13/12/2017

No Billag ou la 'liberté' des lois du Marché

A propos de No Billag et de l’nterview accordée par Monsieur Jutzet à la Tribune de Genève du 11 décembre 2017

« NOUS SOMMES POUR LA LIBERTÉ » dites-vous M. Jutzet. Mais à quelle liberté pensez-vous ? Vous l’associez au marché. Mais que connaissez-vous du marché et de sa liberté? A cette question vous répondez avec une belle assurance : « C’est assez simple : le marché c’est la possibilité pour deux personnes qui veulent commercer ensemble de s’entendre » et vous ajoutez : « c’est l’expression de la liberté pure ». Ignorance ou naïveté ?  Grave !


 

Savez-vous que le Marché a ses lois dont les milieux économiques parlent très souvent mais généralement sans les définir, sinon en parlant de ‘liberté de concurrence’ ou en laissant entendre, et c’est pire, qu’on ne peut y déroger, qu’elles sont en quelque sorte divines, intouchables, les lois du Marché avec un grand ‘M’.

Une concurrence pure et parfaite?… 

Je suis allé voir sur internet ce qu’il en est de ces lois et j’ai consulté deux sites : EduBourse, La Bourse enfin facile d'accès (consulté le 11.12 17) et SurfEco 21 (consulté le 12 12 17). Pour le premier « La loi du marché désigne la concurrence existante entre les différents acteurs. La loi du marché peut se rapprocher de la loi du plus fort dans la nature. Les prix sont fixés en fonction de l'offre et de la demande, et la concurrence est réputée pure et parfaite (sic !). Autrement dit, aucun acteur ne peut en théorie prendre le pas sur un autre. En pratique, la loi du marché nécessite une régulation de l'Etat plus ou moins forte, et le seul marché ne peut se réguler par lui même dans nos économies actuelles ». Et le second déclare que « les lois du marché ne peuvent réellement fonctionner que dans le cadre d’une concurrence pure et parfaite » (resic !) Que signifient les mots pure et parfaite dans le commerce dont le but et la culture sont de faire tomber au plus vite son concurrent. De fait je pense que ni la pureté ni la perfection n’existent dans le commerce ! Il s’agit soit d’une utopie, peut-être belle, mais bien ‘sans lieu’ (son étymologie), soit et bien davantage d’un mensonge pour endormir les clients que nous deviendrons si No Billag passe. A son origine le mot ‘client’ signifiait « citoyen protégé par un autre, plus riche, plus puissant, son patron » (Dictionnaire étymologique du Français, Robert, 1979). Est-ce que ça a changé ? Non !

 Etre client

Oui, tel est le marché : le règne de la loi du plus fort qui exclut les petits, les autres, celles et ceux qui, contrairement à vous n’ont pas les capacités matérielles et financières de faire de cette manière leur marché aux infos ou qui se nourrissent à d’autres sources. Je mets à votre crédit votre honnêteté même si, lisant l’impressionnante liste de sources d’information par internet auxquelles vous êtes abonné, je n’y trouve peu qui soient porteuses d’une autre vision de l’économie du monde… Connaissez-vous le journal Le Courrier, avez-vous lu Naomi Klein, dont La stratégie du choc ? Quand il n’exclut pas les petits, le Marché les maintient comme clients et les exploite comme tels.

Une faute politique, sociale et humaine lourde de conséquences

Le fond de votre position est de faire de l’information un produit de consommation. Soumettre l’information (culture, politique, formation, idées, idéaux, émotion, poésie, espérance, bref tout ce qui ne s’achète pas) aux lois économiques est une faute politique, sociale et humaine lourde de conséquences. Vous prétendez, Monsieur Jutzet, que « nous nous battons pour qu’on ait une info de qualité et qu’on paie pour ça ». Dont acte, mais pensez-vous réellement, vous et vos amis, être assez riches, assez forts, assez puissants pour vous battre contre les puissances économiques et politiques qui vont se ruer sur ce marché inespéré ? Et vous présentez internet comme « stimulant le débat ». Je gage que cet instrument sera de plus en plus confisqué par lobbies et gouvernements qui n’ont aucun intérêt à laisser diffuser des idées non conformes à leurs intérêts, voyez ne serait-ce que les USA et une bonne partie de l’Europe.

Le péché d’idolâtrie

J’arrive à la seconde raison de mon opposition à votre cette initiative  et c’est le pasteur que je suis que ressort : les lois du marché ne sont ni pures ni parfaites, ni neutres ni libres, encore moins libératrices. Le faire croire est non seulement une faute politique, c’est un péché au sens biblique d’idolâtrie, soit ériger en dieu la domination d’un système. Souvenez-vous, si vous avez suivi un catéchisme, du « Je sais, je sais, mieux que Dieu ce qui est bon… » susurré par le serpent à l’oreille du couple symbolique de la Genèse (la bible, 1er livre ch. 3 v. 4). Aujourd’hui c’est le Marché qui susurre à nos oreilles : « Venez à moi, je sais ce qui est bon pour vous ! Venez et achetez, c’est bon ! ». Telle est et telle sera l’information distillée par le Marché.

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Commentaires

En l'occurrence aujourd'hui c'est la SSR qui nous maintient comme client et dicte ce qui est bon pour nous. Le règne de la loi du plus fort se nomme redevance obligatoire et sans partage équitable avec les chaines régionales Léman Bleu, Canal 9, Télé Fribourg..
Oui à la régulation, commençons par la SSR.

Écrit par : troubadour | 13/12/2017

Vous préférez l'économie dirigée comme le rappelle troubadour?

Je remarque juste que je regarde plus de bons documentaires sur youtube que je ne verrai jamais sur la RTS.

Écrit par : G. Vuilliomenet | 14/12/2017

Deux remarques suite aux deux commentaires: Les radios et TV locales Léman bleu, Radio Fribourg, Canal 9 etc. actuellement au bénéfice de la Redevance, (cf. le tableau publié par Le Temps du 1 décembre) seront aussi touchées par cette initiative et, si je peux comprendre qu'on puisse se sentir captif de la SSR, je préfère cette "captivité" à celle de l'économie du Marché car, à la différence de la première, la seconde ne sera pas influençable par le débat démocratique mais seulement par les parts de Marché dont elle pourra se targuer. Telle est l'"économie dirigée" qui nous attend, celle du bénéfice.

Écrit par : Daniel Neeser | 14/12/2017

Mais pourquoi diable ne voyez-vous le monde que de façon manichéenne ? Si je vous suis, c'est soit le libre marché, soit la captivité.
Pourtant, comme le relèvent très justement troubadour et Vuillomenet, il est aujourd'hui possible de se concocter des programmes captivants sans pour autant engraisser les actionnaires des grands groupes qui se rebecquetent avec la pub.
Mais surtout, ce que vous ne semblez pas réaliser, c'est que le monde tel que nous le connaissons est en profonde mutation avec disruption à tous les étages. Aucun domaine n'y échappera. Alors autant prendre le taureau par les cornes, et atténuer les effets collatéraux dommageables. Préserver la redevance pour un temps ne fera que retarder la mue.

Écrit par : Pierre Jenni | 14/12/2017

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