20/09/2017

Ce que je veux, si je veux, quand je veux ou le Marché, nouvelle divinité

A propos de la votation sur la « sécurité alimentaire »

On en parle peu, pas assez. C’est l’alinéa ‘c’ qui me gène : « créer les conditions pour une agriculture et un secteur agro-alimentaire répondant aux exigences du marché ». C’est justement là que l’erreur et la distorsion par rapport au projet initial ont été introduites : faire des lois du marché la norme de la production de la terre. La nature a une énorme capacité de production mais des limites aussi. Tout ce qui se passe ces temps nous le rappelle, surproduction, déforestation, huile de palme, ouragans, tous nous dit et redit qu’il est temps d’adapter nos « exigences » à ce que nous pouvons recevoir. Le contraire est cette attitude infantile du tout ce que je veux, quand je veux, si je veux. C’est l’enfant qui fait une scène dans le supermarché parce que son père ne lui donne pas le jouet, la glace, le truc qu’il veut.


On pourrait me rétorquer que je tends à diviniser la nature. Non, je tends à humaniser l’humain, c’est-à-dire à lui redire qu’il n’est pas le maître de ce qu’il reçoit en venant au monde. Ce monde (de la terre jusqu’aux étoiles), qui l’accueille à sa naissance, n’est pas à son service de manière illimitée. C’est un don. « Voici je vous donne… » dit Dieu. Or un don ne reste un don que s’il est partagé, sinon il devient possession à défendre, donc : frontières, gardes, murs, barrières. La Bible nous rappelle de plusieurs manières cette fragilité initiale : l’humain est créé en toute fin du processus créationnel, le sixième jour, et il y a un interdit, la limite, l’arbre de la connaissance mortifère (les deux premiers textes de la Genèse). L’humain est créé incomplet, il a au fond de lui une béance, une insatisfaction, ce que la bible dit en parlant de son caractère mortel.

 Si nous avons à développer la création que Dieu déclare bonne, en hébreu ‘tov’ (shanatov : bonne année à nos amies et amis juives pour leur Nouvel An ce jour), nous avons à intégrer dans ce développement cette incomplétude. Elle peut être angoissante mais elle est riche parce qu’elle rend le partage et la solidarité inévitables. Si nous ne le faisons pas, la limite nous y contraindra et le partage sera douloureux. La pratique du jeûne, universelle à toutes les religions, propose de vivre cette limite de manière heureuse et libre.

Répondre aux exigences du Marché : C’est quoi le marché ? C’est qui ? Dieu le Père, Celui devant qui tout doit s’incliner ?!

 

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.