Une messe à la cathédrale Saint-Pierre !

A l’initiative de la paroisse de St Pierre, la cathédrale ouvrira ses portes samedi 26 février à la célébration d’une messe. Une première! En effet, plus aucune messe ne fut célébrée au Temple de St Pierre depuis la fuite de l’évêque du lieu en 1535 suivie par la décision, l’année suivante, prise par les deux conseils de la cité ‒qui n’était pas encore ‘de Calvin’ (il arrivera 3 mois après)‒, de "vivre selon l’enseignent de l’Evangile de Jésus-Christ". Cette nouvelle a été diffusée il y a quelque jours.

Je me permets de partager quelques réflexions dans cette note.

Des réactions modestes. Mon étonnement d'abord car les réactions semblent modestes, du moins à ce que j’ai pu lire et entendre. Peut-être que mon statut de retraité explique cela ou que c'est dû à la fatigue devant un monde de plus en plus trouble et troublant ? ou alors que ce serait un signe de plus de la désaffection pour les racines genevoises du canton ? Ou alors celui de la belle confiance accordée à mes collègues et leur conseil ?

La marque de fabrique du protestantisme. Il y a, vous l’aurez remarqué si vous avez bien lu l’annonce, la liberté  accordée aux lieux et la confiance qui leur est faite avec la responsabilité qui en découle : même si la direction de l’Eglise a été consultée, c’est la paroisse qui invite et qui assume. Marque de fabrique du protestantisme!

Ni rendre ni réparer mais inviter et venir. Il ne s’agit ni de de rendre pour les protestants ni de réparer pour les catholiques mais d’inviter et d’accepter d’être invité. Je pense au récit des pèlerins d’Emmaüs: « Il leur propose de manger ensemble et au moment de rompre le pain ils Le reconnurent » (Évangile de Luc ch. 24,v. 28-30 ).

Reconnaître puisque nous nous connaissons déjà. Je reviens sur le mot ‘reconnurent’. Il est capital tant dans ce texte que dans ce qui se donne à lire dans cette invitation : il s’agit en effet de se reconnaitre et c’est possible puisqu’un chemin a été fait par les disciples. Ça l’est aussi puisque nous nous sommes déjà connus et si souvent rencontrés. Pensez : paroisses, AOT (Atelier œcuménique de théologie), Communautés des sourds, des handicapés et de leurs familles, Aumôneries des HUG, de la prison, des requérants…

Risque, audace, courage… confiance. Oui il y a risque, celui de l’incompréhension et du jugement qui pourrait conduire à des ruptures mais il y a, bien plus fort, l’audace et le courage qui ne se peuvent sans la confiance. L’audace et la confiance du partage, celui de nos pouvoirs, de notre riche et belle tradition, de notre espérance : la division entre nos Eglises n’est pas (plus) un obstacle, des signes forts peuvent être posés, des appels adressés, des invitations lancées.

Une humanité peu ordinaire. Pour conclure je relève la citation biblique : "Ils" nous ont témoigné une humanité peu ordinaire (livre des Actes ch. 28 v. 2) qui figure sur l’annonce de la célébration œcuménique à St Pierre, ce dimanche 19 où « sera annoncée et commentée » cette invitation. Qui sont ces Ils ? Les habitants de l’île de Malte sur laquelle échouent les rescapés du naufrage qui engloutit le navire sur lequel l'apôtre Paul et ses amis avaient embarqué pour aller à Rome. Les traductions habituelles traduisent ce ‘ils’ par indigènes ou autochtones, le texte grec original a : oi barbaroi, les barbares ! Ce terme signifiait dans le monde dominé par la culture grecque ‘ceux qui ne parlent pas (grec)’ avec qui donc on ne pouvait pas communiquer. Et ce sont ces ‘barbares’ qui témoignent aux naufragés une humanité peu ordinaire et leur parlent, communiquent.

Quelle langue sera parlée à la messe ? Quelle bible sera lue ? Qui accueillera qui ? Il n’y a plus de barbares entre nous. La messe du 26 février à St Pierre devra être occasion de reconnaissance et témoignage d’une humanité commune.

Commentaires

  • Une correction. la messe aura lieu le samedi 29 février et non 26, et à 18h30

  • Très belle initiative!

    Je propose qu'à cette occasion le retable de Konrad Witz soit placé dans le choeur de la cathédrale, pardon, du temple de Saint-Pierre.

    Avec le Christ marchant sur le Léman et regardant la pêche miraculeuse...
    Disons, pour situer la scène, que Jésus se trouve environ à Sécheron, en terres protestantes. Au fond le Môle, en terres catholiques... tout un symbole!

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