09/04/2017

De la violence du monde à l’autre violence - Une méditation pour chaque jour de la semaine sainte

Cette année encore la violence a été présente et le demeure. Qu’elle soit réduite à un fait divers ou bien agrandie à la dimension du monde, qu’elle soit politique ou familiale, culturelle, économique ou financière, elle est là avec son lot de questions, souvent sans réponse, traînant derrière elle comme son ombre la peur, la haine, le désir de vengeance. Mais, au fond, est-ce nouveau ? Autrement dit, la violence du monde et dans le monde n’est-elle pas inhérente à la condition humaine ?

La passion de Jésus de Nazareth, « l’homme de douleur », est là justement pour nous aider. Ces récits nous disent en premier lieu que la violence existe, nous préexiste même ; ils nous donnent ensuite de réaliser combien cet homme désarmé nous est proche et en même temps nous appelle à quelque chose de neuf.


Du dimanche des Rameaux au dimanche de Pâques, six méditations : Rameaux : La violence du monde accueillie et conduite. Lundi : La violence inconnaissable, douce ignorance ! Mardi : L’invitation injuste. Mercredi : La violence inconnaissable. Jeudi : Au delà de la violence. Vendredi et Samedi saints : le temps du silence de Dieu et en Dieu. Dimanche de Pâques : La résurrection, l’autre violence.

                      La violence du monde accueillie 

L’arrestation de Jésus, Evangile selon Jean ch. 18

Après avoir longuement prié avec Dieu, Jésus alla avec ses disciples au jardin de Gethsémani. Or Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, car Jésus s’y était maintes fois réuni avec ses disciples. Il prit la tête de la cohorte et des gardes fournis par les grands prêtres et les Pharisiens et arriva dans le jardin avec torches, lampes et armes. Jésus, sachant tout ce qui allait arriver, s’avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Jésus de Nazareth » Il leur dit : « C’est moi ». A ces mots ils reculèrent et tombèrent. A nouveau, Jésus leur demanda : « Qui cherchez-vous ? » Ils répondirent : « Jésus de Nazareth. » Jésus leur répondit : « Je vous l’ai dit, c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez aller mes amis ». Pierre voulut se battre et blessa Malchus, un serviteur du grand prêtre. Mais Jésus lui dit : « Remets ton épée au fourreau ! Ce que le Père me demande, ne le ferais-je pas ? » Alors la cohorte et les gardes saisirent Jésus et le ligotèrent. Ils le conduisirent chez Hanne de la famille des Grands Prêtres et gendre de Caïphe, le Grand Prêtre de cette année; c’est ce même Caïphe qui avait suggéré aux autorités juives qu’il est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple.

La mort de Jésus n’est pas celle de Socrate buvant la ciguë entouré de ses amis. Non, dès l’arrestation il y a violence, fidélité rompue, contradiction et confusion, cliquetis des armes, torches et obscurité, sueurs, odeurs et, comme dans toute arrestation, foules ou badauds, police, gens d’armes ou miliciens aux ordres et la nuit, cette nuit humaine propice à cacher tout ce qui n’est pas net, pas avouable mais ‘hélas nécessaire’ car, comme disent les chefs des humains, il vaut mieux qu’un seul meure et celui-ci ne vaut pas plus qu’un autre. La violence normalisée mais d’autant plus insupportable, comme l’est la honte d’être arrêté devant les siens, amis, ou parents, au petit matin, que ce soit à Gethsémani ou dans un immeuble de nos villes.

Mais il y a quelque chose d’étonnant dans ce qui se passe : plus la passion va avancer, plus le Christ est maîtrisé, malmené, attaché puis condamné et plus il est libre. Ce paradoxe est bien exprimé par l’emblème du christianisme : la croix, instrument de mort devenu emblème de vie. La croix atteste de la violence du monde, elle lui donne sa place puisqu’elle existera tant que durera ce monde-ci. Mais elle ne lui laisse que sa place, comme pour lui dire « je te laisse un temps, à ta place mais sache que c’est moi le maître et, pour te le montrer, je viens à toi pour te conduire à autre chose ».

C’est le mystère de ce Dieu qui s’incarne jusqu’à prendre sa part de ce qui nous déchire et à en être déchiré à son tour, un Dieu qui s’incarne dans l’état du monde, qui emprunte nos chemins jusque dans leurs impasses. Il y va jusqu’à en devenir victime, mais – à notre différence – victime libre, je ne dis pas consentante mais libre car il garde le lien à son Père et délie les autres : « C’est moi, laissez aller les autres », savez-vous que le verbe laisser aller veut aussi dire pardonner. C’est la folie d’un Dieu qui, lié, a cette faculté de donner par-dessus, de pardonner sans condamner, toujours pour restaurer. Rencontrant le perdu comme le fidèle dans ses chemins, Dieu est toujours à l’affût de qui souffre et revient à Lui.

