10/04/2017

De la violence du monde à l'autre violence - Lundi saint: Ils ne savent pas douce ignorance

« Ils ne savent pas », doux rappel de notre humanité!

La mise en croix et la première prière de Jésus (Luc 23, 26-34). La cohorte des soldats conduit Jésus au calvaire, Simon de Cyrène porte la croix, une foule, des femmes en pleurs, quelques disciples suivent. Jésus est crucifié et alors prie ainsi son père : « Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

          Pourquoi cette prière, pour qui Jésus prie-t-il ? Pour tous et pour tout ! Ce cri est essentiel : il nous dit que nous ne savons pas, que fondamentalement nous sommes ignorants du mal et du bien, ignorants par nature. Nous ne maîtrisons pas le mal que nous infligeons, non pas que cette ignorance nous exonère de notre responsabilité voire cautionne le mal infligé mais parce que, dans l’ordre de la création, nous venons après la source du bien et du mal.

 


Rappelez-vous la première limite posée à l’humanité dans la Genèse : lorsqu’au commencement Dieu créa le monde, il planta dans le jardin divers arbres, dont celui de la vie et celui de la connaissance du bien et du mal mais il interdit à l’homme les fruits du second: Ne mange pas du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal car tu mourras alors de mort certaine, mortelle (Genèse 2,17). Pourquoi ? Parce que prétendre savoir le mal a comme corolaire savoir le bien. Or ce savoir appartient à Dieu seul. Nous sommes toujours dans l’aléatoire, dans l’espérance et l’humilité. Si l’humain s’empare de cette connaissance alors le meurtre est justifié, comme la possession et l’extermination des autres, l’anéantissement de qui ne s’aligne pas sur ce que je prétends quant au bien et au mal. A l’aube de son ministère Jésus a été mis en face de cette limite et cette séduction. Les trois tentations dans le désert (Evangile selon Luc ch. 4) : la domination économique (changer les cailloux en pain), la puissance politique (posséder tous les royaumes de la terre) et la séduction d’être illimité (voler, soit se défaire de la condition humaine). Oui, nous ne « savons » pas, ne connaissons pas fondamentalement ce que nous faisons, ni quelle est cette force qui nous conduit au mal ou au bien, à la perversion de l’humanité en nous et en l’autre. Cette prière adressée au Père parle de nous : elle nous appelle à l’humilité de notre statut de créature : humilité et humanité sont de la même racine, comme humus et humain.

Cette déclaration quasi ontologique (qui parle de l’être de l’homme) est douce, proche de notre salut. Car, qui prétend connaître le bien et le mal, devient possédé par le mal, possédé par cette puissance qui lui donne l’illusion mortelle d’être Dieu. Il n’est pas lui, il est habité par un autre ou des autres, ceux que la bible appelle les démons. Cela nous est manifesté ces jours encore.

Oui, notre espérance est fondée dans cet aveu : « ils ne savent pas » car Dieu, lui, sait, connaît l’humain et ce qu’il en connaît ne le pousse pas à le punir mais à le faire Le rencontrer en son Fils jusque dans le lieu du mal, la mort absolue, et le reconduire à la vie, le relever. Il le relie à nouveau à son Père, refait le lien, redonne le sens. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas..., moi je vais dans cette ignorance parler encore de Toi ».

Oui, cette ignorance, si elle est acceptée, est douce car elle nous préserve du gouffre de tuer l’autre, de la mort et de la culpabilité éternelles.

Commentaires

Vous, le croyant, dites "seul Dieu sait ce que sont le bien et le mal et les hommes qui assassinent au nom du bien qu`ils croient connaitre sont de ce fait dans l`erreur". Cela vous permet de leur "pardonner" puisque "ils ne savent pas ce qu`ils font". Bien, mais allez expliquer a une mere qu`elle doit pardonner au terroriste (avec ou sans uniforme) qui a tué son enfant par ignorance du bien et du mal... Personnellement je ne crois pas que c`est ce genre d`attitude irréaliste qu`ait voulu enseigner le sage Jésus et l`on sait que les Évangiles ont pu etre tripatouillés a souhait pendant les siecles ou l`Église catholique (apres avoir physiquement liquidé les chrétiens qui dépassaient du rang) s`en est servi pour justifier l`ordre feodal. En agnostique rationnel, je dis que "bien" et "mal" sont des concepts subjectifs et, pour cela, ceux qui nous paraissent faire le "mal" ne se voient pas forcément dans le role du "mauvais" que leur attribuent leurs victimes. En ce sens donc, "ils ne savent pas ce qu`ils font" mais "pardonner" ne peut etre réalisable par la victime que dans le sens de ne pas répondre par la haine a celui qui lui a fait du mal. Dans ce sens, pardonner ne nous oblige pas a l`impossible amour de celui qui nous fait du mal ni meme en fait a lui reconnaitre les "circonstances atténuantes" de l`avocat sous prétexte que son crime peut s`expliquer psychologiquement. A mon avis les Églises Chrétiennes pronent le "pardon" en prenant soin de ne pas définir celui-ci ce qui, a mon avis, diminue leur crédibilité aupres de beaucoup. Quen pensez-vous?

Écrit par : jean jarogh | 10/04/2017

Je n'y connais rien en matière de théologie.

Cependant, il me semble que Dieu a créé l'homme à son image.

Ainsi, je ne vois pas pourquoi j'en saurais moins - voire plus - que Dieu sur la
question.

La chose est ailleurs : dans l'amour.

Aimer ? Avez-vous essayé de tricher avec ce verbe ?

Si oui, merci de vos témoignages.

Écrit par : Pirsai | 11/04/2017

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