08/12/2008

Faut-il croire au père Noël ?

 

Faut-il croire au Père Noël

ou Noël avec foi et intelligence

 

Croyez-vous à Noël ?

Il est difficile de répondre aujourd’hui à cette question. Difficile pour plusieurs raisons : on n’aimerait décevoir ni la personne qui la pose ni notre Eglise au cas où nous en avons encore une, ni, non plus, avouer ce vague sentiment de trahir une part de notre enfance, ce temps où on y croyait, où c’était plus simple… Car il y a la vie, le monde et ses interrogations, le droit à l’intelligence critique. Ces histoires de vierge qui enfante, d’étoile à suivre, de mages et de bergers, ça a marché un temps mais quand même…

Le problème est que nous avons de la peine à faire la part entre mystère et connaissance critique. Tout n’est pas au même niveau. Nous avons besoin et de l’un et de l’autre. Nos enfants ont besoin de mystère et nous aussi, et nous, adultes et parents, avons besoin de connaissance et les enfant aussi.

 

Alors parlons de la connaissance :

Bien des récits, bien des images qui disent quelque chose de l’histoire de Jésus, Fils de Dieu et de Marie, ont été empruntés à la culture de l’époque et sont donc en décalage avec notre temps, notre culture, nos valeurs et repères. Nous avons donc le droit de ne pas croire à Noël (ni au Père Noël !) comme objet de connaissance, pour mieux croire au Christ ! Il importe que la ‘culture de Noël’ n’obscurcisse pas la foi chrétienne, ne soit pas un obstacle sur le chemin d'une compréhension intelligente de la Bible. L’image de la virginité de Marie, qui possède ses avantages et ses inconvénients, n’a rien d’exceptionnel, voyez les aventures des dieux de l'Olympe, celles de Jupiter par exemple. La virginité de Marie fut estimée assez bonne, au premier siècle de notre ère, pour exprimer le paradoxe de ce Dieu qui, immortel meurt et éternel naît. Serions-nous, hommes et femmes du 21e siècle, capables de trouver une autre image aussi simple et forte ? 

Dans la bible, ancien et nouveau testaments confondus, il y a beaucoup d'images pour parler de la venue du Messie: le rejeton d'une souche vieillissante, les nations qui marchent vers la lumière, un prince de la paix, un descendant du roi David, un humain défiguré et sans apparence, un serviteur triomphant... L'Evangile de Luc nous donne l'image de la virginité; celui de Jean reprendra celle de la parole qui est une lumière; Matthieu, lui, insistera sur le rôle de Joseph et parlera des mages avec leurs connaissances.

 

Parlons aussi du mystère :

Croire, c’est aussi dire : je ne sais pas tout, je ne suis pas tout. Il y a quelque chose qui nous dépasse : la vie et son sens, la mort, l’amour. Croire ne serait-ce pas faire cet aveu : j’ai en moi un besoin fondamental, une soif inextinguible, un trésor toujours à découvrir ? Je ne suis pas réductible à ce que je connais, à ce que je fais, à ce que je produis. Il y a en moi un appel secret, une présence indéfinissable. Ce n’est pas tant un besoin d’enfance qu’un besoin d’espérance. Les mystères, celui de la foi, celui de Pâques et de Noël en sont le signe et l’accès. Croire ne va pas sans comprendre, mais il y a un moment où il importe de reconnaître la présence mystérieuse de Dieu en soi.

 

Je plaide à la fois pour une intelligence de la foi et pour le respect du mystère et particulièrement à propos de Noël. La virginité de Marie, l’éveil et la mise en route des mages, les songes de Joseph ou l’adoration des bergers, tout cela n’est pas le cœur de la foi de Noël, mais son accès. Ce sont des symboles, des emprunts culturels, des chemins qui essayent de dire quelque chose de cette folie de Dieu: partager notre vie. Ces récits tentent d’exprimer cette histoire née à Pâques : en mourant, Dieu se fait humain jusqu’à partager toute la fragilité de la vie. Alors, de cette découverte, les chrétiens sont remontés jusqu’à l’autre extrémité de la vie, la naissance, et ont proposé ce paradoxe : Dieu est né d’une femme et d’une femme vierge. Paradoxe, car nulle femme ne peut être mère et vierge, paradoxe car les dieux ne naissent pas ! C’est le même paradoxe de ce Dieu immortel qui accepte de mourir de la main des êtres humains, un dieu ne se soumet jamais à l'homme.