Le texte que je vous propose pour illustrer mon propos est cette histoire que raconte Jésus d’un chemin de mort retourné en chemin de vie : il était une fois un riche propriétaire qui avait deux fils et à qui le cadet demande de lui donner déjà sa part d’héritage. Le père acquiesce et, peu de jours après, le jeune homme vend tout et part à l’étranger. Il vit sa vie ‘follement, éperdument’ dit le texte, et perd tout et, en plus une grande famine ravage le pays. La dèche, quoi, et notre bonhomme doit se louer pour garder des porcs, le comble pour un juif. Il meurt de faim et ne peut même pas manger la nourriture de ces animaux. Réfléchissant alors en lui-même, il se dit : “Les ouvriers de mon père ont assez à manger, tandis que moi, ici, je meurs de faim ! Allez, je rentre à la maison et je dirai à mon père : Papa, j’ai péché contre Dieu et toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils, prends-moi comme un de tes ouvriers.” 

Alors il retourna vers son père et, comme il était encore loin, son père l’aperçut de loin et fut pris de pitié. Il courut, se jeta à son cou et le couvrit de baisers et dit à ses serviteurs : Vite, apportez les plus beaux habits et habillez mon enfant et que la fête soit belle car il est retrouvé. (Evangile de Luc, ch. 15).

15-Rembrandt.jpgOn peut voir dans ce jeune homme l’illustration de l’itinéraire humain mais aussi, et c’est peut-être provocateur de ma part, l’itinéraire de Jésus lui-même qui passe par la perte, la crie, retourne à son père qui l’attend sur le seuil de sa maison et le conduit à la fête. 

Commentaires

Il est facile pour un pere de pardonner a son fils mais aurait-il pardonné a un voleur ou un assassin anonymes? Ainsi les terroristes qui font la une en ce moment, on peut essayer de comprendre leurs motivations et, partant, les considérer sans haine, voire meme avec un peu de compassion mais pourquoi devrait-on pardonner puisqu`alors on efface l`ardoise avec une bonne poignée de main en prime. Les musulmans ont tendance a s`empetrer dans l`interprétation du Coran mais les Évangiles aussi peuvent etre source de malentendus si l`on n`y prend garde (sans meme parler de la Torah).

Écrit par : Jean Jarogh | 09/04/2017

Bonjour Monsieur Neeser excellent billet mais si vous permettez j'aimerais ajouter ceci ,a trop souvent lire le mot violence et ingurgiter des images assorties aux textes ,certains cerveaux sont conditionnés par les médias et réagiront en fonction d'un ressenti personnel qui trop souvent ¨exacerbé peut conduire à tuer ou violer son prochain
Oui je sais il existe la liberté d'expression mais on sait aussi et de source certaine que la violence qu'on le veuille ou pas à pris l'ascenseur depuis le premier réseau anti social nommé Caramail/2002
Bon dimanche des Rameaux pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 09/04/2017

Si Jésus ne boit pas la coupe de la ciguë le récit évangélique l'évoque. Jean sur le sein du Seigneur attirant d'autant plus l'attention "sur le sein du Seigneur" à l'image, par Platon, d'un très jeune homme auprès de Socrate.

Jésus traité d'imposteur par le Grand-Prêtre parce qu'il ne porte pas sur lui les signes du messie... après sa crucifixion qu'il doit à la démarche au Grand-Prêtre et alliés... ces signes, homme de souffrance et de peine, désormais il porte ces signes sur lui.

"Connais-toi toi-même" en aucun cas étranger à l'enseignement évangélique.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09/04/2017

P,S,Socrate, physiquement parlant, n'était pas beau.
Par Renan, Jésus... non plus.

Sans rien affirmer, bien sûr, simple jeu dominical, de qui, Macron ou Mélenchon, sur le plan physique, des deux candidats serait le plus approchant de Jésus

tout en ayant ces jours regain de faveur populaire?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09/04/2017

Avec un attentat contre les chrétiens par jour?

Écrit par : dominique degoumois | 09/04/2017

@ Dominique Degoumois: justement oui, il faut continuer à témoigner d'espérance. Et un attentat contre un chrétien n'est pas moins grave qu'un attentat contre un musulman, un juif, un agnostique, un athée, un bouddhiste...
@ Myrian Belakovsky: ok pour la question pas anodine, mais comme on n'a de Jésus que des "images" tardives et, fait intéressant, aucun détail sur son physique humain, le choix sera difficile mais la question demeure d'autant plus que la tradition a vite fait de Jésus fils d'homme un surhomme, parfait, beau, parfois même un peu trop 'gentillet' à mon goût...

Écrit par : Daniel Neeser | 10/04/2017

P.S. Il est dit cherchez-moi parmi les vivants!

et Là où un ou deux, ou trois, seront réunis en mon nom je serai au milieu d'eux.

Nous accusons les politiques de ne pas tenir leurs promesses.
L'Eglise, en ses promesses, maintenant plus anciennes que contemporaines, ne devrait-elle pas se sentir interpellée plutôt que de fermer portes et fenêtres au... renouveau ... autre chose... inattendu... imprévu

En ce que j'ai lu Jésus n'est pas à proprement parler un théologien.
Pourquoi ne pas avoir suivi: vérité, honnêteté non prérogatives comme barrages d'accès variés.

La révélation s'adressait à des êtres simples, d'humus, terre... non aux arrogants qui eux s'emparèrent de la révélation pour leur plus grand profit, avoir et pouvoir.

Privilèges...

Sans aucune aigreur,

Écrit par : Myriam Belakovsky | 10/04/2017

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