23/12/2016

Noël fête consumériste pagano-chrétienne ? Mais bien sûr !

Vous en avez assez des dérives consuméristes et païennes de Noël ? Lisez Le père Noël supplicié de Claude Lévi-Strauss!  Sa réédition due à Maurice Olender tombe à pic (La librairie du XXe siècle – Seuil, novembre 2016). Il s’agit du texte que le célèbre anthropologue publia en mars 1952 dans Les temps modernes, après qu’à Dijon, sous l’impulsion du clergé, un Père Noël fut brûlé le 23 décembre de l’année précédente sur le parvis de la cathédrale.


L’évêché voulait dénoncer la dérive des célébrations de la Nativité depuis l’après-guerre. L’Eglise protestante, précise Lévi-Strauss, avait joint sa voix à celle de sa consœur « avec plus de discrétion mais autant de fermeté ».

Ce texte est une fascinante et percutante étude qui aide à comprendre les origines multiples, les limites et la puissance des mythes et figures qui hantent depuis des siècles Noël et les fêtes liés au solstice d’hiver et aux Saturnales : Père Noël (sa houppelande rouge, sa barbe blanche et ses cadeaux), sapin et décorations, Croquemitaine ou Père Fouettard, les cadeaux, les enfants et les rôles qu’on leur donne, êtres sacrifiés, corrigés ou félicités, St Nicolas… Vous découvrirez aussi pourquoi combattre les mythes n’est pas chose simple et peut être le meilleur service qu’on puisse leur rendre !

Après un parcours dans l’histoire de ces mythes, l’auteur conclut (en 1952 !) que si « l’Eglise n’a certainement pas tort quand elle dénonce, dans la croyance au Père Noël, le bastion le plus solide, et l’un des foyers les plus actifs du paganisme chez l’homme moderne(…), reste à savoir si l’homme moderne ne peut pas défendre lui aussi ses droits d’être païen » et il se demande si « ce n’est pas le moindre paradoxe de cette singulière affaire qu’en voulant mettre fin au Père Noël, les ecclésiastiques dijonnais n’aient fait que restaurer dans sa plénitude, après une éclipse de quelques millénaires, une figure rituelle dont ils se sont ainsi chargés, sous prétextes de la détruire, de prouver eux-mêmes la pérennité ». De quoi remettre les tenants de la laïcité devant leurs responsabilités, la religion à combattre n’étant pas forcément là où ils croient.

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