13/04/2017

De la violence du monde à l'autre violence - 5. Jeudi saint: Le jeune homme anonyme - chacun peut trouver une place

Ce soir, avant de passer par le silence de Dieu du vendredi et du samedi, je vous propose de regarder la figure d’un personnage étonnant dont l’évangile de Marc (ch. 14) est le seul à parler. Voici son récit : Jésus vient d’entrer dans le jardin où il venait souvent se retirer avec ses amis quand il est arrêté par la garde romaine. Il retient ceux de ses amis qui voulaient se battre et se laisse arrêter. Alors qu’il est emmené, un jeune homme qui le suivait, vêtu seulement d’un drap est arrêté par la garde mais, lâchant le drap, il s’enfuit, tout nu.

J’aime ce récit parce que l’apparition de ce jeune homme permet à chacun de se glisser dans le texte, même anonymement s’il le désire, comme ce personnage. Voyons ce qu’en dit l’évangéliste : il est jeune, anonyme, il suit Jésus, n’a qu’un drap, s’enfuit, est nu.


 

Il est jeune, il y a peu d’hommes décrits comme jeunes dans la compagnie de Jésus. La plupart de ses disciples sont des femmes et de hommes adultes, sinon il y a les enfants. Avec ce personnage place est faite à de plus jeunes, plus des enfants, pas encore des personnes dans la force de l’âge, un peu entre deux…

Il est anonyme, n’est pas un disciple connu, ni Pierre le fougueux, ni Thomas, ni Jean. L’indication que ce qui compte n’est pas la notoriété, soit-elle ecclésiale ou sociale et que les saints (les témoins) savent rarement qu’ils le sont…

Il suit Jésus. Suivre est le verbe très souvent employé pour désigner l’attitude juste du disciple et très tôt les commentaires ont suggéré qu’il pourrait s’agir de l’évangéliste lui-même, Marc. Lui aussi est très discret : son nom ne figure dans aucune des listes des douze disciples et il n’est mentionné nulle part avec Jésus. Il sait beaucoup sur son maître et ami ais reste en retrait. Humilité, discrétion, gêne…

Il n’a qu’un drap. Signe de fragilité, de refus du confort du monde, de vulnérabilité ou de l’attente d’un vêtement neuf…

Il s’enfuit. C’est l’aveu que ce qui se passe c’est trop pour lui, l’aveu qu’il connaît ses limites, à l’opposé de Pierre : "Moi, je te suivrai jusqu’au bout…".
Enfin il est nu : comme le sera Jésus au tombeau, comme nous le serons toutes et tous un jour…

Ces quelques touches, comme dans un tableau pointilliste, en font un personnage auquel nous pouvons, peut-être, nous identifier : pas tellement certains de ce que nous croyons au sujet de ce Jésus de Nazareth, ou bien tellement enthousiasmés par ce maître que nous ne voudrions en aucun cas lui faire de l’ombre, ou encore fragiles devant notre propre foi et craignant les risques du témoignage, ou en attente de ce vêtement dont parle l’Apocalypse : le vainqueur portera des vêtements blanc et je n’effacerai pas son nom du livre de vie (ch. 3)

Son évangile est le plus ancien, le premier à avoir été écrit. C’est donc un personnage essentiel, dont les traits que j’ai relevés nous ouvrent beaucoup d’espaces.

Commentaires

On peut essayer de décoder le personnage du jeune homme inconnu mais n`est-ce pas son coté anecdotique presque dérisoire qui est précieux car renforcant la véracité de l`ensemble du témoignage?

Écrit par : Jean Jarogh | 13/04/2017

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