 

L’impossible à concevoir, l’important à découvrir, n’est donc pas tant la naissance virginale de Jésus, que ce projet fou de Dieu de partager notre vie. Alors qu’aujourd’hui bien de nos contemporains croient en un Dieu comme une force impersonnelle, superpuissance lointaine et insensible, ou alors comme une source magique et plus oumoins inaccessible, le mystère autour de Noël est le signe du respect de Dieu pour ce creux au fond de nous, pour cet appel intérieur ; il désigne toute l’humanité et l’humilité de Dieu, sa proximité, sa présence fragile et tenace, comme celle d’une mère, comme une lumière dans l’obscurité, comme un enfant nouveau-né…

24/09/2008

Les morts, la religion et la propagande

 Une publicité:

L'ambassade de Russie communique: « Il est de coutume des Eglises chrétiennes orthodoxes de commémorer des morts au 40e jour après leur décès. Nous déplorons aujourd'hui des nombreuses victimes de l'offensive géorgienne contre l'Ossétie du Sud. Elles resteront pour toujours en notre mémoire. Rien dans nos cœurs ne peut les faire oublier. (...) » signé Ambassade de Russie en Suisse. Cette annonce a été publiée sous 'publicité' dans la Tribune de Genève du 16 septembre.

 

L'inauguration d'un nouvel institut:

Dans Le Temps du 20 septembre (p. 5) un article signale l'ouverture ces jours à Paris d'un Institut pour la démocratie et la coopération, ce que le journamiste estime "ressembler à une provocation". Cet institut est dirigé par une russe, Natalia Narochnitskaya, membre du parti de Poutine, financé par des entreprises russes et soutenu ouvertement par le Kremlin. Le journaliste fait état de la guerre des médias occidentaux à laquelle se livrent Russes et Géorgiens et remarque que ces derniers « dominent les télévisions anglo-saxonnes et achètent de pleines pages de publicité dans Le Monde ». Il précise que Moscou « dont les moyens semblent plus limités, s'est vu refuser la publication d'un modeste encart dans Libération pour rendre hommage aux victimes de l'attaque de régime de Tbilissi » et rapporte la remarque désabusée de Natalia Narochnitskaya « nous sommes en train de perdre la guerre de la propagande » (sic!)

Outre le constat que la Russie soviétique est bien enterrée, deux questions se posent: celle de la position de la Julie et celle de l'usage des rites religieux à but de propagande politique.

La Julie: il semble qu'elle ait été moins critique que son confrère français, encore qu'il serait nécessaire de connaître les raisons de Libération pour refuser cette pub. Mais voici mes questions : selon quels critères cette publicité a-t-elle été acceptée dans la Tribune? Y a-t-il eu débat? Ou le tout est-il resté sous la seule responsabilité de Publicitas, l'agence qui gère les publicités et annonces dans le journal? Que se passera-t-il quand Tbilissi achètera dans la Tribune le même espace publicitaire pour une annonce en faveur des 'siens', clairement identifiés comme les ' ennemis' par les russes?

 

L'autre question ressortit aux rapports entre rites religieux et propagande politique. Payée ou non, une invitation d'une ambassade à faire mémoire et à prier pour 'ses' morts n'est pas chose anodine. L'ambassade prie-t-elle vraiment pour le repos de ses concitoyens, le veut-elle, le peut-elle? Si l'ambassadeur prie, il peut difficilement le faire dans le cadre de sa fonction.

La prière orthodoxe:

Cette prière des quarante jours après le décès d'un proche est un acte familial et ecclésial. Habituellement, il est célébré par les familles, voire le village, dans une église, avec un prêtre. Le gouvernement russe se substitue ici aux familles et aux autorités ecclésiastiques et récupère à des fins politiques un rite chrétien très populaire. Cette alliance du sabre et du goupillon sent le soufre. Elle n'en est pas, hélas, à sa première manifestation: la présence très médiatisée du président et du premier ministre russes aux obsèques de Soljenitsine en furent les prémices.

L'enseignement du Christ:

Le Christ a enseigné ceci: « Vous avez appris qu'il faut aimer son prochain et haïr son ennemi. Moi je vous dis d'aimer vos ennemis et de prier pour ceux qui vous persécutent » (Evangile de Matthieu, ch. 5 v. 43). Il appelait à dépasser la fameuse loi du Talion: œil pour œil, dent pour dent, blessure pour blessure, mort pour mort. Audace folle, dérangeante aujourd'hui encore! Prier pour le proche et l'ennemi, c'est tout simplement et devant Dieu refuser de juger entre l'un et l'autre et ne pas annexer Dieu à sa cause, aussi noble sois-t-elle. C'est aussi associer ce qui est dissocié, réunir dans l'espérance ce qui est divisé sur la terre. Il s'agit d'un acte prophétique, provocateur aussi, probablement insupportable, dans un premier temps au moins, pour les victimes. Mais une guerre, ne fait-elle pas que des victimes? La prière les remet toutes à Dieu, sans distinction de patrie ou de parti. Cet impératif, toute Eglise doit le rappeler, à temps et à contre temps, sous peine de se trahir et de trahir sa Source.

Dans la Russie post-soviétique, que d'aucun rêvent en Russie Eternelle, l'Eglise orthodoxe se trouve à un carrefour: soit elle garde la distance nécessaire à sa crédibilité évangélique, soit elle y renonce et, après un temps de gloire bien éphémère et peu évangélique, elle subira le jugement des hommes qui fut le sien dès la révolution d'octobre (1918): sa collusion avec le pouvoir tsariste avait participé à sa chute.