premier août

« Au nom du Dieu tout puissant », ainsi commence la Constitution suisse. Quel sens lui donner?


La Constitution suisse a été complètement révisée dans les années 90 et le Parlement qui l’a proposée avait jugé bon de maintenir cette invocation du nom de Dieu. Devant à son tour voter ce nouveau texte révisé, peuple a suivi ses Autorités, c’était en 1998.

L’actualité me pousse à réfléchir sur ce qu’il est convenu d’appeler ce « préambule » : Comment, aujourd’hui tout particulièrement, comprendre une telle déclaration ? L’invocation de Dieu ou de son nom cautionne-t-elle le texte qu’elle ouvre ? Lui donne-t-elle un pouvoir supérieur, une valeur ‘divine` ? Que dit-elle de ses auteurs ? Fait-elle de tout le peuple suisse un peuple de croyants ? Quelle pertinence peut-on trouver à son maintien alors que des gens et des pouvoirs sèment la mort et propagent la haine au nom de Dieu, le fait qu’ « il ne s’agit pas du même Dieu » n’émoussant en rien la question ?

Je réponds résolument : Oui, il est bon que cette invocation ouvre notre Constitution, non seulement par fidélité à une tradition qui remonte au pacte de 1291 mais à cause de ce qu’elle dit de nous et du défi que cette adresse nous lance, aux croyants comme aux non croyants. Voici mes raisons :

Ouvrir une Constitution Au Nom de Dieu, c’est référer la charte fondatrice de l’État à un Autre, à une Altérité, le faire dépendre d’une source, appelée ici Dieu. On peut comprendre cette invocation comme une convention de langage pour dire que l’État n’est pas le tout, pas l’absolu, En même temps et selon la culture biblique à l'origine de cette affirmation, ce dieu invoqué est inconnaissable, un dieu dont on ne peut prononcer le nom, (dieu est un nom commun). Ce Dieu au-delà de tout que célèbre Grégoire de Naziance dans son Hymne (4e siècle) est au-delà, non maîtrisable, il n’est pas à la disposition de l‘humain. Au-delà de tout, il est in(dé)finissalbe.

Ensuite, faire dépendre notre Constitution du nom d’un dieu tout-puissant c’est, négativement, dire que l’humain comme l’État ne sont pas tout-puissants, ni Parlement, ni Parti, ni Président, ni Roi ou Guide suprême ne le sont, mais ils sont tous faillibles, frangibles et fragiles. La toute-puissance est un leurre. On le sait, l’enfant doit s’en défaire et elle devient meurtrière quand elle guide l’action des adultes. La pertinence de cette position se vérifie aujourd’hui devant la montée des autoritarismes qui érigent la Nation, le Parti, le Président, l’Entreprise ou la Guerre en détenteurs du sens et de la raison d’être d’un État.

Cessons de croire et de faire croire au surhomme ou au sur-parti ou au sur-Etat qui pourrait sauver le monde. A ce propos, je mentionne l’excellent livre du psychiatre Fethi Benslama : Un furieux désir de sacrifice, le surmusulman aux Editions du Seuil, mai 2016, 149 pages.

Ainsi, ouvrir notre Constitution par cette dépendance, c’est faire aveu de fragilité, l'humble aveu de notre humanité. Je rappelle que l’étymologie d’humilité est la même que celle d’humanité. Cet aveu est libérateur, il est la condition de départ de toute vie commune, de toute solidarité car qui se sait et s’avoue humblement faible dit le besoin qu’il a de l’autre, ce besoin vital : je ne suis pas le tout, j’ai besoin de toi et tu as besoin de moi. Il est essentiel aujourd’hui rappeler cela, il en va de la survie de notre humanité, de l’avenir du vivre-ensemble sur cette terre. Cette humilité légitime l’invocation qui ouvre notre Constitution.

Commentaires

Monsieur Neeser c'est un très bon et beau billet .Malheureusement le Vivre Ensemble est une forme de souhait dont nombre d'enfants ayant vécu dans des familles très religieuses ne peuvent plus en tant qu'adultes pratiquer
Trop de religiosité à tuer leur âme d'enfant surtout pour ceux ayant connu de suite après guerre les tensions voir coups tordus se jouant au Nom de -Dieu entre membres sectaires dont beaucoup de veuves ont payé le prix pour un sacrifice qui ne leur incombait pas
On peut même se demander pourquoi est -on resté vivants alors que de nombreux gosses se sont suicidés
Peut-être pour certifier que le monde actuel n'a rien à envier à ce que tous ont vécu et qui n'a jamais été révélé
Très bon Premier Aout pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 31/07/2016

Je suis en accord avec ce qui est écrit, Daniel. Soulignant que nous avons besoin de rechercher le cœur de Dieu, se Dieu d'amour tout puissant qui se révèle et se donne librement. Pas besoin de mourir en martyr pour trouver le salut, le salut se trouvant en son fils Jésus qui s'est donné pour nous, comme unique martyr nous ouvrant la porte de la maison du Père pour l'éternité !

Je termine en citant le 4eme couplet de notre hymne national :

Des grands monts vient le secours ;
Suisse, espère en Dieu toujours !
Garde la foi des aïeux, Vis comme eux !
Sur l'autel de la patrie
Mets tes biens, ton cœur, ta vie !
C'est le trésor précieux (bis)
Que Dieu bénira des cieux,
Que Dieu bénira du haut des cieux.

Écrit par : David Tripet | 01/08/2016

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